Elodie Guégan, « je suis allée au bout de mon corps »

14 mars 2017
Elodie Guégan en 2009 lors du Mondial de Berlin

Elodie Guégan en 2009 lors du Mondial de Berlin

Elodie Guégan a dominé le demi fond féminin français pendant plusieurs saisons, accumulant neuf titres de championne de France depuis les jeunes catégories. Mais la carrière de la jeune athlète a été largement perturbée par les blessures, et c’est après avoir vainement tenté de décrocher une nouvelle sélection olympique pour Londres 2012, qu’elle s’est décidée à tourner la page. Et ce ne sera pas facile, comme en témoigne la jeune femme, devenue maintenant gendarme dans un corps d’élite…

« Je suis allée au bout de mon corps ». Elodie Guégan souffle cette phrase sans ambiguïté, avec un grand sourire, aussi large que celui de cette époque où elle brillait sur les pistes. Son visage radieux ne traduit pas les tourments intérieurs qui l’ont traversée dans cette période d’après-carrière que les athlètes de haut niveau ont souvent tant de mal à surmonter.

Mais Elodie ne veut rien dissimuler. Et surtout pas le grand soulagement qu’elle a ressenti d’abord en décidant de tourner la page de l’athlétisme. C’était au mois de juin 2013, après son dernier meeting à Montreuil. Elle vient de vivre une longue période de blessures, qui lui a interdit de se qualifier pour les Jeux Olympiques de Londres. C’était pourtant son rêve ultime, celui pour lequel en 2006, à 19 ans, elle avait quitté sa Bretagne natale, pour le temple parisien de l’INSEP. Un changement radical qu’elle avait si bien vécu : « L’adaptation s’est faite facilement. Car on sait ce dont on a envie. Je ne venais pas à Paris pour visiter la Tour Eiffel ! C’est une passion 7 jours sur 7, 365 jours sur 365…»

Elodie Guégan au Mondial de Berlin en 2009

Elodie Guégan au Mondial de Berlin en 2009

En Bretagne, la dynamique structure du CIMA Auray l’a portée dans ses premiers pas, et elle n’oublie pas les qualités d’entraîneur de Philippe Eveno, devenu ensuite préparateur physique pour le FC Lorient Foot. D’entrée à ses débuts, à 15-16 ans, elle a dominé son sujet, un premier 1000 m en 3’07’’, une 3ème place au France de cross en cadette, deux titres nationaux sur 1500 m en cadettes, un titre national en cross en junior, une médaille de bronze au championnat d’Europe du 800 m en espoir, et elle reconnaît : « J’ai tout de suite connu les médailles, les podiums, alors que certains n’ont pas passé le cap… » Autant de réussites qui la poussent à une décision radicale : « J’ai voulu en faire mon métier. C’était un choix de vie. »

Une progression rapide bloquée par les blessures

C’est ainsi qu’elle débarque pour intégrer le groupe de Bruno Gajer, avec cet objectif des JO de Londres. Elle a calculé qu’à Londres, elle aurait alors 26 ans, et s’imagine que cet âge marquera son pinacle. Mais les choses s’emballent plus rapidement que prévu, dès l’année suivante, elle obtient sa qualification pour le Mondial d’Osaka, puis après être descendue sous les 1’59’’, pour les JO de Pékin, où elle connaît la tragédie de s’écrouler en pleine course, brutalement stoppée par son tendon d’Achille.

Tout de même, l’année suivante, cette battante réussit à se qualifier pour le Championnat du Monde de Berlin, mais juste après, la belle mécanique se dérègle, elle subit une opération du tendon d’Achille, supporte une année blanche en 2010, et le come-back se révèle difficile. Elle tente un changement d’entraîneur et de lieu, elle quitte Bruno Gajer pour Bastien Perreaux, et l’Alsace. Mais ses saisons se révèlent chaotiques, avec l’immense déception de son incapacité à se qualifier pour les JO 2012, et elle se résigne à stopper sa carrière, elle n’a alors que 27 ans…

Elodie Guégan aux J.O. de Pékin en 2008

Elodie Guégan aux J.O. de Pékin en 2008

Cet arrêt provoque des sentiments mitigés. Un mélange de soulagement et de déception. Elle explique : « L’arrêt n’a pas été une souffrance. Car la dernière année, je souffrais beaucoup. C’était une libération. Mais il faut du courage pour arrêter, car l’athlétisme forme un noyau autour de soi, avec le coach, les athlètes, les journalistes. Tu dois prendre ta vie en main.»

Surtout, elle découvre avec une certaine surprise qu’elle ne s’est pas préparée physiquement à cet arrêt : « Mon corps n’était pas prêt. J’avais des sautes d’humeur. J’ai eu du mal à trouver mon équilibre. » Elle a rompu avec plus de 10 ans d’un entraînement, où elle s’est imposée au quotidien une grande rigueur permanente : « Pour moi être sérieuse était la seule façon de réussir. »

Deux ans pour que son corps récupère

Alors, pour tourner cette page, Elodie comprend qu’il lui faut trouver l’occasion de se lancer à fond dans un projet. Et c’est vers la Gendarmerie qu’elle se tourne. Un milieu qu’elle connaît pour avoir bénéficié dès 2008 d’un contrat avec la Gendarmerie dans le cadre de ses études de journalisme à l’INSEP, pour y travailler dans la communication. En 2013, elle choisit de s’immerger vraiment dans cet environnement particulier, elle signe pour six mois d’école, qui la relancent avant qu’elle intègre une structure d’élite : « C’est l’Armée. On bascule dans un autre milieu, avec d’autres règles. Le cerveau doit penser à autre chose. Cela m’a aidée à faire mon deuil. »

Ce sera la clef pour qu’elle retrouve une vie normale, d’où le sport sera absent, tant son corps a mis longtemps à retrouver son intégrité : « Pendant deux ans, j’ai eu des séquelles. J’avais mal quand je me levais. J’ai dû laisser mon corps se reposer. » Cette étape achevée, elle a retrouvé l’envie de quelques footings, et depuis la fin 2015, elle a pu renouer avec la compétition, sur des 10 km, accédant à nouveau aux podiums, comme aux 10 km de Paris ou du Havre.

Avec bonheur, admet-elle : « Je me fais plaisir ! J’ai retrouvé une bouffée d’oxygène ». Mais avec aussi une certaine parcimonie : « Je n’ai pas du tout envie de renouer avec le haut niveau. Ce n’est plus mon objectif. Je suis limitée par mon corps. » Même si elle admet tout de même : « La course à pied est dans notre ADN. ».

  • Texte : Odile Baudrier
  • Photos : Gilles Bertrand

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