Dr Fischetto, spécialiste anti-dopage de l’IAAF, condamné à 2 ans de prison pour le dopage d’Alex Schwazer

26 janvier 2018

La Justice Italienne a condamné le Docteur Fischetto, à deux ans de prison, pour avoir couvert le dopage du marcheur Alex Schwazer, positif en 2012, en sa qualité de médecin de la Fédération Italienne d’Athlétisme. L’affaire est énorme : le Docteur Fischetto est l’une des références de l’anti-dopage à l’IAAF, et il est à l’origine du passeport biologique… Elle plaide aussi en faveur de la théorie d’un complot monté contre Alex Schwazer pour aboutir à un deuxième contrôle positif, avec une sanction de 8 ans.

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« Une sentence historique ». C’est ainsi que le journal « Republica » qualifie la décision prononcée par le Tribunal de Bolzano, à l’encontre des médecins Fischetto et Fiorella, et de Rita Bottiglieri, condamnés pour avoir couvert le dopage du marcheur Alex Schwazer, contrôlé positif à l’EPO en juillet 2012.

Le journaliste Eugeniou Capodacqua résume d’une formule simple une affaire très compliquée : « Ils savaient et gardaient le silence ». La juge Carla Scheide a ainsi validé les affirmations d’Alex Schwazer, soutenant que Giuseppe Fischetto et Pierluigi Fiorella, les deux médecins de la Fédération Italienne d’Athlétisme, et Rita Bottiglieri, secrétaire à la Fédération d’Athlétisme, étaient au courant de son dopage dans la période précédant les Jeux Olympiques de Londres, et n’avaient rien fait pour le dissuader.

Les sanctions prononcées, qui peuvent faire l’objet d’un appel, sont lourdes, avec 2 ans de prison pour les Dr Fischetto et Fiorella,  9 mois pour Rita Bottiglieri, des amendes de 10.000 euros pour les médecins et l’interdiction de la pratique de la profession médicale pendant deux ans. Avec de surcroît le versement à l’Agence Anti-Dopage de 6000 euros pour chaque médecin.

Le Docteur Fischetto, un personnage ambigu

Le Tribunal de Bolzano s’illustre une nouvelle fois par des décisions fortes, qui provoquent évidemment un séisme en Italie, mais bien au-delà. Car le Docteur Fischetto compte parmi les références de l’anti-dopage mondial. Il a été le précurseur à l’origine du passeport biologique, et il a été délégué anti-dopage pour l’IAAF sur de très nombreuses compétitions. Tout récemment, l’été dernier, à Londres, il officiait encore en cette qualité. Et cela en dépit d’éléments démontrant une forte ambiguïté du personnage.

FRISCHETTO

Alex Schwazer avait levé le voile sur son attitude trouble, soutenant que le Docteur Fischetto était informé de sa déviante dopante, et n’avait rien fait pour le dissuader malgré sa qualité de médecin officiel de la FIDAL. Mais ce sont surtout des éléments exposés par Hajjo Seppelt en plein mois d’août 2017, qui permettent de mesurer la dérive du Docteur Fischetto, qui se voit accusé par le journaliste allemand sur le site « sportschau.de » d’avoir couvert le scandale du dopage des athlètes russes et turcs, à la demande de Lamine Diack.

Pour étayer ses propos, Hajjo Seppelt dévoile que la fameuse base IAAF des valeurs sanguines de plusieurs milliers d’athlètes, certaines très révélatrices d’un dopage, qu’il a reçue par un lanceur d’alerte en 2015, et qui lui a permis de démontrer la corruption régnant au sein de l’IAAF, était en réalité une copie du disque dur du Docteur Fischetto, qui avait ainsi à disposition des éléments tangibles du dopage des athlètes de Russie et Turquie, sans qu’il n’ait mené aucune action pour le contrer.

Hajjo Seppelt avait aussi divulgué des conversations téléphoniques du Docteur Fischetto, enregistrées par la Justice Italienne, qui exprimait ses craintes que de telles informations explosent au grand jour. Ainsi le Docteur Fischetto apparaît-il avoir joué un rôle très similaire à celui du Docteur Dolle, mis en examen par la justice française, pour son implication dans la corruption régnant à l’IAAF.

Un complot contre Alex Schwatzer pour le faire taire ?

Toutefois, le Docteur Fischetto pourrait aussi être impliqué dans une autre affaire, tout aussi sordide. Celle d’avoir participé à un complot contre Alex Schwazer, pour qu’il soit contrôlé positif une deuxième fois. C’est en juin 2016 qu’on apprenait que le marcheur avait à nouveau subi un test positif, aux stéroïdes cette fois, et il allait recevoir une suspension de 8 ans, confirmée par le Tribunal Arbitral du Sport pendant les JO de Rio.

Mais autant Alex Schwazer avait admis très rapidement, en 2012, son usage de l’EPO, autant cette fois, le jeune Italien refusait catégoriquement d’admettre une nouvelle dérive dopante, et argumentait autour d’un complot visant à l’éliminer pour avantager ses rivaux.

Les hackers des « Fancy Bears » allaient donner une toute autre dimension à ce deuxième contrôle, en fournissant en juillet 2017 des éléments montrant des liens privilégiés entre le Docteur Fischetto, Thomas Capdevielle, responsable de l’anti-dopage à l’IAAF. Le journaliste italien Christoph Franceschini n’hésitait pas le 7 juillet 2017 sur le site « Salto.Bz » à fournir moult détails sur le rôle qu’aurait joué Thomas Capdevieille pour éviter que la demande de la justice italienne d’un test ADN sur l’échantillon positif d’Alex Schwazer puisse aboutir, et permette peut-être de démontrer une manipulation.

L’enquête menée par l’équipe de la télévision « La République » avait aussi permis d’entendre un Docteur Fischetto très offensif contre Alex Schwatzer, avec ce commentaire « Cet italien allemand doit être éliminé ». Et pour Alex Schwatzer, la demande de l’IAAF d’une deuxième analyse de l’échantillon prélevé le 1er janvier 2016, et qui avait d’abord été déclaré négatif, aurait été formulé immédiatement après le témoignage de Schwarzer auprès du juge de Bolzano où, le marcheur avait révélé ses suspicions sur les médecins de la Fédération Italienne d’Athlétisme, et en particulier contre le docteur Fischetto.

DONATI ET SCHWAZER

Sandro Donati, le coach de Schwatzer, s’est réjouit avec vigueur de la décision du tribunal de Bolzano. Cet entraîneur réputé avait créé une grande surprise en acceptant de chapeauter l’entraînement de Schwatzer à son retour après suspension. Il était en effet connu en Italie pour son activisme anti-dopage, et il avait justement incité l’agence anti-dopage italienne à effectuer un contrôle sur Schwatzer en juillet 2012, qu’il soupçonnait de se doper…

Après le 2ème contrôle positif de son protégé, Sandro Donati l’avait toujours soutenu, totalement convaincu de son honnêteté. Le verdict de Bolzano l’autorise à faire part dans la presse italienne de sa conviction d’un complot orchestré contre le marcheur. Et il livre aussi sa grande interrogation : «Que fera l’IAAF et ignorera-t-elle la sentence ? »

On peut ajouter en écho « Quelles seront les conséquences réelles de cette nouvelle affaire, tellement glauque ?? »

Texte : Odile Baudrier

Photo : D.R.