Dopage : non aux retours des anciens dopés ?

12 avril 2018

La victoire surprise d’Amanda Montsho sur le 400 mètres des Commonwealth Games a relancé le débat autour du retour en compétition des anciens dopés après leur suspension. Michael Johnson a ainsi affiché son hostilité à ce come back de l’athlète du Botswana.

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Oui à la suspension à vie. C’est l’opinion bien arrêtée de Michael Johnson dans le complexe débat autour du retour sur les compétitions des anciens dopés à la fin de leur suspension. L’Américain n’a pas mâché ses mots au micro de la BBC pour appeler les instances internationales à prendre leur responsabilité et à évoluer vers la tolérance zéro.

A l’origine de cet appel à la mise définitive hors jeu des athlètes suspendus pour dopage, la très surprenante victoire d’Amanda Montsho sur le 400 mètres des Commonwealth Games. L’athlète du Botswana avait reçu en 2014 une suspension de deux ans après un test positif  à la methylhexaneamine, un stimulant interdit, qu’elle avait affirmé avoir ingéré dans une boisson diététique achetée dans une pharmacie de Gaborone au Botswana.

L’affaire avait pris des allures de drame au Botswana où Amanda Montsho jouissait d’une énorme notoriété pour être devenue la première championne du monde de son pays, en 2011. Elle avait ensuite conquis la médaille d’argent lors du Championnat du Monde 2013, et avait terminé 4ème aux JO 2012.

A l’annonce de sa sanction, Amanda Montsho avait renoncé à tout appel, arguant du coût prohibitif d’une telle action auprès du Tribunal Arbitral du Sport. Et il apparaissait alors probable que sa carrière s’était achevée ainsi, par la petite porte, compte tenu de son âge, 33 ans à l’issue de sa suspension.

50 »15 à 35 ans après deux ans d’arrêt

Mais Amanda Montsho retrouvait finalement le chemin des stades, avec un retour modeste pour la saison 2017, en 51’’28. Toutefois, ce n’était que partie remise, avec en ligne de mire, les Commonwealth Games, une compétition très particulière pour elle. C’est lors de ce rendez-vous si important pour le monde anglophone qu’elle avait émergé, en or en 2010, et qu’elle avait connu son contrôle positif en 2014…

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En Australie, elle a fait fi de tous les pronostics pour s’imposer devant les deux favorites, les Jamaïcaines, Anastacia le Roy et Stephenie McPherson, avec un chrono de 50’’15 qu’elle  n’avait plus réalisé depuis 2013, l’année précédant sa suspension. Alors, oui, le bât blesse, à considérer qu’Amanda Montsho retrouve un gros niveau chronométrique, la plaçant dans le top 10 mondial en 2017, cinq ans plus tard, malgré ses 35 ans, et ses deux années d’arrêt…

C’est bien cette situation troublante qu’a voulu dénoncer Michael Johnson, en invitant les instances internationales à fermer la porte de manière définitive pour éviter que certains come-back s’accompagnent de grosses performances à des âges avancés, qui poussent à s’interroger sur l’éventualité de nouvelles dérives. Et ces propos très offensifs du triple médaillé olympique, passé du côté des anti-dopage après l’arrêt de sa très prolixe carrière, ne pourront qu’heurter les partisans de la seconde chance…

  • Texte : Odile Baudrier
  • Photo : Gilles Bertrand et D.R.