Les Diack se sont enrichis sur le dos de l’IAAF

1 juillet 2019

Lamine Diack et Papa Massata Diack se sont grassement enrichis sur le dos de l’IAAF. Les conclusions du juge Van Ruymbeke se révèlent édifiantes sur les malversations de l’ex-président de l’IAAF, de son fils, d’Habib Cissé, leur avocat, du Docteur Gabriel Dollé, des Russes Melnikov et Balakhnitchev. Le chantage sur des athlètes suspectés de dopage porte sur près de 3.5 millions d’euros. S’y ajoutent les fabuleuses commissions empochées par le fils Diack sur les contrats de sponsoring de l’IAAF.

Lamine Diack

3.5 millions de dollars pour éviter des contrôles positifs à des athlètes. 1.5 millions de dollars versés pour financer la campagne électorale sénégalaise. Et au moins 3 millions de dollars reçus par Papa Massata Diack en commissions sur les contrats de sponsoring de l’IAAF.

Les chiffres donnent le tournis dans ce très long rapport rédigé par le juge Van Ruymbeke en vue du renvoi devant le Tribunal Correctionnel de Lamine Diack, de Papa Massata Diack, d’Habib Cissé, leur avocat, du Docteur Gabriel Dollé, des Russes Melnikov et Balakhnitchev.

Tous au cœur d’un pillage parfaitement organisé. Et très juteux. L’énorme travail effectué par le Juge Van Ruymbeke, Stéphanie Tacheau et Charlotte Bilger, vice-présidentes du TGI de Paris, livre un verdict sans appel sur l’importance de la corruption mise en place au sein de l’IAAF entre 2011 et 2015 par Lamine Diack et sa bande, et sur les détournements d’argent effectués par Papa Massata Diack, entre 2007 et 2015.

Comme on le sait, le travail des trois juges instructeurs avait débuté suite aux révélations sur le chantage effectué par des membres de l’IAAF sur les athlètes russes pour éviter les sanctions pour dopage. Mais quelques découvertes intéressantes les ont incités à enquêter aussi sur les profits réalisés par le fils Diack sur le dos de l’IAAF, grâce à son père.

Papa Massata Diack, un consultant de luxe

Et le moins qu’on puisse dire est que le duo Diack n’y est pas allé de main morte, pour récupérer le maximum d’argent de l’IAAF. L’ordonnance de renvoi signée par le juge Van Ruymbeke ne fait pas apparaître le total des sommes ainsi spoliées, et les éléments apparaissent complexes à analyser. Mais les seules commissions officiellement facturées par le fils Diack à l’IAAF pour l’activité de consulting livrent un total de près de 3 millions de dollars pour les années 2012 à 2015, avec pour bases une rémunération de 1200 dollars US par jour, un forfait de 250.000 dollars sur les contrats des partenaires VTB et Sinopec, et un « profit share » de 5% sur les revenus des contrats Dentsu, Continental Programme, Diamond League, World Relays.

Il s’y ajoute les sommes reçues sur des comptes ouverts par Papa Massata Diack à Monaco, Dakar, en Russie, à Singapour, à son nom ou sous des dénominations plus opaques. Et là, les sommes valsent. Avec par exemple, plus de 2.4 millions de dollars reçus de la candidature de Tokyo 2020, révélant le paiement d’interventions du fils Diack pour obtenir des votes en faveur de Tokyo.

Lamine Diack n’est pas en reste non plus, avec des versements mirifiques effectués par le comité d’organisation du Mondial d’athlétisme de Pékin 2015, qui atteignent 4.4 millions de dollars entre septembre 2014 et juillet 2015.

Ce gros rapport, de près de 90 pages, livre un verdict sans appel sur l’étendue des malversations opérées sous la présidence Diack, qui amènent à la demande de renvoi devant le Tribunal Correctionnel de Paris de Lamine et Papa Massata Diack, Habib Cissé, Gabriel Dollé, Alexei Malnikov, et Valentin Balakhnichev.

Valentin Balakhnichev, des secrets trop bien gardés

Le Russe est aussi mis en cause, pour avoir financé la campagne électorale présidentielle au Sénégal avec un versement de 1.5 million de dollars. Et l’ancien trésorier de l’IAAF est l’auteur d’un mail très étonnant en juillet 2014, où il fait part de son indignation face au système de chantage mis au point par les Diack pour obtenir des sommes juteuses en échange de la non sanction d’athlètes russes au passeport biologique douteux, évoquant  19 athlètes en cause en 2011, et malgré tout, autorisés à disputer les JO 2012 puis le Mondial 2013, avec en monnaie d’échange, justement la menace d’annuler le Mondial 2013 de Moscou.

Valentin Balakhnichev menace de révéler les noms des personnes impliquées dans cette corruption, évoquant de hauts responsables au sein de l’IAAF, mais aussi de l’AMA… Il affirme également avoir constaté que la liste des athlètes au passeport biologique irrégulier ne comportait pas que des noms d’athlètes russes. Selon lui, plusieurs athlètes britanniques y figuraient, et en particulier, « le champion olympique et icône du sport de Grande Bretagne ». Le nom n’est pas cité, mais si facile à deviner…

Toutefois Valentin Balakhnichev  n’a finalement jamais témoigné devant le juge Van Ruynemke qui avait pourtant lancé en janvier 2019 un mandat d’arrêt contre lui. Le Russe avait alors déclaré à l’agence Tass qu’il n’était nullement question qu’il se rende en France. Ses secrets demeureront bien gardés…

  • Texte : Odile Baudrier
  • Photo : D.R.