Les chutes de chronos trahissent le dopage des athlètes russes

21 avril 2020

Les athlètes russes, en particulier les femmes, étaient boostées par le dopage sanguin. L’information n’est évidemment pas nouvelle mais une étude de chercheurs finlandais le confirme de manière criante en s’appuyant sur l’analyse des performances réalisées après l’introduction du passeport biologique. Cette arme anti-dopage a, de facto, provoqué une chute criante des chronos des demi-fondeuses de Russie.

Aux JO de Londres, Mariya Savinova, Yekaterina Poistogova, avec leur entraîneur Vladimir Kazarin, tous les trois sous le coup d’une suspension à vie

Ce n’est pas nouveau, de multiples recherches ont validé l’effet boostant du dopage sanguin, en particulier des transfusions sanguines. Mais deux chercheurs finlandais, Sergei Iljukov, spécialiste anti-dopage à l’Université d’Helsinki, et Yorck Schumacher, ont eu l’idée d’appréhender le problème « à l’envers », pour déterminer a posteriori le pourcentage de gain apporté par ces techniques fallacieuses.

Le duo a utilisé une matière première de qualité : les performances chronométriques des athlètes russes, sur 800 m – 1500 m – 5000 m – 10000 m – 3000 m steeple. Et leur analyse s’appuie sur la comparaison des chronos des 8 premières du championnat national de Russie durant deux périodes : entre 2008 et 2012, et entre 2013 et 2017.

Pourquoi ce fractionnement en 2012 ? Parce qu’il correspond à la date d’entrée en vigueur du Passeport Biologique comme possible sanction anti-dopage. Une arme redoutable, même si elle n’est pas toujours complètement exploitée, puisqu’elle permet de décider d’une suspension en l’absence de contrôle positif à une quelconque substance.

Comme l’explique le physiologiste américain, Alex Hutchinson, sur le site « Outsideonline.com », c’est donc cette date de 2012 que les chercheurs ont utilisé comme repère, pour voir si la crainte d’une sanction pour irrégularités du passeport biologique a eu un impact sur les résultats des athlètes engagés dans la triche.

Et la réponse est claire et nette : Oui et encore oui ! Il suffit d’un coup d’œil sur les schémas publiés dans « International Journal of Sports Physiology and Performance » pour en être convaincu.e… Les cinq dessins démontrent bien la hausse des chronos dans la deuxième période, après 2012, à l’exception du 3000 mètres steeple.

Etude de
Sergei Iljukov et
Yorck Schumacher

A l’opposé, pour le 800 m, 1500 m, 5000 m, 10000 m, les performances de l’après 2012 augmentent drastiquement. Le ralentissement est particulièrement marqué sur le 5000 m, avec un différentiel de 3.4%. Et le chercheur Iljukov conclut « qu’une transfusion sanguine significative peut améliorer les chronos de 1 à 4% selon la distance, et en moyenne de 2 à 3% ».

Le gain dopant s’avère plus élevé chez femmes que chez les hommes, ce que le Finlandais explique par leurs valeurs initiatives plus basses. Elles seraient ainsi de meilleures « répondeuses » aux transfusions sanguines. Et l’histoire serait la même pour l’EPO, qui serait plus « efficace » pour les athlètes féminines, ce que révèle aussi les énormes progrès sur marathon de ces dernières années.

Ces éléments le confirment : la razzia passée des demi-fondeuses russes ne devait rien au hasard. Le profilage par les performances confirme son indubitable intérêt. Les variations fantaisistes des courbes, les progressions brutales parlent toutes seules.  N’en déplaise à certains.

  • Texte : Odile Baudrier
  • Photo : D.R.