Le record du monde du semi de Kiptum annulé pour dopage

13 novembre 2019

Le record du monde du semi réalisé par Abraham Kiptum fin octobre 2018 à Valence a disparu des tablettes ! Le Kenyan a reçu une suspension de quatre ans pour irrégularité de son passeport biologique, débutant quinze jours plus tôt.

Mais quelle idée que d’aller à Ndalat, à 20 km d’Eldoret, pour courir le cross Ndalat Gaa ? Abraham Kiptum se mord certainement les doigts d’avoir choisi de disputer cette petite épreuve le 13 octobre 2018. Car c’est le contrôle anti-dopage subi à l’arrivée après sa deuxième place, qui se présente comme le déclencheur de sa sanction pour irrégularité de son passeport biologique.

L’échantillon prélevé ce jour-là dévoile en effet deux valeurs tout à fait anormales : un taux d’hémoglobine (20.3) et un chiffre « Off Score » (148.30) très élevés. L’analyse qu’effectueront quelques mois plus tard les trois experts de l’IAAF se révèlera sans ambigüité : Abraham Kiptum vient de se livrer à un dopage sanguin, par injection d’EPO ou auto-transfusion.

Leurs conclusions seront produites le 25 février 2019. Entre temps, Abraham Kiptum est tombé dans la nasse de l’anti-dopage, et ce sont sept échantillons qui seront collectés entre le 13 octobre et le 25 décembre, pour aboutir à la définition d’un passeport biologique irrégulier.

Avec d’abord, un deuxième prélèvement effectué le 31 octobre 2019, soit trois jours après qu’il ait établi le record du monde du semi-marathon à Valence, où le contrôle semble s’être limité sur place à un simple contrôle urinaire.

L’AIU multiplie les contrôles

Mais à peine rentré au Kenya, dans le Nandi County, à proximité d’Eldoret, où il vit toute l’année, la patrouille le rattrape, et il sera ensuite à nouveau visité le 21 novembre, le 27 novembre, le 2 décembre, le 9 décembre, puis le 25 décembre. Sa performance de Valence a ulcéré moult observateurs, choqués par le gros chrono réalisé par un coureur sans grand back ground. Et l’AIU a mis tous les moyens en œuvre pour tenter de démontrer ses dérives.

Ce sera finalement assez facile, car Abraham Kiptum accumule une autre erreur : celle de recourir à nouveau à l’utilisation d’EPO pour sa préparation pour le marathon d’Abu Dhabi aux Emirats Arabes Unis. Cette nouvelle épreuve organisée le 6 décembre veut se présenter comme le marathon le plus richement doté au monde.

Elle s’affirmera finalement surtout comme l’un des plus gros loupés qu’ait connu le monde du running, en proposant un circuit trop court…. Cette énorme erreur de parcours sera confirmée dans les jours qui suivent, et les gros chronos réalisés seront invalidés. Comme les 2h04’16’’ d’Abraham Kiptum. Malgré tout, les énormes primes promises ont été distribuées, soit 25.000 dollars pour le Kenyan, qui a fini 2ème en laissant échapper les 100.000 dollars revenant au vainqueur.

100.000 dollars à Abu Dhabi, et une 2ème cure d’EPO

Une somme qu’il rêvait évidemment d’empocher, et pour cela, il a déployé l’artillerie lourde, comme le détecteront les experts IAAF, choqués en particulier des fortes variations de son taux de réticuloses entre le 2 décembre et 9 décembre, passant de 1.25 à 0.48 !

Avec une seule conclusion possible pour le trio : à deux reprises, pour le semi-marathon de Valence, puis pour le marathon d’Abu Dhabi, Abraham Kiptum a utilisé de l’EPO pour se doper, avant de stopper à l’approche de la compétition, pour espérer passer à travers les mailles des contrôles anti-dopage.

Des éléments consignés dans le rapport officiel rédigé en février 2019 et qui provoque un courrier à destination d’Abraham Kiptum fin 25 février 2019 avec demande de justification sur les problèmes constatés. C’est le 1er avril que le Kenyan se décide à répondre, en invoquant divers arguties qui seront vite éliminés par les experts, qui rendent leur deuxième avis le 25 avril.

Il était temps, Abraham Kiptum est déjà installé à Londres pour y disputer le marathon du 28 avril…. Et c’est sur place le vendredi soir qu’il recevra sa notification de suspension provisoire.

Une attitude démontrant un certain cynisme chez celui qui a ainsi été capable de continuer à honorer parfaitement toutes les sollicitations médiatiques revenant aux favoris de l’épreuve. Et ce culte du mensonge est justement l’un des éléments qui aura joué contre lui dans la décision prise fin octobre, et dévoilée très récemment, par le jugement de Sport Resolutions.

Un don du sang ? A quelle date ? Pour qui ? Les réponses changent

Car il se présente devant ce tribunal en affirmant avoir rédigé lui-même les cinq courriels adressés à l’IAAF entre avril et septembre 2019 pour tenter de faire valoir sa bonne foi. Or il s’avère incapable de s’exprimer en anglais alors que les mails rédigés en anglais comportent des éléments scientifiques complexes pour justifier que le premier échantillon prélevé le 13 octobre ne doive pas être accepté dans le profil biologique dressé. Si tel était le cas, disparaîtrait alors un test particulièrement parlant sur ses dérives…

Pour se défendre, Abraham Kiptum va même jusqu’à invoquer une irrégularité consécutive à un don du sang qu’il affirme avoir effectué avant les prélèvements du 13 octobre et du 31 octobre. Mais là encore, les éléments s’emberlificotent, tantôt le don a été fait 10 jours plus tôt pour un ami, tantôt 3 mois avant pour un ami, tantôt 10 jours plus tôt mais pour sa sœur enceinte.

Autant de largesses avec la vérité qui n’ont pas incité le Tribunal à considérer que les dénégations de Kiptum et ses affirmations de son innocence pouvaient être prises en compte…

La sanction est donc tombée de quatre ans de suspension à partir du 13 octobre 2018. Assortie d’une obligation de rembourser les primes empochées entre octobre 2018 et avril 2019. Soit au minimum 60.000 dollars. Un gros montant s’ajoutant à un revenu s’élevant déjà au préalable à près de 150.000 dollars, grâce à sa double victoire au Marathon de Lagos en 2016 et 2017, ponctuée deux fois par 50.000 dollars.

Malgré tout, en dépit de ce compte en banque plus que bien garni, Abraham Kiptum a eu l’indécence de se faire représenter à Londres pro bono !!

  • Texte : Odile Baudrier
  • Photo  D.R.