Le mythe des 10 secondes aux 100 mètres

13 mars 2015
Richard Kilty très fougueux pou s'imposer à Prague sur 60 mètres.

Richard Kilty très fougueux pou s’imposer à Prague sur 60 mètres.

Seuls trois sprinters français ont réussi à ce jour moins de 10 secondes aux 100 mètres dont Christophe Lemaître le premier européen blanc à franchir cette barrière symbolique. L’anglais Richard Kilty, médaillé d’or à Prague sur 60 mètres pourrait être le prochain sur la liste.

 

L’anglais Richard Kilty sera-t-il le prochain sprinter blanc européen à descendre sous les 10 secondes ? C’est le rêve avoué de cet athlète teigneux et fougueux, sacré champion d’Europe en salle sur la ligne droite du central de Prague. Comme un pitbull lancé pleine balle, l’anglais a fendu l’air pour remporter le 60 mètres en 6»51.

10 secondes aux 100 mètres, 4 minutes au mile, 6 mètres à la perche, 8 mètres à la longueur, l’athlétisme a ses fantasmes et des repères qui hantent la conscience des jeunes athlètes et des coachs. Sorte de mur du son à franchir ou d’Everest à grimper dans l’antre du stade pour appartenir à une caste vénérée et anoblie. Sorte de marque page pour ouvrir la grande encyclopédie du sport au bon chapitre, là même où au fil du temps, se résume la conquête de l’homme s’affranchissant des limites du naturel.

Le 100 mètres en 10 secondes, c’est l’absolu. Le grand fantasme, c’est le calice à boire jusqu’à l’ivresse pour tous les sprinters.  Le 20 juin 1968, trois athlètes vont se partager ce privilège, Jim Hines, Ronnie Ray Smith et Charles Greene, tous crédités du même temps, 9»9 manuel lors d’un 100 mètres diabolique disputé à Sacramento. A leurs côtés six autres frappent les 10 secondes donc le français Roger Bambuck. Ce record manuel ramené à 10 secondes fut chahuté par les spécialistes d’alors. On titra même, « le grand bluff de Sacramento » pour qualifier de longues diatribes sur les équivalences chronométrage manuel et électrique. Pour les plus catégoriques, ce record aurait déjà du être accordé à Bob Hayes quatre ans plus tôt lors des J.O. de Tokyo avec sa performance de 9»9 ramenée à 10 secondes alors qu’elle était l’équivalent de 9»98 en électrique.

Au final, Jim Hines mit tout le monde d’accord lors des J.O. de Mexico, vainqueur en 9»95 électrique, premier record du monde du 100 mètres de l’aire moderne.

Christophe Lemaitre qui avec 9»92 devint le premier européen blanc à rentrer dans le cosmos

A ce jour, selon les statistiques IAAF, 85 sprinters ont réussi moins de 10 secondes aux 100 mètres. Les plus prolixes, Usain Bolt recordman du monde avec 9»58 et 41 fois sous les 10 secondes, Maurice Greene le dépassant largement avec 53 fois sous cette marque alors qu’Asafa Powel crève le plafond avec 83 lignes droites sous les 10 secondes.

En 2014, cinq nouveaux noms sont venus s’ajouter à ce gotha dont le jeune anglais Chijindu Ujah, 9»97 à Hengelo, qui lors des Europe en salle était éliminé pour faux départ en finale du 60 mètres. Il laissait la voie libre à Richard Kilty dont le rêve est de rejoindre rejoindre Christophe Lemaitre qui avec 9»92 devint le premier européen blanc à rentrer dans le cosmos.

Récemment une étude statistique cherchait à établir des correspondances entre le 60 mètres en salle et le 100 mètres en plein air. Réussir 6»50 sur 60 mètres pourrait être l’équivalent à 10 secondes aux 100 mètres. Une règle qui se vérifie pour Ronald Pognon, 6»45 et 9»99, pour Jimmy Vicaut 6»48 et 9»95 mais pas pour Christophe Lemaitre, 6»55 et 9»92.

Richard Kilty, le pitbull de Prague, avait réussi l’an passé 6»49 en devenant champion du monde en salle à Sopot. Les portes des 10 secondes lui sont donc entre-ouvertes. A Linford Christie son entraîneur de lui trouver la bonne clef.

> Texte et photo : Gilles Bertrand