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Le Mondial de Moscou 2013, une énorme tromperie russe

La deuxième partie du rapport Mc Laren sur le dopage en Russie a révélé une pratique du dopage étatique très élargie, avec plus de 1000 sportifs russes impliqués, issus de 30 sports. Richard Mc Laren a pris le parti de mettre à disposition du public les milliers d’éléments l’amenant à cette conclusion. Toutefois le nom des intéressés n’est pas divulgué, dans l’attente d’éventuelles sanctions de leurs fédérations. En particulier, plus de 30 athlètes présents pour le Championnat du Monde de Moscou en 2013 sont concernés par le système de fraudes mis au point par le laboratoire anti-dopage de Moscou…

 

MOSCOU STADE

151 pages de rapport. 4366 données analysées. 1166 documents mis librement à disposition du monde entier. 1000 sportifs russes issus de 30 sports impliqués dans un système de dopage d’Etat bien rôdé. 33 athlètes présents au Championnat du Monde de Moscou et concernés par les techniques de manipulation des échantillons prélevés durant les contrôles anti-dopage. Un seul nom révélé, celui de Tatiana Lysenko.

Les chiffres du rapport Mc Laren – 2ème partie – donnent le tournis, témoignant de l’étendue du système bâti en Russie pour contourner les règles anti-dopage. Avec des méthodes très sophistiquées, et particulièrement lors du Championnat du Monde de Moscou, que la Russie avait terminé en tête du bilan, avec 17 médailles, incluant 7 médailles d’or. Comme le révèle le rapport, les apprentis sorciers russes emmenés par le Docteur Rodchenkov avaient encore amélioré leurs méthodes après les Jeux Olympiques de Londres, pour garantir des contrôles négatifs aux athlètes.

Parmi les subterfuges mis en place, les échanges d’échantillons prélevés. Au fur et à mesure que les prélèvements parvenaient au laboratoire de Moscou, ils étaient déclarés négatifs. Et ensuite, après le Championnat et avant leur envoi au laboratoire de Lausanne, l’urine était remplacée dans les bouteilles A et bouteilles B par de l’urine « propre » collectée dans les mois précédents le Mondial et stockée au laboratoire de Moscou. Selon les informations révélées, par le Docteur Rodchenkov, 4 ou 5 athlètes auraient vu ainsi leurs échantillons échangés…

Plus nombreux, environ 30, seraient les athlètes concernés par le « washout » largement pratiqué par les Russes pour garantir que les tests anti-dopage soient négatifs malgré qu’ils aient reçu le fameux « cocktail » conçu par le Docteur Rodchenkov, contenant des anabolisants (oxandrolone, methenolone and trenbolone). La technique consiste à tester et retester les athlètes pour s’assurer que leurs résultats seront négatifs lors de la compétition préparée.

253 pages de mail du Dr Rodchenkov

Pour ce 2ème rapport, Richard Mc Laren a voulu assurer une transparence totale des informations utilisées pour conclure ce procès à charge contre les Russes. Sa commission a donc mis en ligne la totalité des documents collectés, que tout un chacun peut librement consulter. A condition de disposer de beaucoup de temps pour pouvoir éplucher les 1166 documents, représentant un volume très important. Ainsi les échanges de mails du Docteur Rodchenkov comptent-ils pas moins de 253 pages…

On peut y voir défiler les numéros des échantillons, les lieux de prélèvements, les dates, les produits détectés et qu’on a fait disparaître par une technique ou une autre. Mais chaque ligne se termine par un grand trait noir qui recouvre le nom du sportif concerné…

C’est ainsi que le rapport s’achève sans livrer aucun nom, (excepté celui de Tatiana Lysenko, car déjà identifiée comme contrôlée positive lors des JO de Londres). Un peu frustrant, mais Richard Mc Laren souhaitait évidemment suivre scrupuleusement les règles, et tous ces noms ont été transmis aux Fédérations sportives concernées, en l’occurrence l’IAAF pour les 33 cas apparus lors du Mondial de Moscou.

Quelle sera la décision de l’IAAF face à de telles dérives ? C’est évidemment maintenant ce qu’on aimerait savoir, pour que les podiums squattés par ces sportifs sales soient enfin clarifiés. D’autres surprises sont peut-être encore à venir, avec la demande de Richard Mc Laren que les re-tests concernent également le Mondial de Daegu en 2011.

Et d’autres interrogations demeureront aussi en filigrane, en particulier, celle de savoir comment des athlètes dits « propres » d’autres pays ont pu supplanter des athlètes médicalement préparés par des techniques de pointe et protégés par les méthodes outrageantes de l’Etat russe. Certains podiums ne peuvent que susciter des questionnements, pour le moment sans réponse…

 

  • Texte : Odile Baudrier
  • Photo : Gilles Bertrand</li>