Le cross en salle, il fallait oser !

23 février 2015

En mars 1998, la FFA organisait un cross indoor, dans la salle de Bercy, une première mondiale avec Haile Gebrselassie au départ pour tenter de reconquérir le public jeune.

 
Le cross sous cloche, le cross sous serre. A bonne température, sans bottes ni cirés, sans gants ni bonnets, l’aiguille du thermostat sur les 20°. Sans boue, sans herbe, sans arbre se découpant dans les cieux hivernaux. Le cross en salle…il fallait oser.

Blandine Bitzner fut l'une des animatrices de ce cross en salle

Blandine Bitzner fut l’une des animatrices de ce cross en salle

Sur la table, le président Lamblin joue gros. Deux millions de francs cash. Il pose les enveloppes, 3000 francs pour chaque athlète invité. Il glisse une dernière plus grosse, plus épaisse. 150 000 francs. De la grosse coupure pour honorer de sa présence Haile Gebrselassie, sa majesté au sourire blanc émail éternel, venu faire le VRP pour le cross en salle.

« Le cross se meurt », le Miroir de l’Athlé en faisait déjà des choux gras dans les années soixante en posant la question du pourquoi et comment pour redonner un coup de jeune à une pratique jugée déclinante. A la question comment, Philippe Lamblin, l’impétueux Marsupilani président avait son idée : organiser un cross spectacle en salle, délicate chirurgie esthétique pour capter les jeunes et redonner une place au cross dans les médias.

Les jeunes, ils sont venus, les bus ont convergé de toute la banlieue vers Bercy. Les médias aussi sont venus, les bus régies de Canal+ se sont garés sur le parvis de la salle parisienne pour retransmettre un évènement unique, Marc Maury déjà un micro à la main accompagné de Joalsiae Llado, la championne d’Europe de cross, blazer blanc sur les épaules, casque vert sur les oreilles pour cette première mission de consultante.

« L’indoor, c’est l’avenir du cross.»

Alors on a essayé de bien faire, de construire pour 200 000 francs un décor de planches posées comme de gros dominos Ikea, de bétons version tuyaux de canalisation et de sable version Mimizan Plage. De pousser la musique pour chauffer la salle, version âge tendre. Et de mettre en ligne des francs tireurs du cross venus prendre quelques billets et jouer à faire semblant selon une formule à l’américaine spectaculaire, sprints et éliminations successives s’enchaînant au gré des tours. Il ne manquait que la neige en paillette pour que ce cross en chambre puisse se jouer sur un air de symphonie.

Indiscutablement, les coureurs n’ont pas joué les sardines dans cette boîte de conserve et Gebre l’emporta devant Khalid Skah et Abdellah Behar. Benoît Z déjà tatoué mais pas rasé signa des autographes, Gebre aussi déclarant au micro de la chaîne cryptée : « «J’ai énormément apprécié. Vraiment, je ne sais pas pourquoi on n’a pas pensé plutôt à faire ce genre de choses. L’indoor, c’est l’avenir du cross.»

Au soir de cette première tentative, les portes de Bercy se sont refermées sur cette prophétie « l’indoor c’est l’avenir du cross ». Philippe Lamblin avait osé, il n’a jamais manqué ni de courage, ni d’emphase, mais la formule n’a pas pris. A Bercy, la version carton pâte a échoué. Ce ne fut qu’un simple coup d’épée dans l’eau car finalement le cross doit rester ce qu’il est, une discipline hivernale où l’on se confronte aux éléments naturels. Où le chaud et le froid doivent souffler dans les bronches des coureurs comme aux oreilles des spectateurs. Le cross, ça doit piquer les jambes des coureurs comme les oreilles des spectateurs. Car le cross est un fruit de plein champ qui ne se cueille que l’hiver.

> Texte et photo Gilles Bertrand