La FFA ne sanctionnera plus pour dopage

5 janvier 2019

La FFA ne prendra prochainement plus de sanctions pour des faits de dopage. La loi française évolue, les décisions ne relèvent plus des compétences des Fédérations Sportives et seront désormais prises par l’Agence Anti-Dopage Française. Objectif : garantir des sanctions équitables entre tous les sportifs.

 

DOPAGE 8

Le dopage ne sera bientôt plus sanctionné par la FFA. C’est désormais l’AFLD, qui aura le pouvoir de sanctionner tous les sportifs contrôlés positifs, quelle que soit  leur fédération. La loi française a été modifiée pour respecter les règles de l’anti-dopage mondial, fixées par l’Agence Mondiale Anti-Dopage.

Une page se tourne pour Michel Marle, patron de l’anti-dopage à la FFA depuis plus de 20 ans, et qui accueille cette nouvelle avec une certaine satisfaction : « Oui, c’est une bonne chose car  toutes les fédérations ne jouaient pas le jeu. Nous, pour 3 no shows, on suspendait, et d’autres fédérations ont mis du sursis. »

Michel Marle fait référence au cas de Sofiane Selmouni, suspendu un an au mois de juin pour 3 no shows, alors que Tony Yoka n’avait reçu qu’une suspension avec sursis de la Fédération de Boxe. L’AFLD s’était ensuite saisi du cas Yoka pour lui infliger un an de suspension. Le boxeur, champion olympique à Londres, avait porté l’affaire jusque devant le Conseil d’Etat, sans pouvoir infléchir cette sanction.

Les décisions FFA peu retoquées par l’AFLD

Jusqu’à maintenant, toutes les décisions prises pour des faits de dopage par les différentes fédérations sportives étaient ensuite transmises à l’AFLD, à charge pour elle de les entériner ou bien de les réformer si elles étaient estimées non conformes aux règles.

Combien de décisions prises par la FFA ont ainsi été retoquées par l’AFLD ? Très peu, Michel Marle parle de 90 à 95% de validations, avec parfois, simplement une retouche juridique sans impact sur la durée de la sanction elle-même. Avec un hiatus très récent, et passé quasiment inaperçu, le cas de Kennedy Kipeygo, licencié à l’ASPTT Annecy, contrôlé positif aux stéroïdes anabolisants après sa victoire au marathon d’Annecy 2016, et qui avait été suspendu quatre ans par la FFA. Mais l’AFLD a réduit la suspension à deux ans, la FFA ayant appliqué trop tôt le durcissement des sanctions prévu dans le code mondial. Ou encore celui d’un coureur positif à la cocaïne lors du marathon des Villages 2016, relaxé par la FFA, avant d’être sanctionné pour trois ans par l’AFLD.

Riad Guerfi

Riad Guerfi

Sans oublier surtout un autre dossier beaucoup plus délicat, celui de la suspension de Riad Guerfi, qui a été en réalité prise par l’AFLD, après un jugement du Tribunal Arbitral du Sport, suite au refus de la FFA de suivre la demande de l’IAAF de le sanctionner pour des irrégularités de son passeport biologique, en arguant de problèmes administratifs et juridiques. L’IAAF avait alors porté l’affaire devant le TAS pour obtenir une sanction de 4 ans, validée ensuite en France par l’AFLD.

Un petit nombre de contrôles positifs en 2017 et 2018

Justement, cette évolution vise-t-elle aussi à limiter les pressions susceptibles d’être reçues par les commissions anti-dopage d’une Fédération évidemment peu propice à voir ses meilleurs éléments sanctionnés ? Michel Marle s’inscrit en faux sur une telle allégation : « Non, moi, personnellement, je n’ai jamais eu de pressions. Ils n’ont pas osé ? Je suis plutôt du genre incorruptible. Ou alors, ça s’est passé ailleurs ? Mais même avec les différents présidents, Poczobut, Amsalem, on n’a jamais cédé à une pression sur le dopage, on s’est toujours déterminés à partir des faits. C’était une volonté très forte du système fédéral. »

En moyenne, affirme-t-il, ce sont environ 10 affaires de dopage qui revenaient chaque année devant la commission disciplinaire, 6 à 7 les bonnes années, 8 à 10 ans les mauvaises, certaines s’achevant en toute discrétion, sans sanction, dans le cas où la commission concluait à une simple erreur de l’athlète, surtout à l’époque où les AUT n’existaient pas.

Pourtant ces deux dernières années, les décisions pour dopage de la FFA n’ont pas été si nombreuses. On en retrouve 4 en 2018 (Selmouni-Plumecoq-Mosbah-Assila), 2 en 2017 (Schuster-Fernandez). Et elles ont le plus souvent concerné des athlètes de deuxième zone, excepté Sofiane Selmouni, membre de l’Equipe de France.

SELMOUNI

Mais Michel Marle s’inscrit en faux sur une telle affirmation : « On a tout de même eu plusieurs affaires où on a mis 4 ans. Est-ce que les athlètes sont plus malins ? Il y a aussi le point du nombre de contrôles : avant, on tournait à 1300-1400 par an. Maintenant, environ 1200 comme le cyclisme. Mais pour moi, pour l’athlétisme français sur piste, je suis hyper serein, je peux me tromper ! »

L’IAAF durcit les procédures

L’IAAF, elle, se place dans une autre optique, celle du durcissement dans les procédures. Avec en particulier, avec de nouvelles règles fixées lors de son congrès de Rio, et visant justement à sanctionner plus rapidement les athlètes de top niveau. L’instance internationale avait informé la FFA que désormais les contrôles positifs sur de tels athlètes devraient être examinés plus rapidement et formulées en anglais. Ces contraintes particulières seront exigées à travers le monde entier, pour garantir une uniformité entre les pays. Car là aussi, les dérives existent, avec des décisions tardant à être prononcées après des contrôles positifs avérés. Ces lenteurs ne peuvent qu’alimenter l’idée de pressions pesant sur les instances décisionnaires…

Sans perdre de vue que certains cas se voient enterrés en toute légalité, en raison d’un accord passé avec le sportif dopé en contrepartie d’informations sur ses fournisseurs ou sur d’autres athlètes dopés. Ce type de transaction sera désormais entièrement confié à l’AFLD, qui aura toute latitude pour estimer la possibilité d’une réduction de peine. En athlétisme en France, Quentin Bigot est le seul à avoir officiellement bénéficié de ce dispositif, d’autres tentatives de négociations n’ayant pu aboutir.

  • Texte : Odile Baudrier
  • Photo : D.R.

Les décisions anti-dopage de la FFA en 2018

Sofiane SELMOUNI – 1 AN – 3 no shows

Léa PLUMECOQ – 6 MOIS – heptaminol

Habibi MOSBAH – 4 ans – EPO

Anouar ASSILA – 4 ans – Passeport biologique

Les décisions anti-dopage de la FFA en 2017

Latifa SCHUSTER – 2 ANS – cocaïne

Nicolas FERNANDEZ – 4 ANS – EPO

Riad GUERFI –  relaxe en 2017 – décision AFLD – 4 ans – Passeport biologique

Les décisions anti-dopage de la FFA en 2016

Amandine GUYOT – 4 ans – Anabolisants

Kennedy KIPYEGO – 4 ANS – Anabolisants  – réduit à 2 ans par l’AFLD

Mohamed HATTOUCHI – 4 ANS – EPO Cera

Les décisions anti-dopage de la FFA en 2015

Bertrand MOULINET – 4 ANS – FG-4592 hormones peptides