ANALYSE : l’explosion des performances sous les 30’ et 31’ sur 10 km

2 janvier 2020

Entre 2015 et 2018, le nombre de coureurs sous les 30’ sur 10 km route évolue peu, variant entre 40 et 54 (40- 54- 41-51). 2019, c’est l’explosion avec 82 routards enregistrés sous les 30’ (soit 62,7% par rapport à 2018) et 243 sous les 31’ (soit 27,9%).

Le nombre de records personnels battus en 2019 comparé à 2018 suit cette même courbe avec + 219% pour les moins de 30’ et +133% pour les moins de 31’. Entre 2015 et 2018, il évolue peu variant entre 10 et 21 RP. Et BOUM ! en 2019, celui-ci explose avec 67 records personnels battus sous les 30’ et 173 sous les 31’. Sur les 50 meilleurs coureurs de l’année 2019 au bilan fédéral, plus de 80% battent leur record… L’énigme est vite résolue. Regardez du côté de la Vaporfly de Nike !

ANALYSE DE GILLES BERTRAND

LES CHIFFRES DECORTIQUES

BILANS 1989 :

. 48 sous les 30’ sur 10 000 m (dont 1 sous les 28’ et 7 sous les 29’) – 88 sous les 31’ sur 10 000 m

Cette année là, le 10 km route presque inexistant n’est pas comptabilisé dans les statistiques FFA

BILANS 1999 :

. 11 sous les 30’ sur 10 000 m (dont 2 sous les 28’ et 3 sous les 29’) – 28 sous les 31’ sur 10 000 m

.  14 sous les 29’ sur 10 km route –  75 sous les 30’ sur 10 km route

BILANS 2009

.  2 sous les 29’ sur 10 000 m – 5 sous les 30’ sur 10 000 m

.  43 sous les 30’ sur 10 km route (7 sous les 29’) dont 10 RP – 143 sous les 31’ sur 10 km route dont 23 RP

BILANS 2015

. 13 sous les 30’ sur 10 000 m – 3 sous les 29’ sur 10 km route

.  40 sous les 30’ sur 10 km route dont 10 RP (Record Personnel) – 149 sous les 31’ sur 10 km route dont 33 RP

BILANS 2016

. 10 sous les 30’ sur 10 000 m

. 5 sous les 29’ sur 10 km route-  54 sous les 30’ sur 10 km route dont 17 RP- 178 sous les 31’ sur 10 km route dont 40 RP

BILANS 2017

. 15 sous les 30’ sur 10 000 m

. 4 sous les 29’ sur 10 km route –  41 sous les 30’ sur 10 km route dont 14 RP – 169 sous les 31’ sur 10 km route dont 54 RP

BILANS 2018

. 23 sous les 30’ sur 10 000 m (dont 3 sous les 28’ et 8 sous les 29’)

. 9 sous les 29’ sur 10 km route (dont 2 sous les 28’ et 9 sous les 29’) –  51 sous les 30’ sur 10 km route et 21 RP – 190 sous les 31’ sur 10 km route dont 74 RP

BILANS 2019

. 27 sous les 30’ sur 10 000 m (dont 1 sous les 28’ et 5 sous les 29’)

82 sous les 30’ sur 10 km route (dont 2 sous les 28’ et 16 sous les 29’) et 67 RP – 243 sous les 31’ sur 10 km route dont 173 RP

2019, SUR LA PISTE, PAS DE RESSORT, PAS D’EVOLUTION

Preuve que la Vaporfly est le résultat patenté d’une telle évolution des chronos sur la route, les performances 2019 réalisées sur 10 000 m piste par les mêmes coureurs n’ont quant à elles que très peu évolué par rapport à 2018 avec 27 pistards sous les 30’ contre 23 l’an passé. Qu’en sera-t-il lorsque Nike sortira sa paire de pointes dotée de cette technologie ? Pas besoin d’être devin pour le supposer.

Au passage, à noter qu’il y a 40 ans, à défaut de 10 km route, le 10 000 m était une distance très prisée avec cette année là 48 coureurs sous les 30’ dont 1 sous les 28’ et 7 sous les 29’. Avec la Vaporfly, on devrait se retrouver très vite sur un tel nombre de performances, voire mieux.

52 SECONDES, LE GAIN MOYEN DES RP 2019

En prenant l’échantillon 2019 des RP réalisés par les athlètes sous les 30 minutes du 10 km (et en supprimant de la liste les coureurs n’ayant qu’une seule performance enregistrée au bilan FFA sur cette distance), nous obtenons une moyenne de 52 secondes de gain.

En prenant uniquement l’échantillon des coureurs ayant battu leur RP à Houilles, l’épreuve qui a révélé en France l’apport gigantesque de la Vaporfly sur la performance, on observe un gain moyen de 1’07’’.

A titre comparatif, si l’on remonte de 10 ans dans le temps, on obtient un gain moyen de 19 secondes sur les RP enregistrés en 2009… !!!

LES COUREURS ADIDAS, LES GRANDS PERDANTS DE CETTE PREMIERE BATAILLE

Pour l’heure, les coureurs Adidas font les frais d’une bataille que l’on peut juger « déloyale ». Le miler Alexis Millet (team Adidas) a largement battu son record personnel sur 10 km à Houilles avec un temps de 28’44’’,  une distance qu’il n’avait pas courue depuis 2017 avec 30’17’’. Mais quel aurait été son chrono chaussé de la VaporFly ?? Idem pour avec Hassan Chahdi et Florian Carvalho. Ce sont pour l’heure les grands perdants d’une bataille technologique qui les met sur le bas côté. En attendant l’arrivée des modèles concurrents en gestation ou bien l’interdiction pure et simple de ces modèles « propulsifs » par la Fédération Internationale ???

Quant aux coureurs qui ont chaussé avec bonheur cette fameuse Vaporfly, quelle discrétion dans leurs commentaires d’après course… pas un mot sur l’intérêt de porter une telle chaussure ? A quand un retour d’expérience honnête et une reconnaissance avouée que ce modèle « dope » les performances.

DOPAGE, LA VAPORFLY BROUILLE LES CARTES

Il y a  peu, Spe15 reçoit une alerte d’un lecteur « j’ai un doute sur les performances de tel athlète ». En effet, l’analyse de la fiche bilans FFA prouve une belle envolée des chronos sur 10 km de ce coureur. Etait-ce déjà l’effet Vaporfly ? Jusqu’alors une analyse fine et régulière des performances permettait de débusquer les chronos supposés «douteux».

Après les affaires de dopage qui ont fragilisé la FFA cette année, la fédération pensait mettre en place un observatoire des performances afin de filtrer les chronos et de mettre sur veille tel (ou telle) coureur rentrant dans les radars.

Aujourd’hui, cette l’analyse se trouve complexe. Car comment séparer le bon grain de l’ivraie ? Comment distinguer un gain de performance évalué à +4% à 8% selon les experts (à compléter) grâce à la Vaporfly d’un gain classique d’une cure d’EPO bien menée (associé à un protocole complet) ? Cela durcit considérablement la tâche de ceux qui ont en charge la lutte anti dopage.  

NIKE REPREND LA MAIN

Créée tout début des années 70, la firme Nike a connu bien des tourments et diverses campagnes de boycott, mais 2019 aura été une année noire pour la marque de l’Oregon avant que l’intérêt pour la VaporFly assorti d’un très officieux «record» du monde de Kipchoge et d’un officiel record du monde féminin ne vienne camoufler les revers médiatiques qui ont bousculé la marque américaine.

En effet, Nike a encaissé dans un premier temps la suspension pour dopage d’Alberto Salazar, son entraîneur fétiche puis les révélations de Mary Cain, victime de harcèlement du même Salazar lorsque celui-ci entraînait la petite prodige de la côte Est. Sans compter la fronde menée par les athlètes femmes américaines, Allyson Felix en tête, perdant leur contrat Nike lors de leur grossesse. Mais tout ceci a été balayé face à l’intérêt mondial pour la Vaporfly, le tout orchestré autour du projet Breaking2 – Ineos magnifiquement réussi par Eliud Kipchoge réussissant à Vienne le 12 octobre 2019, 1h 59’40’’ sur marathon.

Aujourd’hui, à l’échelle hexagonale, les performances de cette fin de saison sur la route valident la technologique révolutionnaire de cette chaussure au point de poser la question désormais prioritaire : faut-il valider les records établis avec la Vaporfly ?

Texte : Gilles Bertrand