Toute l’équipe de Russie dopée aux JO de Pékin ?

30 janvier 2018

Hajo Seppelt a réalisé une interview passionnante de Grigory Rodchenkov, l’ancien patron du laboratoire anti-dopage de Moscou, reconverti maintenant en acteur de l’anti-dopage. Celui-ci ne lésine pas à fournir tous les détails des pratiques dopantes mises en place dans son pays, la Russie, et affirme, entre autres, que toute l’équipe d’athlétisme de la Russie était dopée aux JO de Pékin… Et que le laboratoire anti-dopage des JO de Londres a été très défaillant.

 

Yelena Isinbayeva, sous le maillot de la Russie à Rio ??

Yelena Isinbayeva, également concernée par les accusations de Rodchenkov ???

20 cas positifs en athlétisme. C’est le nombre d’échantillons souillés que le laboratoire anti-dopage de Londres aurait dû détecter durant les Jeux Olympiques de Londres. Grigory Rodchenkov est formel et s’en explique en détails durant la très longue et passionnante interview réalisée par Hajo Seppelt.

Le journaliste allemand se distingue une nouvelle fois par son documentaire sur le dopage, intitulé « Le complot olympique », diffusé ce lundi 29 janvier sur la chaîne allemande ARD. Avec l’énorme révélation que les flacons destinés à recueillir les urines des sportifs durant les prochains JO de Pyeongchang ne sont nullement inviolables, et au contraire, très aisés à ouvrir… D’où une grande facilité pour d’éventuelles manipulations des échantillons comme cela avait déjà été le cas durant les JO de Sotchi par la Russie. L’Agence Mondiale Anti-Dopage a été contrainte d’admettre ce problème, découvert par le laboratoire de Cologne à la mi-janvier.

Hajo Seppelt a aussi eu le privilège d’obtenir la première interview de Grigory Rodchenkov accordée depuis le printemps 2016 par l’ancien patron du laboratoire anti-dopage de Moscou, date à laquelle il avait révélé dans les colonnes du New York Times les méthodes utilisées par la Russie pour doper ses sportifs et pour transformer leurs échantillons souillés par de l’urine « propre ».

Un cocktail à base de stéroïdes pour toute l’équipe de Russie des JO 2008 ??

Durant ces trente minutes d’un entretien effectué par téléphone pour des raisons de sécurité, Grigory Rodchenkov, qui vit protégé par le FBI dans un lieu inconnu aux Etats-Unis, ne lésine pas sur les détails de son implication directe et de celle des acteurs majeurs du sport en Russie, mettant en cause jusqu’à Vladimir Putin…

RODCHENKOV

Il livre ainsi la recette du « Cocktail » spécialement créé en vue de la préparation des JO de Pékin, et qui aurait été utilisé par toute l’équipe d’athlétisme, affirme-t-il. Le « Cocktail Duchesse », comme il l’appelle, était composé à base de stéroïdes anabolisants en micro-doses, avec le premier jour, un demi-comprimé d’oralturinabol, le 2ème jour, un demi-comprimé de metanolone, le 3ème jour, un demi-comprimé d’oxandrolone. Et à chaque fois, le comprimé était dilué dans du whisky pour les hommes et du martini pour les femmes. La méthode inventée par Rodchenkov garantit à la fois une action très rapide du produit, et une détection très courte…

Grigory Rodchenkov a pu la déployer à foison, sur des centaines de sportifs. Rien qu’en athlétisme, l’équipe de Russie comptait 124 membres, qui avaient conquis 17 médailles. Et Grigory Rodchenkov est formel : malgré leurs dénégations, tous savaient qu’ils utilisaient des produits interdits, ils étaient également complices des manipulations de leurs échantillons d’urine. Pour une raison toute simple : tous les athlètes sont des officiers de police ou des militaires. La raison d’Etat leur interdit de fait le moindre aveu…

Le laboratoire de Londres ne détecte pas les nouveaux produits dopants

Grigory Rodchenkov, lui, a suivi un autre cheminement, ceui de fuir son pays, pour se muer d’un maître es dopage à un acteur actif dans la lutte anti-dopage. Même si la démarche ne peut qu’interpeller, son témoignage n’en est que plus pertinent. Et son analyse sur le laboratoire anti-dopage de Londres ne lasse pas d’inquiéter. Grigory Rodchenkov est présent à Harlow, en qualité d’observateur, à l’invitation de l’Agence Mondiale Anti-Dopage, en sa qualité de patron du laboratoire de Moscou. Sa duplicité au service du dopage de la Russie n’est alors pas identifiée officiellement, au contraire sa compétence est reconnue sur le plan international.

Aux JO de Londres, Mariya Savinova, Yekaterina Poistogova, avec leur entraîneur Vladimir Kazarin, tous les trois sous le coup d'une suspension à vie

Aux JO de Londres, Mariya Savinova, Yekaterina Poistogova, avec leur entraîneur Vladimir Kazarin, tous les trois sous le coup d’une suspension à vie

Grigory Rodchenkov l’affirme avec force, le laboratoire déployé pour le testing des échantillons olympiques est mal équipé, et manque surtout de moyens pour détecter les nouveaux produits, comme l’ostarine ou la GW1516. Car à défaut, l’athlétisme et l’haltérophie aurait connu chacun 20 cas positifs… Seulement des athlètes russes ???

  • Texte : Odile Baudrier
  • Photo : D.R.