Sarah Chepchirchir, ex-licenciée à Lille, suspendue pour dopage

9 février 2019

Sarah Chepchirchir avait créé une énorme surprise il y a deux ans au marathon de Tokyo en l’emportant en 2h19’46. Une performance peu crédible avec le niveau de cette Kenyane, alors âgée de 32 ans, qui avait passé plusieurs années à écumer les courses sur route françaises, sous le maillot de Lille Métropole. La supercherie vient enfin de s’achever ! Elle a été suspendue pour irrégularités de son passeport biologique.

 

CHEPCHIRCHIR

Deux ans de supercherie. C’est beaucoup ! C’est en effet presque deux ans jour pour jour après son énorme coup d’éclat du marathon de Tokyo que Sarah Chepchirchir se voit sanctionnée par l’AIU, avec une suspension pour des irrégularités de son passeport biologique.

Le 26 février 2017, cette Kenyane de 32 ans crée sensations avec la victoire dans cette épreuve japonaise prestigieuse, auréolée d’un énorme chrono de 2h19’46’’. La voilà propulsée dans le club très fermé dans SUB 2h20, elle devient alors la 16ème performeuse de tous les temps.

L’incrédulité est de mise face à cette énorme progression. Elle vient de gagner 5 minutes sur son record sur marathon, 2h24’13’’ établi trois mois plus tôt à Lisbonne, chrono déjà étonnant compte tenu d’une marque sur semi-marathon de 1h07’52, et du niveau qu’elle affichait durant les cinq années passées à sillonner les courses françaises, où elle a, certes, accumulé les victoires et podiums sur les grandes classiques, de Paris Versailles aux 20 km de Paris, en passant par le semi de Lille ou St Pol Morlaix, tout en portant les couleurs de Lille Métropole depuis trois saisons.

Cette propulsion vers le haut niveau mondial, un homme nous l’explique alors parfaitement, Mathieu Depret, un Nordiste devenu compagnon de Sarah Chepchirchir, après l’avoir assistée sur le plan logistique pour le compte de Rachid Esmouni, son manager de l’époque. Ce coureur à pied passionné justifie le parcours de Sarah Chepchirchir en révélant qu’elle a effectué un changement radical d’entraîneur en délaissant Saad Aziz, le coach de ses débuts à Kapsabet, sa ville natale, pour se tourner vers Noah Talam, son frère, qui est en fait le mari et l’entraîneur de Jemima Sumgong, sacrée championne olympique du marathon à Rio à l’été 2016.

Le groupe de Kapsabet, déjà deux dopées

Le nom de Noah Talam est étroitement associé à celui du Docteur Gabriele Rosa, qui lui a confié la responsabilité d’une quinzaine de marathoniennes à Kapsabet. Cette belle histoire bâtie alors autour de la réussite de Jemima Sumgong et de Sarah Chepchirchir incite même l’IAAF à organiser au mois de mars 2017, en préambule au Mondial de cross organisé en Ouganda, un voyage de presse à Kapsabet pour découvrir ce groupe d’entraînement entièrement féminin, épaulé par des lièvres masculins pendant leurs séances, avec de belles images à la clef. Weldon Johnson du site américain « Let’s Run » interroge alors Sarah Chepchirchir, qui n’hésite pas à annoncer le record du monde à sa portée !!

Groupe Jemima Sumgong à Kapsabet en mars 2017 (photo J.P. Durand pour IAAF)

Groupe Jemima Sumgong à Kapsabet en mars 2017 (photo J.P. Durand pour IAAF)

Mais la jolie romance va exploser très peu de temps plus tard. Début avril 2017, tombe l’information du contrôle positif à l’EPO de Jemima Sumgong. L’ironie est que ce contrôle inopiné a été effectué le 28 février 2017, et qu’en réalité, les journalistes du monde entier ont rencontré une athlète dopée…

La machine s’emballe alors, et la défiance à l’encontre de Sarah Chepchirchir et des athlètes du groupe s’accroît, avec au mois de mai 2017, une info que Federico Rosa aurait exclu Sarah Chepchirchir et Visiline Jepkesho (victorieuse de Paris en 2016) de son team pour des faits de dopage. Federico Rosa dément avec insistance, argumentant avoir été mal compris par le journaliste kenyan.

Toutefois, il est notable que Sarah n’apparaît pas au marathon de Londres, où elle avait été pressentie comme lièvre, et n’est pas plus sélectionnée pour le Mondial de Londres. C’est à Lisbonne en octobre 2017 qu’elle revient sur la scène, avec une nouvelle victoire, mais cette fois, dans un chrono de 2h27’57’’, peu en relation avec sa grosse performance printanière. Toute l’année 2018, elle est absente des compétitions, avec un retour pour le marathon de Shanghaï, qu’elle termine à la 11ème place en 2h39’…

La descente aux enfers est attaquée. Sarah Chepchirchir n’a plus jamais été capable de renouveler la moindre performance depuis qu’elle avait été placée dans le groupe cible IAAF, en février 2017, et que le team de son frère Noah Talam se trouvait sous haute surveillance après le contrôle positif de sa leader, Jemima Sumgong, qui a même vu sa suspension allongée récemment en raison de sa falsification de documents médicaux pour justifier sa prise d’EPO.

La tromperie vient de s’achever pour Sarah Chepchirchir, avec à nouveau, une mise en cause d’une protégée des Rosa Gabriele et Federico. Dommage, il a fallu deux années, et pendant ce temps-là, d’autres tricheuses se sont propulsées pour torpiller des chronos frappés depuis deux ans d’une frénésie choquante… Sans oublier aussi que les 130.000 dollars empochés par Sarah Chepchirchir à Tokyo demeureront bel et bien sa propriété.

  • Texte : Odile Baudrier
  • Photo : D.R.

 

 

Sarah Chepchirchir, la Kenyane de Lille, en 2h19’ à Tokyo

 

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