Robert Harting, mis en cause par « Fancy Bears » pour ses AUT

16 septembre 2016

Les hackers de « Fancy Bears » sèment la panique en diffusant les informations qu’ils ont récupérées sur les serveurs informatiques de la WADA. Ce sont près d’une trentaine de sportifs qui ont vu leurs Autorisations d’Usage à des Fins Thérapeutiques dévoilées au grand jour. Trois athlètes sont concernés : les lanceuses américaines Michelle Carter et Deena Price et l’Allemand Robert Harting, pour lequel un contrôle positif de Rio est révélé. Mais quelle valeur accorder à de telles informations révélées dans une optique très politique, la déstabilisation de l’Agence Mondiale Anti-Dopage…

hartig

Robert Harting positif aux JO de Rio. C’est l’information diffusée par les hackers de « Fancy Bears », qui se sont introduits de manière illégale sur les serveurs de l’Agence Mondiale Anti-Dopage, et y ont récupéré des documents compromettants pour de nombreux sportifs. Ces hackers que toutes les analyses désignent comme agissant depuis la Russie livrent par petits bouts les doubles des AUT (Autorisation d’Usage à des fins thérapeutiques) délivrées à certains sportifs. Après Simone Biles, et les sœurs Williams, le site « Fancy Bears » est passé à la partie 2 de son « travail » de communication des bases du WADA.

Et cette fois, ce sont 3 athlètes qui apparaissent sur leurs listes. Les deux lanceuses de poids américaines, Michelle Carter, la championneolympique de Rio ,et Deena Price, 8ème à Rio et l’Allemand Robert Hartig, référence dans le disque, avec le titre olympique à Londres, et trois titres de champion du monde.

Les corticoïdes à gogo

Pour Michelle Carter, deux documents sont diffusés. Un refus d’AUT pour des corticoïdes pour une demande de janvier 2015 et une autorisation d’AUT pour les JO de Rio 2016. A nouveau pour des corticoïdes, sous voie orale, inhalation et injection intramusculaire. A noter tout de même que cette AUT n’est pas datée, et pas signée pour autorisation…

Michelle Carter

Michelle Carter

Pour Deena Price, apparaît un accord sur une AUT pour prednisone (corticostéroïde) délivrée pour les JO de Rio. Mais sur ce document, les dates posent question. L’AUT est délivrée le 9 août pour 2 jours, jusqu’au 11 août, mais l’accord n’est, lui, signé que le 20 août… Entre temps, la jeune lanceuse a terminé 8ème de la finale du 15 août. Une nouvelle confirmation de la pratique visiblement très répandue des accords rétroactifs, qui peuvent « sauver » d’un contrôle positif.

Pour Robert Harting, les choses apparaissent beaucoup plus délicates. « Fancy Bears » diffuse pour le lanceur de disque allemand deux documents : une demande d’AUT qui remonte à 2008. Celle-ci lui permet d’utiliser de « dexamethasone » (corticoïde), pour une injection intra-articulaire effectuée le 29 juillet 2008. Le hic est que l’AUT est autorisée à nouveau rétroactivement, seulement le 7 août 2008 (avec signature du Dr Gabriel Dollé !). Quelques jours plus tard, le 19 août, Robert Harting termine 4ème du concours olympique.

Positif à Rio ?

L’autre document sonne encore plus à charge contre Robert Harting. Il s’agit de la copie d’un contrôle anti-dopage positif qu’il aurait subi à Rio, le 12 août 2016, le jour des qualifications, avec détection par le laboratoire de « dexamethasone – triamcinolone acetonide » (deux corticoïdes). A Rio, le lanceur avait été sorti justement durant les qualifications.

Quelle a été la suite donnée à ce contrôle ? Certainement aucune. Robert Harting avait annoncé au moment du contrôle qu’il utilisait ces corticoïdes. Et il a probablement été « couvert » par une AUT donnée a posteriori. Ou encore informations diffusées par « Fancy Bears » sont erronées, et falsifiées.

Une éventualité qu’il n’est pas possible d’éliminer complètement, mais peu probable. Le WADA a admis publiquement le hacking subi par ses bases de données, et son directeur, Olivier Niggli, est même allé jusqu’à implorer le gouvernement russe pour obtenir leur aide dans cette lutte contre les hackers de « Fancy Bears ». Un sérieux aveu d’échec, que Vitaly Mutko, le Ministre Russe des Sports a accueilli avec circonspection, arguant que rien ne rattachait ces hackers à la Russie….

A quelle logique obéissent les diffusions des hackers ? Très certainement à la volonté de déstabiliser l’Agence Mondiale Anti Dopage, avec l’espoir de faire imploser le système. Dans cette optique, pourquoi s’attaquer à Robert Harting ? L’Allemand paie probablement son hostilité très affichée au dopage. Il avait orchestré l’année dernière une campagne auprès d’athlètes allemands pour protester contre le laxisme de l’IAAF. Son initiative n’avait pas manqué de provoquer quelques ricanements chez les spécialistes de l’anti-dopage, informés secrètement de ses errements…

  • Texte : Odile Baudrier
  • Photo : D.R. et Gilles Bertrand