Riad Guerfi, relaxé grâce à une défense bien menée

6 janvier 2017
Riad Guerfi

Riad Guerfi

 

 Riad Guerfi réagit à l’annonce de sa relaxe par la FFA, dans une longue interview où il explique la stratégie de son avocat, et justifie les variations de taux d’hématocrite considérées comme douteuses par l’IAAF. Il affirme en particulier afficher des taux élevés depuis ses années juniors.

Interview réalisée par Odile Baudrier

Comment s’était déroulé votre passage devant la commission disciplinaire de décembre ?

Je suis parti à la FFA avec mon avocat. C’était une sorte d’entretien. Ils nous ont posé des questions, je répondais. La FFA n’était pas trop dans la démarche de me « descendre » entre guillemets. Ils me posaient des questions, comme « Est-ce que vous voyez souvent vos mails ? » C’était plus par rapport à la procédure, que par rapport aux taux qui m’étaient reprochés par l’IAAF.

Justement, par rapport à ces mails, votre avocat, Maître Nicolleau, avait-il choisi d’argumenter sur le fait que vous n’aviez pas eu l’information avant la presse ?

Il a argumenté sur tout. Tout. Vraiment tout. Le fait qu’il y ait peu de contrôles sur une aussi longue période ne pouvait pas justifier le passeport et la procédure. L’envoi par mail, il a trouvé ça surréaliste.

En fait, vous ne lisez pas vos mails ?

Je ne suis absolument pas quelqu’un qui est connecté par rapport au net. Par rapport aux gens de ma génération, qui sont beaucoup sur leur smartphone, moi, je n’ai même pas de smartphone. Les réseaux sociaux, je ne suis pas très doué avec ça. Je ne me prends pas trop la tête avec ça.

Pourtant, vous avez tout de même un compte Facebook ?

Oui, là, j’y allais plus, vu que je m’entraînais un peu moins. J’avais plus le temps d’y aller. Mais en temps normal, où tout se passe bien, je m’entraîne, je suis le train train quotidien, je n’ai pas trop le temps d’y aller. Entre le matin, l’entraînement, j’essaie de me reposer un peu et l’après-midi, l’entraînement. Je n’ai pas de PC, pas de smartphone. Parfois, j’emprunte le smarphone de mes amis pour regarder.

Sur le problème du nombre d’analyses, quel a été l’argument de votre avocat ?

Tout simplement qu’il y avait des stages. Une fois, j’étais à plus de 50, cela confirmait que j’étais en stage en altitude, les taux augmentaient, c’était normal. Après, au bout d’un mois et demi, les taux diminuaient. Sur 3 ans, 2013-2016, 4 contrôles, ce n’est pas très significatif. D’autant que parfois, vous pouvez avoir une fatigue, vous tombez malade, il y a beaucoup de choses qui rentrent en compte. Il a plus argumenté par rapport à ça.

Les contrôles avaient-ils été tous effectués en compétition ou bien aussi à l’entraînement ?

En compétition.

Lesquelles ?

Le championnat de France du 10000 mètres. Le meeting d’Hérouville, je crois.

A chaque fois, le contrôle avait été fait selon les normes du passeport biologique où il faut attendre longtemps avant le prélèvement ?

Oui, bien sûr. Le contrôle sanguin et urinaire.

Selon mes informations, vos taux variaient entre 46.5 et 53, et plusieurs fois 49.

Oui, c’est ça. Mais c’est bizarre car il y avait plusieurs contrôles qu’ils n’ont pas pris en compte, où j’étais à 50-51. De toute façon, même quand j’étais junior, j’ai fait des contrôles où j’étais à 52 parfois.

Même en junior ?

Oui, c’était des prises de sang avant d’aller au championnat du monde en junior, j’ai toujours été haut. J’ai souvent eu des 51 quand je faisais des contrôles pour la fédé et dans les résultats des contrôles qu’ils faisaient pour les Championnats de France.

Vous avez fourni tous ces contrôles à la FFA ?

Oui. Je pense que la FFA a déjà ces contrôles. Et dans le relevé IAAF, il y a tous les contrôles anti-dopage faits après les compétitions. Donc il y avait ce qu’il fallait.

Alors, combien y avait-il de contrôles dans le dossier IAAF ?

Franchement, je ne me souviens plus. Il faudrait que je le ressorte. Ils m’ont envoyé par mail. En fait, de mon ressenti, ils me contrôlaient à chaque fois, mais quand j’ai vu les résultats, il y en avait 6 ou 7, pas plus.

Et donc sur les 6 ou 7, ils n’en ont pris que 4 ?

Oui, c’est ça.

Et quels ont été les arguments pour justifier le passeport biologique douteux ?

Franchement, je ne sais pas trop. C’est plus l’avocat qui s’occupait de ça.

Riad GuerfiJ’ai entendu que vous avez pris contact avec le docteur Gérard Dine pour analyser votre dossier. Qu’avait-il dit ?

Oui, j’avais pris contact avec un hématologue. Il a vu les contrôles. J’ai aussi fourni les justificatifs que je revenais de stage, par rapport au fait que ça avait augmenté. Pour eux, ça avait augmenté. Mais il n’y a rien d’anormal. Quand on va en altitude, les taux vont être plus hauts que d’habitude. Moi, perso, quand je tombe malade, ou de fatigue, je ne suis pas quelqu’un qui va au médecin, pour faire une prise de sang. Je m’en fous un peu. Je me dis que ça va passer. Peut-être que si je faisais plus attention à ça, j’aurais eu plus de justificatifs qu’ils veulent, par rapport au fait que je suis à 46. Peut-être aussi ils me reprochent ça, pourquoi ça a diminué.

C’est ce qu’ils vous ont demandé ? Pourquoi et quand vous avez été malade ?

Non, c’est juste un exemple. Il y a des fois où je suis à 46-47, il y en a qui me disent que c’est souvent qu’on est malade, qu’on a attrapé un petit virus. Mais comme moi, quand je suis malade, ou je ne me sens pas bien, je ne vais jamais au médecin, faire un certificat médical, qu’il me prescrive des médicaments. En fait, je m’en fous un peu. J’attends que ça passe.

Donc finalement, à quel moment avez-vous entendu parler de ce problème avec l’IAAF ?

C’est lorsque c’est paru sur le Monde.

Apparemment, le journaliste du Monde avait déjà tenté de vous joindre en septembre. Vous lui avez bien parlé ? (**)

Oui, ils m’ont appelé. Ils m’ont dit « Est-ce qu’on vous a contacté, je pense ? » J’ai dit non. Ils m’ont dit « Vous êtes sûr ? » Oui. Ah Bon, Ok. Et voilà !

C’est tout ?

Oui, ils ont été très brefs.

Mais ils vous ont tout de même demandé si l’IAAF vous avait contacté ?

Oui.

Mais ils ne vous ont pas dit pourquoi ?

Non.

Et après, vous l’avez su quand c’est paru sur le Monde ?

Oui. Je pense que c’est un ami qui m’a appelé. Il m’a dit Regarde sur le Monde. J’ai regardé. Et voilà.

Qui avez-vous contacté à ce moment-là ?

Le président de mon club. On est assez proches. On a décidé ensemble de réagir, puisqu’apparemment, il y avait tous ces soucis.

Justement, c’est votre président qui vous a conseillé cet avocat ?

Oui, franchement, sur cette histoire, le président Fabio (Timbrandy) de Val d’Europe a été très très proche. On est déjà assez proches. Il m’a beaucoup soutenu, il a fait tout ce qu’il fallait faire. Il a vraiment eu confiance en moi, il n’a pas douté. Cela fait du bien. Quand il y a des choses comme ça qui paraissent, cela détruit l’image. Dans des moments comme ça, ça fait du bien d’avoir des soutiens comme ça.

Vous avez été suspendu provisoirement par l’IAAF ou par la FFA ?

Apparemment, j’ai été suspendu provisoirement. Je crois que c’est l’IAAF.

A quel moment ?

Franchement, je ne sais pas. Je crois que c’est juste après qu’on a eu les mails, avec le passeport… C’est plus l’avocat qui était en contact avec eux.

En fait, vous n’aviez pas reçu les mails, ou bien vous les avez trouvés après sur votre boîte mail ?

Non. Après, dès que c’est paru sur le Monde. Apparemment, il y avait une date pour me défendre.  Dès que cette date est dépassée, qu’il y a eu la procédure, c’est là que j’ai reçu les mails avec mes relevés. Je pense que c’est à partir de là, que j’ai été suspendu. Je ne sais pas vraiment mais je pense que c’est à partir de là.

Ces mails, vous les avez vraiment reçus après la procédure et pas avant ?

Oui, oui. Je me souviens, j’étais avec des amis, les mails arrivaient au compte gouttes. On découvrait ça ensemble.

Quels contacts avez-vous eu avec la FFA depuis la procédure ?

Rien du tout.

Et avec l’IAAF ?

Non plus. En plus, les mails étaient en anglais, et je ne suis pas quelqu’un très fort en anglais. J’ai essayé de comprendre les relevés, par rapport à mes taux. Heureusement qu’il y avait  l’avocat qui s’est chargé de ça. Comme je vous le disais, je ne suis pas quelqu’un qui est facile avec internet.

Votre avocat, quand vous l’avez contacté, il a vu de suite qu’il y avait ces problèmes sur les mails ?

Ah oui. C’est la première chose qu’il m’a dite. Il m’a dit ça direct. Il m’a dit Comment tu as reçu ça ? Quand je lui ai dit que c’était par mail, il m’a dit Elle est où, la lettre recommandée ?? Je lui ai dit qu’il  n’y avait rien du tout. Limite, il n’y croyait pas. Après, il s’est renseigné, et il a vu qu’ils envoient par mail à beaucoup de personnes. Que c’est leur procédé à eux.

De suite, il vous a rassuré ?

Oui. Sans langue de bois, il m’a dit Il y a un vice de procédure direct. Mais il m’a dit qu’il ne voulait pas s’arrêter à ça, qu’il fallait démontrer que par rapport aux taux, il n’y a absolument rien à se reprocher.

Il a tout de même voulu que vous fassiez le dossier sur les taux ?

Oui, bien sûr, on a tout fait.

De quoi avait-il menacé la FFA s’il y avait ce vice de forme ?

Il y aurait eu un appel. Sûr et certain. On serait allés au bout du bout, c’est certain.

Il vous avait dit quelle serait la suite dans ce cas-là ?

C’est l’IAAF. On se serait retrouvés face à l’IAAF.

Sur un plan financier, qui a assumé les frais de l’avocat ?

Là, c’est le Président qui a avancé. Dès que je pourrai, petit à petit, je verrai avec lui. Bien que je sais très bien que ça ne le dérange pas, et qu’il ne voudra pas contre partie, par rapport à moi-même, j’essaierai de le rembourser.

Depuis octobre, avez-vous fait des entraînements ?

Je n’avais vraiment pas la tête à ça. Parfois, je sortais 1 ou 2 fois dans la semaine, histoire de changer les idées. C’était plus pour passer le temps. Je n’étais pas dans la démarche de m’entraîner.

Là vous pensez à reprendre l’entraînement avec un objectif ?

Oui, là, ça m’a fait beaucoup de bien de lire l’article. On va repartir de plus belle. Ca m’a motivé. J’ai envie. Au début, j’étais déçu, je disais que sûrement, j’arrêterai après ça. C’était plus sur le coup de la tristesse. J’étais dégoûté. Là, ça va repartir de plus belle, il faut que je finisse ce que j’ai commencé. Après, je pourrais partir.

Et votre entraîneur, vous l’avez revu depuis ?

Non, je l’ai eu souvent au téléphone, mais je ne l’ai pas revu.

Vous allez reprendre l’entraînement avec lui comme avant ?

Oui, bien sûr. On parlait de ça hier. Il était très très content. On va repartir. J’attends la fin de la semaine et à partir de lundi, on va repartir de plus belle.

En fait, Pascal Machat ne vous a jamais lâché ?

Non. J’ai eu des entraîneurs avant. Il fait partie des coachs qui quand je ratais quelque chose ou que j’étais pas bien, ça se ressentait même sur lui. Il est autant écoeuré que moi. Car il m’a vu à l’entraînement. Il ne me voit pas toute l’année, mais il me voit des fois. Il sait de quoi je suis capable. Le fait de ressentir que quelqu’un est aussi écoeuré que soi parce que je rate une compétition, il n’est pas là juste parce que je m’appelle Riad Guerfi, c’est vraiment quelqu’un qui veut me prendre pour m’aider, me faire progresser.

  • Interview réalisée par Odile Baudrier
  • Photo : Gilles Bertrand

 

(**) Yann Bouchez, journaliste du Monde, rédacteur du sujet paru le 14 octobre, qui annonçait la procédure lancée à l’encontre de Riad Guerfi, nous a affirmé, lui, avoir parlé entre 30 et 40 minutes à Riad Guerfi au milieu du mois de septembre, et lui avoir expliqué qu’une procédure pour passeport biologique douteux avait été lancée par l’IAAF. Selon Yann Bouchez, le président du club de Val d’Europe (Fabio Timbrandy)  qu’il avait sollicité pour obtenir le numéro de téléphone de l’athlète, avait également été informé par ses soins de cette procédure.

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