Quatre ans de suspension demandée contre Clémence Calvin

8 juin 2019

Quatre ans de suspension. C’est la sanction proposée à Clémence Calvin par l’AFLD à la suite de sa soustraction à un contrôle anti-dopage au Maroc fin mars. La marathonienne dispose d’un délai de 15 jours pour l’accepter ou la refuser. Dans ce cas, la décision reviendra à la commission des sanctions, après analyse des éléments fournis par l’AFLD et par Clémence Calvin.

Nouveau round dans l’affaire Clémence Calvin. Selon Gilles Simon de l’Equipe, l’Agence Française anti-dopage a informé la marathonienne de sa demande d’une suspension de 4 ans.

Une sanction somme toute logique au regard de l’accusation de soustraction au contrôle anti-dopage effectué le 27 mars à Marrakech par trois agents de l’AFLD, y compris Damien Ressiot, le Directeur du département des contrôles. Sans oublier que s’ajoutent aussi les éléments liés aux erreurs de localisation commises par Clémence Calvin, d’abord à Marrakech, où elle ne résidait pas à l’adresse indiquée dans le système Adams, puis à Ouarzazate, où elle affirme s’être rendue après ce problème de contrôle, mais où, cette fois, l’adresse mentionnée n’existe même pas…

Car comme le rappelle un spécialiste anti-dopage de l’IAAF, rôdé à gérer les cas complexes d’athlètes de très haut niveau international, cette affaire apparaît en réalité très simple : la notification du contrôle anti-dopage a été faite par un agent assermenté de l’AFLD (Olivier Grondin) – trois agents assermentés étaient présents (Olivier Grondin-Chloé Houix- Damien Ressiot, directeur du département des contrôles) – l’athlète s’est enfuie en courant de la salle de sports après avoir confié son enfant à son compagnon, Samir Dahmani. C’est donc bien un cas avéré de soustraction.

Mais les accusations  portées par Clémence Calvin sur l’équipe de l’AFLD, celles d’une usurpation d’identité, en se faisant passer par des policiers, ont provoqué un bel imbroglio, pour créer un doute que la marathonienne s’est efforcée d’accroître à travers de nombreuses interventions dans la presse.   

Les experts de la commission des sanctions devront trancher

En parallèle de cette déferlante médiatique soigneusement entretenue par Clémence Calvin et son avocat, Maître Péricard, la procédure officielle s’est donc poursuivie, dans le plus grand silence du côté de l’AFLD qui se veut prudente et ne souhaite pas communiquer d’informations susceptibles d’être ensuite utilisées pour la défense de Clémence Calvin.

La première étape de cette procédure passait par la suspension provisoire, notifiée à Clémence Calvin le mercredi 10 avril, à son retour du Maroc, et à quelques heures de sa conférence de presse. Et remise en cause ensuite le vendredi 12 par le Conseil d’Etat, qui lui avait ainsi permis de courir le marathon de Paris, où elle allait établir un nouveau record de France du marathon.

Une suspension provisoire que Madame Laurent, la présidente de l’AFLD, lui notifiait à nouveau le mardi 23 avril, et qui cette fois, lançait réellement le processus de suspension. Avec l’application du nouveau dispositif bâti par l’AFLD à partir du 1er mars 2019, à savoir le recours à la « composition administrative », qui prévoit donc qu’une sanction est proposée au sportif concerné, qui dispose alors de 15 jours pour l’accepter ou la refuser.

Compte tenu des arguments développés lors de ses conférences de presse et interviews successives dans plusieurs médias, Clémence Calvin ne pourra que s’opposer à cette suspension. Débutera alors une nouvelle phase, celle de l’instruction par la Commission des sanctions, créée à l’automne 2018, et formée de 12 membres indépendants.

Ces experts devront analyser les éléments transmis par l’AFLD, et par Clémence Calvin, pour décider d’une sanction définitive (avec possibilité d’appel auprès du Tribunal Arbitral du Sport).

L’équipe de Maître Péricard s’active pour constituer un dossier fort susceptible de sortir Clémence Calvin de cette situation, et souhaiterait en particulier obtenir des témoignages validant que l’équipe de l’AFLD se serait présentée comme « Police Française », créant ainsi une soi-disant panique chez la jeune femme, l’amenant à s’écarter des « policiers ». Mais même dans son entourage, cette attitude apparaît incompréhensible, comme le révèle cette réflexion d’un proche : « Si des policiers m’interpellent, je ne m’enfuis pas. Au contraire. »

Beaucoup d’informations émanent du Maroc

Au fil du temps, le rocambolesque ne diminue pas. Au contraire. De nombreuses informations circulent depuis le Maroc, qui lèvent le voile sur le rôle d’un certain nombre d’athlètes et intermédiaires, qui seraient intervenus dans cette affaire, et apparaît en particulier l’idée que l’adresse de Clémence Calvin aurait été révélée par un autre athlète, de niveau international, en échange d’une remise de sa propre suspension.

Au fur et à mesure des révélations des uns et des autres, se dévoile un contexte complexe autour de la jeune femme, d’autant que ses prises de parole répétées l’ont parfois amenée à des variantes dans ses déclarations.

Les douze experts de la Commission des Sanctions connaîtront un sérieux baptême du feu avec cette affaire Calvin, qu’ils devront démêler avec soin, pour conclure à une sanction ou à une relaxe. Dans ce dernier cas, il est quasi-certain que l’IAAF ferait appel de cette décision, pour appliquer une suspension ferme en accord avec l’infraction commise.

  • Texte : Odile Baudrier
  • Photo : Gilles Bertrand