Paula Radcliffe, Mark Parker, Neil Black, victimes de l’affaire Salazar

24 octobre 2019

La suspension pour quatre ans d’Alberto Salazar n’a pas été sans provoquer des remous plus que conséquents dans le monde du running. Neil Black, cadre de la fédération britannique d’athlétisme, Mark Parker, vice-président de Nike, ont ainsi été poussés vers la sortie de leur fonction. Les dommages collatéraux concernent aussi Paula Radcliffe, soutenant ostensiblement Alberto Salazar, au risque de proférer des jugements très tendancieux.

« Pouvez-vous me montrer les preuves que les athlètes se sont dopés ? » Paula Radcliffe n’en démord pas : rien n’incrimine les athlètes qui se sont entraînés avec Alberto Salazar. Et cela même si l’entraîneur a été suspendu pour quatre ans par l’USADA, l’Agence Américaine Anti-dopage, pour avoir été reconnu coupable de l’utilisation de produits dopants.

Dès que la nouvelle de cette sanction envers le coach américain avait circulé, fin septembre, en plein championnat du monde, la marathonienne britannique lui avait dévoilé un soutien fort. Elle osait même narguer l’USADA, qui a mené une longue et difficile enquête, pour arriver à ce jugement proféré par l’Association Américaine d’Arbitrage. Car elle n’hésitait pas à asséner : « Cela a été beaucoup trop long. Combien de milliers de dollars ont été dépensés dans cette enquête ?? Je pense que peut-être que l’USADA voulait redorer son blason après le fiasco Coleman… »

Un jugement péremptoire qui n’allait pas manquer de susciter des réactions fortes, comme de Kara Goucher, qui été un témoin central dans cette investigation pour dévoiler les éléments douteux qu’elle avait relevés contre Alberto Salazar durant la période où il l’avait entraînée. La jeune marathonienne, qui a payé cher son combat pour la vérité sur les agissements de Salazar, lui répondait par un tweet très simple : « Mais c’est parce que votre employeur a tout fait pour freiner l’enquête et éviter que la vérité éclate ! »

Une jolie mise au pilori de Nike, dont on a découvert avec ce jugement, que la marque de l’Oregon avait été un soutien plus qu’actif pour défendre son coach vedette de Portland, en payant même ses frais d’avocats et d’experts.

Et le rôle de Nike dans cette affaire remontant à 2015, et instruite en silence depuis deux ans par l’USADA, est apparu pour le moins trouble avec cette caution active de l’entraîneur de ses stars, Galen Rupp, Mo Farah, Sifan Hassan, Donovan Brazier.

Mark Parker, vice-président Nike, impliqué dans les sales affaires de Salazar

Toutefois l’engagement de Nike ne s’est pas limité au financement de frais d’avocats, Mark Parker, le vice-président, est apparu clairement engagé dans la démarche dopante d’Alberto Salazar, qui l’informait en direct de ses tests in-vivo, sur ses propres fils, pour savoir à partir de quelle dose des patchs de testostérone provoquaient un test anti-dopage positif…

Une fois la collaboration entre les deux hommes dévoilée au grand jour par quelques mails très pernicieux, Mark Parker n’a eu qu’une seule réaction, somme toute étrange, celle de dissoudre immédiatement le Nike Oregon Project, structure d’accueil de Galen Rupp, Sifan Hassan, et précédemment de Mo Farah. Tout en continuant à nier complètement les faits reprochés à Alberto Salazar, par une instance aussi rigoureuse que l’Association Américaine d’Arbitrage.

Mais finalement, un petit hoquet plus loin, Mark Parker a démissionné ces derniers jours de son poste de Directeur Général de Nike, pour conserver seulement sa fonction de président exécutif du conseil d’administration.

Le big boss a-t-il été poussé vers la sortie par Phil Knight, le patron de Nike, ami de très longue date d’Alberto Salazar ? Officiellement non. Mais la version officieuse pourrait dévoiler une toute autre approche…

Mark Parker s’inscrit ainsi dans les traces de Neil Black, le patron du demi-fond long pour la Fédération Britannique d’athlétisme, qui a eu la bonne idée de démissionner quasiment à l’annonce de la sanction prononcée contre Alberto Salazar. Le responsable britannique avait proféré des jugements dithyrambiques sur le coach américain, en 2015, alors que les premières rumeurs de sa pratique déviante commençaient à émerger, à la faveur de l’enquête menée par Propublica et Mark Daly, pour la BBC.

Paula Radcliffe défend Nike son employeur, et Gary Lough, son mari et entraîneur de Mo Farah

Il voulait ainsi absolument absoudre Mo Farah, évoluant alors sous la houlette de Salazar, qu’il avait rejoint en 2011 et jusqu’en 2017.

Par son attitude très ambigüe à l’égard d’Alberto Salazar, Paula Radcliffe cherche également à protéger les intérêts de son employeur, Nike, à l’image plus qu’écornée ces derniers mois, tout autant que ceux de Mo Farah, qui est maintenant entraîné par Gary Lough, son mari, l’homme qui l’avait amenée au record du monde du marathon, demeuré sur les tablettes pendant près de 16 ans…

Mais ce mélange de cynisme et d’aveuglement souille ainsi l’image de Paula Radcliffe, devenue un mastodonte de l’industrie du running, par sa capacité à se démultiplier en commentatrice, ou marraine d’épreuves à travers le monde entier…

  • Texte : Odile Baudrier
  • Photos : D.R.