Mohamed Ouaadi, come back dans les labours

1 février 2015

La course vétérans de l’interrégional de cross d’Aramon a offert l’occasion de revoir en course l’ex recordman de France du marathon, Mohamed Ouaadi, qui  à 46 ans, effectue un retour après plusieurs années d’arrêt.

Mohamed Ouaadi à l'arrivée du marathon olympique de Sydney, où il finit 8ème

Mohamed Ouaadi à l’arrivée du marathon olympique de Sydney, où il finit 8ème

 

La silhouette est toujours aussi fine. Le dos est plus voûté. Le visage évidemment bien plus gris. Près d’une décade s’est écoulée depuis que Mohamed Ouaadi n’a plus été vu dans les pelotons. L’ex-recordman de France du marathon a comme disparu après son ultime course, un 10 km à Marseille en 2007, couru en 30’27’’.

Depuis, plus rien, même pas un footing, avoue-t-il en souriant : « Je n’ai rien fait du tout ! » Mais il n’a pas pris une once de graisse, au contraire il a perdu du poids en s’arrêtant alors qu’il voyait tous ses copains prendre du ventre…

Pourquoi cet arrêt brutal à seulement 36 ans ? Mohamed se justifie : « J’avais passé 15 ans dans l’athlétisme. Après mon opération au genou, c’était aussi plus difficile. Et puis, j’avais atteint de très gros objectifs, des chronos, les Jeux. J’étais satisfait ! »

Après coup, il ne regrette pas : « J’ai passé beaucoup de temps avec mes enfants. » Ils sont d’ailleurs là tous les trois, à l’encourager au départ du cross et à l’attendre à l’arrivée. Son épouse n’est pas la moins enthousiaste. Elle retrouve elle aussi un milieu qu’elle connaît bien, et où elle a brillé sous son nom de  Khadidja Kassami. Cette Marocaine de 32 ans a ainsi terminé 1ère espoir au France de cross court en 2004, 2ème espoir au France de cross long en 2003, et couru le 10 km en 33’32’’.

Mais cette époque est comme révolue, Khadidja a oublié ses chronos et performances, et c’est Michel Peiffer, le patron de « Marseille Athlétisme », ancien boss de l’Olympique Marseille, qui se rappelle pour cette jeune athlète qui a été licenciée à l’OM, d’autant qu’elle est la sœur de Fatima Yvelain contre laquelle elle a souvent couru à cette époque.

Le couple s’est formé en 2005, et les deux carrières se sont achevées successivement, Khadidja Kassami avec la naissance de son premier enfant, 9 ans maintenant, suivi par deux autres, de 7 et 2 ans. Puis Mohamed Ouaadi a tourné le dos à des années de très haut niveau, ponctuées par trois records de France du marathon, entre 1998 et 1999, pour atteindre 2h 07’55’ en décembre 1999 à Fukuoka.

Ce coureur discret avait aussi brillé dans les grandes épreuves internationales, avec la victoire à Paris en 2000, la 8ème place aux Jeux Olympiques de Sydney en 2000, la 4ème place à Chicago en 2001 et à New York en 2002.

Pour la Légion Etrangère, et l’Olympique de Marseille

Autant de performances réalisées sous le maillot de la Légion Etrangère, qu’il avait intégrée dès 1997, après avoir quitté le Maroc pour effectuer des études d’histoire. Mohamed se faisait ainsi l’un des premiers porte-paroles de ce corps d’armée, en quête de visibilité, et il mettait aussi en avant les couleurs de l’Olympique de Marseille, club cher à Michel Peiffer.

Le boss de l’OM, transformé maintenant en Marseille Athlétisme, n’a rien manqué du retour de son protégé, sur lequel il ne tarit pas d’éloges : « Il est d’une droiture ! S’il dit oui, c’est oui. » Et il raconte que Mohamed Ouaadi a renoué contact à travers ses enfants, pour qu’ils pratiquent l’athlétisme au club, avant de finalement se décider à reprendre lui-même l’entraînement.

Pourquoi cette envie ? Il explique très simplement : « Tu t’aperçois qu’avec la vie quotidienne, tu te ramollis de plus en plus ! » Mais Mohamed l’avoue, cela n’a pas été facile de revenir, de retrouver un niveau, de reprendre le rythme de 5 à 6 entraînements par semaine, en général le soir, après le travail. A sa sortie de la Légion Etrangère, il a d’abord tenté une expérience dans le domaine du coaching, avant de s’orienter sur la maintenance, plomberie, carrelage en auto entrepreneur. Même si comme le rappelle avec justesse Michel Peiffer, il a connu de belles rentrées d’argent durant sa carrière de marathonien.

Et pour qu’il retrouve plus rapidement son niveau, Michel Peiffer a su trouver le bon argument, celui de cette inter de cross : « Sinon, j’aurais repris plus lentement, je me serai fixé une course dans 5-6 mois. » L’aventure de ce come back a débuté il y a trois mois, puis il renouait avec la compétition, fin décembre 2014, sur la Corrida du Vieux port, 4ème et 1er vétéran, et  ensuite le régional de cross qu’il finit 2ème vétéran.

A Aramon, il s’est bien battu, et termine 6ème, mais il tire un bilan mitigé : « C’est très bien ce que j’ai fait par rapport à l’entraînement. Mais je me suis fait enfermer au départ. » Et Michel Peiffer s’esclaffe en lui soufflant : « Et oui, tu ne connais pas les courses ! »

Cette incursion sur le cross pourrait bien s’être achevée à ce stade, sans qu’il passe par la case Championnat de France. Mohamed n’a pas oublié qu’il est plus un routard qu’un crossman, et il voudra probablement retrouver très rapidement le 10 km et le France de cette spécialité…

    Texte : Odile Baudrier

> Photos : Gilles Bertrand