Medhi Baala s’explique sur l’affaire Clémence Calvin

16 avril 2019

Mehdi Baala assume la fonction de responsable des Equipes de France, et a souvent affiché une grande proximité avec Clémence Calvin et Samir Dahmani. Pourtant l’ancien demi-fondeur l’affirme, il n’a nullement été informé par le couple du problème autour du contrôle anti-dopage du 27 mars. La surprise a été grande, tant il affiche une confiance totale envers tous les athlètes qu’il supervise.

Interview réalisée par Odile Baudrier

  • Pour quelle raison étais-tu absent dimanche du marathon de Paris alors que se jouaient les qualifications pour le Mondial et pour les JO ?
  • Ce n’était pas prévu que je vienne. Le référent qui s’occupe du marathon, était là. Ca suffisait largement. Il faut dire aussi que j’ai une actualité un peu chargée. Je gère toutes les équipes de France. C’est très compliqué. J’ai beaucoup de travail. Et j’avoue que certains week-ends avec la famille, ça ne fait pas de mal. Comme je pars trois semaines au Japon, la semaine prochaine, j’ai préféré rester à la maison. Ca n’a rien à voir avec l’affaire, s’il faut que je précise. C’était un choix personnel.
  • C’était un choix qui avait été fait avant cette affaire ?
  • Oui, j’avais prévu de ne pas venir. J’étais un peu en ballotage, je ne savais pas trop si j’allais venir ou pas. Vu que ma femme travaille le samedi, c’était compliqué en termes de logistique. Je ne voulais pas rester sans ma famille. Et puis, on voit beaucoup mieux le marathon à la télé !
  • Quel a été ton rôle auprès de Clémence Calvin ces dernières années ? Comme il l’a été beaucoup dit, tu étais considéré comme un proche du couple. Comment se manifestait cette proximité avec eux ?
  • Moi, j’ai un rôle dans la gestion de la globalité des athlètes de l’Equipe de France, notamment les top athlètes. Ca fait du lien entre la Fédération et le quotidien des athlètes. J’ai envie de te dire que les relations que j’ai avec Clémence, je les ai avec beaucoup, beaucoup d’autres. Quand on parle de proches, c’est mon travail de créer de la proximité. Oui, je me considère comme proche des athlètes de l’Equipe de France.
  • Etais tu en contact régulier avec Clémence et Samir ? Quotidien, hebdomadaire ?
  • C’est là où il y a un imbroglio dans le rôle de tout un chacun. On n’est pas en contact quotidien avec les athlètes, ce serait un travail faramineux. Il y a énormément d’athlètes à suivre. Donc ce n’est pas possible. On essaie d’avoir le maximum de nouvelles des athlètes. Parfois, ce n’est pas que du sortant, c’est de l’entrant aussi. Hier, j’ai eu des messages de pas mal d’athlètes de l’Equipe de France sans que je les sollicite. Attention à ne pas minimiser le rôle des référents, qui sont aussi en charge des athlètes de leur spécialité. On arrive à couvrir une bonne partie du suivi de nos athlètes de cette manière-là. Pour parler de Clémence, la dernière fois que je l’ai eue par message, je l’ai vérifié avant de te parler, c’était le 19 mars. J’ai vérifié pour ne pas se tromper de date, car à RMC, j’ai dit une bêtise, j’ai dit le 13 mars, mais en fait, c’était le 19 mars. Elle m’expliquait les journées marathon qu’elle avait, et qu’elle projetait de partir en stage. Elle ne m’a pas dit où, ni quand. Encore une fois, c’est important de le dire aussi, ça arrive souvent que les athlètes décident de partir sans qu’on soit informés. Surtout là que j’ai l’impression qu’elle est partie à cause de l’emballement médiatique autour d’elle : elle avait besoin de tranquillité pour préparer son marathon. C’est ce que je pense personnellement.
  • D’une manière générale, tu n’avais donc pas d’informations sur les plannings de compétitions, de stages ? Tu étais finalement informé en dernier ?
  • Ca dépend. Parfois, on le sait. En général, on est au courant des plannings de stages. Mais on ne demande pas aux athlètes de nous fournir un calendrier précis des lieux de stages ou des compétitions qu’ils vont faire. Cela reste de la discussion cordiale. Il y a aussi un rôle à ne pas minimiser non plus : celui du club. Le club est l’employeur. La FFA n’est pas l’employeur. Normalement, les athlètes doivent signifier à leur employeur les déplacements qu’ils font, notamment à l’étranger. Pour des questions d’assurance, tout simplement.
  • Est-ce que le couple Calvin-Dahmani te demandait des conseils sur d’autres sujets ? Avais-tu un rôle de conseiller pour eux, par exemple dans des domaines comme les partenariats ou les orientations sportives ?
  • Les partenariats, j’en ai discutés. Comme j’en discute avec pas mal de monde. J’ai une expérience assez longue en la matière. Moi, je donne un avis personnel. Qu’ils ne suivent peut-être pas, je n’en sais rien. En tout cas, quand on me pose des questions sur mon expérience, j’en parle sans problème. Je le fais avec tout le monde. Ce qui est important de noter est que mon travail ne se limite pas à Clémence Calvin. Il y a une centaine d’athlètes, en rapport avec les référents, le DTN. On est en action quotidienne sur les différentes réponses qu’on peut avoir sur les athlètes. Aujourd’hui, je suis en route depuis 8 heures du matin au téléphone sur les différentes problématiques. Je peux t’assurer qu’aujourd’hui, le cas de Clémence Calvin n’est pas prioritaire. On continue à faire notre travail. On essaie de réserver les meilleures réponses aux questions qui arrivent.
  • Justement, le dopage est-il un sujet que tu abordes avec les autres athlètes ? Que tu abordais avec le couple ? Est-ce que tu te places en rôle de conseiller, d’adulte, pour les mettre en garde ?
  • Non absolument pas. Moi, j’ai eu une carrière qui a été très limpide à ce niveau-là. Je n’ai jamais eu de problème de no show, de soupçon. Je suis considéré comme quelqu’un qui a fonctionné à l’eau claire, et je le revendique encore aujourd’hui. C’était absolument vrai. J’ai pu entendre des allégations à gauche, à droite, comme quoi les athlètes de haut niveau sont obligés de se doper pour être performants. C’est absolument faux. Il faut le dire : on peut faire de la performance sans se doper ! Je pense que la majorité de nos athlètes, des athlètes de l’Equipe de France le font. J’ai une extrême confiance en eux. On a une extrême confiance dans les athlètes de l’Equipe de France, en leur professionnalisme. Le dopage, on n’en parle pas car tout simplement, on a confiance en eux. Moi, je  n’ai pas d’interrogations à me faire à ce niveau-là : j’ai confiance aux athlètes, j’ai aussi confiance aux instances anti-dopage qui font bien leur travail. J’ai confiance à l’AFLD, à l’AIU, qui travaillent au quotidien. On n’a pas, nous, à se mêler de ce genre de choses. Et encore plus depuis le 1er mars, avec le changement de règles. On n’a plus rien à voir avec l’anti-dopage, c’est aujourd’hui l’AFLD qui s’en occupe à 100%. D’ailleurs, c’est assez révélateur de cette situation. Nous, la FFA, on a appris les affaires dans les journaux. On n’était au courant de rien, strictement rien avant le 4 avril, date à laquelle les affaires sont sorties. On fait notre travail au quotidien avec les athlètes, on a confiance en eux, on leur apporte l’aide maximale qu’on peut apporter sans avoir à porter de jugement et de doutes sur ce qu’ils font au quotidien, la plupart très bien.
  •  Justement, tu poses le postulat qu’on n’a pas de doutes et qu’on n’a pas à en avoir. Malgré tout, est-ce que l’analyse des performances de Clémence l’année dernière n’aurait pas pu attirer l’attention à la FFA, comme elles ont attiré l’attention de pas mal de spécialistes qui étaient choqués des progressions ?
  • Moi, j’aimerais connaître les spécialistes qui ont été choqués par les performances des membres de l’équipe de France de ces dernières années. Moi, il n’y a rien qui me choque. Les performances de Clémence, moi, je prends une logique de progression classique : tu fais des performances chez les jeunes, chez les seniors, tu progresses en linéaire. Je ne vois pas de choses choquantes dans la progression de la majorité de nos athlètes. Si on veut parler du cas de Clémence, elle a fait de très belles perfs chez les juniors, chez les espoirs, sur les longues distances, la progression me semble logique. Elle a eu une grossesse après pas mal de problèmes de santé en 2016, elle est revenue comme d’autres championnes sont revenues après des grossesses. Moi, je ne suis pas choqué par les performances faites.
  • SAMIR DAHMANI ME REPOND LE 4 AVRIL
  • Tu me dis que tu as été informé le jeudi 4 avril de cette situation. J’avais cru comprendre que plusieurs personnes avaient été informées avant par Samir Dahmani, et que tu en faisais partie. Ce n’est pas le cas ?
  • Non, absolument pas. Je vais regarder mon téléphone de suite. J’ai eu Samir Dahmani le 4 avril. J’ai envoyé un message à Clémence le 4 avril.
  • Dans la période après ce contrôle, même toi, le responsable des Equipes de France, et en proximité avec eux, tu n’as donc pas été joint par le couple pour parler de ce problème ?
  • Non, absolument pas. J’ai appelé Samir pour comprendre, pour savoir ce qui se passait. On a eu une explication, il m’a dit qu’il ne comprenait pas non plus. Que tout ce qui était sorti dans la presse était faux. On en est restés là. J’avais un rendez-vous au Ministère des Sports 10 minutes après. On ne s’est pas éternisés. Je lui ai donné mon avis personnel. Je lui ai dit que c’était important de discuter avec les journalistes qui posaient des questions pour faire le jour sur cette situation-là qui ne pouvait pas durer. En tout cas, qui ne pouvait pas rester dans l’obscurité et sans réponse. Ca me paraissait logique que Samir réponde aux questions, et Clémence aussi. Je lui ai donné un conseil : à votre place, je répondrai. Quand il n’y a pas de souci, on répond ! C’est ce qu’il a fait assez rapidement d’ailleurs.
  • Est-ce qu’à ta connaissance, ce jour-là, Samir était encore au Maroc ou à Martigues ?
  • Franchement, je ne sais pas. 
  • Concernant leur avocat, Maître Pericard, les as-tu conseillés pour le choisir ?
  • Non, pas du tout. Pas du tout. D’ailleurs, on n’a même pas abordé le sujet de l’avocat. J’ai appris ensuite qu’il avait pris un avocat. Quand on a eu cette discussion-là, il m’a dit qu’il réfléchissait peut-être à intenter une action en justice, mais on n’a pas parlé d’avocat. Je l’ai appris ensuite.
  • Selon les informations, il semble que cet avocat leur ait été conseillé par Ghani Yalouz, l’ancien DTN, avec lequel tu es très proche. Es-tu au courant ?
  • Ca m’étonne un petit peu. En tout cas, je ne suis pas au courant.
  • Concernant leur argumentaire, as-tu été partie prenante du montage de la défense de Clémence Calvin, s’appuyant sur une agression par des contrôleurs AFLD se présentant comme des policiers français ?
  • Non, pas du tout, pas du tout. Moi, j’ai eu Samir pour la dernière fois le 4 avril. On a eu la discussion que j’ai racontée. Et derrière, j’ai plus du tout eu de nouvelles, ni de lui, ni d’elle.
  • Tu as essayé de les joindre et tu n’as pas eu de réponses ?
  • Comme je t’ai dit, j’ai envoyé un message à Clémence pour savoir ce qui se passait, le matin du 4 avril après avoir entendu l’information. Et je n’ai pas eu de nouvelles. C’est à ce moment-là que j’ai vu que son Whatsapp était débranché depuis le 27 mars. La dernière fois qu’elle avait consulté son Whatsapp était le 27 mars.
  • Concernant leur défense, si tu avais été partie prenante pour les conseiller, quels conseils aurais tu donnés ?
  • C’est une affaire en cours. Franchement, je ne m’en mêle pas de ce genre de choses. Je n’ai pas d’avis à donner. C’est leur choix. Moi, je suis comme tout le monde, je suis observateur, j’apprends des bribes d’information dans la presse tous les jours. Je trouve très dommage que cela occulte toutes les perfs faites au marathon de Paris, on parle moins de l’athlé pour se focaliser sur cette affaire-là. Moi, ça me blesse pour tous les athlètes qui sont à pied d’œuvre pour leur saison qui va bientôt commencer. Franchement, c’est dommage pour l’athlé. C’est dommage qu’on ne laisse pas la justice faire son travail. Maintenant c’est entre les mains de la justice. On les laisse gérer. On fait totalement confiance à l’AFLD, et à la justice pour faire la vérité sur cette affaire-là.
  • Le fait aussi que Clémence occupe beaucoup l’espace média en répondant à beaucoup d’interviews ne peut évidemment que susciter cet emballement ?
  • C’est son problème. C’est son choix. Elle fait ce qu’elle juge bon.
  • Justement, toi, es-tu intervenu auprès de Beinsports où tu collaborais pour que Clémence soit l’invitée de « L’Espresso  » ?
  • Je ne travaille plus avec Beinsports maintenant, je pige pour RMC pour les meetings d’athlé. Non, je n’ai pas du tout été partie prenante chez Beinsports ou dans d’autres médias. Et personne de la Fédération n’a été partie prenante de son organisation médiatique. Je ne sais même pas qui gère ?
  • On parle d’une personne qui s’appelle Khalid Aït Omar. Le connais-tu ?
  • Oui, je le connais très bien. Cela m’étonnerait que Khalid soit impliqué dans cette histoire-là, de quelque manière que ce soit. Je sais qu’il l’a aidé à un moment pour trouver des partenariats, à la demande de Clémence. Je ne pense pas qu’il y ait un média qui ait eu Khalid au téléphone pour prendre des rendez-vous. A ce que je sache, c’est plus le côté partenariats.
  • Il m’a été rapporté une conversation que tu aurais eue fin 2014 avec André Giraud et Clémence, où vous lui auriez indiqué que ses valeurs biologiques du suivi longitudinal étaient anormales ? Est-ce exact ?
  • C’est absolument faux. On n’a pas accès au suivi longitudinal. On n’a pas accès à ces informations. Même si on les demandait, on ne les aurait pas. Ni moi, ni André Giraud, ni le DTN de l’époque, ni le DTN actuel, nous n’avons ces informations. La seule personne en capacité d’avoir accès à ce genre de choses, c’est le corps médical.
  • La seule information que vous avez est de savoir si la personne a fait ou pas son suivi médical ?
  • Oui, quand un athlète n’est pas à jour de son suivi. Des relances peuvent être faites à la demande du Médical, qui se rapprochent des entraîneurs. Il arrive qu’il y ait des petits retards. C’est souvent dû au délai entre le moment où les tests sont effectués et l’envoi des résultats.
  • CLEMENCE CALVIN SERA-T-ELLE DU VOYAGE AU JAPON ?
  • Concernant le stage de trois semaines au Japon, à Kobé, pour reconnaître le lieu du séjour avant les JO de Tokyo, j’avais compris que Clémence était prévue sur ce stage. Comment vois-tu les choses maintenant ?
  • Oui, elle était prévue. On finalise le stage, pour la semaine prochaine. Pour l’instant, rien n’est fait. On attend l’avancée de la procédure. C’est une procédure judiciaire. On attend ce qui va se passer pour prendre une décision.
  • Il semble que des athlètes veulent former un groupe pour demander plus d’actions contre le dopage et plus de transparence sur les analyses. Es-tu informé ? Qu’en penses-tu ?
  • Non, je ne suis pas au courant. On verra à ce moment-là. Il faut écouter les athlètes, écouter ce qu’ils ont à nous dire. C’est important de prendre en compte toutes ces choses-là. S’il y a un mal être, il faut faire en sorte que les athlètes s’expriment et donnent leur avis sur ces sujets-là. C’est compréhensible. Nous, on a confiance dans les athlètes qu’on suit. C’est une famille. Quand une affaire comme ça éclate, c’est toute l’équipe qui est touchée. Il faut les entendre. Etre en mesure de leur donner des réponses aux questions. Moi, je suis là pour leur répondre.
  • Faudra-t-il envisager une structuration plus rigide pour les localisations, les stages ?
  • Pour ne pas mentir, on y travaillait depuis un petit moment. Depuis un an, on travaille à la réécriture de la convention des athlètes de haut niveau. On va essayer d’évoluer mais il y a un cadre légal : on ne peut pas non plus connaître les faits et gestes d’un athlète au jour le jour, il a sa vie privée. C’est important de le dire. Il faut que ça reste dans le cadre légal. Mais on peut rassurer tous les lecteurs de spe15, on y travaille. On a envie que ces sujets-là n’existent plus. Pour nous, c’est un poison ! On est dans une dynamique Equipe de France. On a un sport propre. On  a des athlètes qui se battent tous les jours pour faire des performances à l’eau claire. Moi, je n’ai aucun doute, j’ai 100% confiance dans tous les athlètes que je suis. Je peux rassurer l’opinion publique, on travaille, on bosse tous les jours pour que le discrédit porté sur notre sport soit éludé. J’ai 100% confiance dans des athlètes qui se battent au quotidien, qui font des perfs. Pour des affaires comme celle-là, c’est à la justice de faire son travail et de faire la lumière sur cette affaire-là.
  • Interview réalisée par Odile Baudrier