Match de coachs : Jerry Schumacher supplante Alberto Salazar

23 juillet 2016

Les fameux Trials américains livrent des verdicts sans appel aux athlètes, accédant ou non aux Jeux Olympiques. Ce rendez-vous est également très analysé sous l’angle de la réussite des coachs. A Eugene, Jerry Schumacher a supplanté Alberto Salazar, avec 7 qualifiés dans son groupe du Bowerman Track Club, et 5 pour l’ancien marathonien. Mais celui-ci chapeaute deux mastodontes, Mo Farah, et Galen Rupp.

Galen Rupp cette fois sur la route du marathon en attendant l'indoor !!!

Galen Rupp, athlète phare d’Alberto Salazar

Ken Goe, le journaliste du site « Oregonlive.com » et du quotidien «The Oregonian » a bien de chance. Il n’a pas beaucoup de kilomètres à faire pour trouver des idées de sujets pour sa rubrique sur l’athlétisme. Il lui suffit de traverser sa ville de Portland pour rencontrer quelques-uns des meilleurs athlètes américains, et même mondiaux.

Et la démonstration de force de ces athlètes installés dans l’Oregon a été particulièrement visible lors des Trials américains organisés sur leurs terres, à Eugene. A peine la sélection olympique annoncée que Ken Goe pouvait se réjouir, au vu de la présence de 26 athlètes de l’Oregon ou du Southwest Washington dans cette liste.

Avec quatre groupes particulièrement à l’honneur : l’ « Oregon Track Club Elite », comptant dans  ses rangs, Ahston Eaton, l’ « Université d’Oregon », forte de 7 personnes, dont le hurdler Devon Allen, et les deux leaders, le « Nike Oregon Project », qui a qualifié Matthew Centrowitz, Shannon Rowbury, et Galen Rupp, et le « Bowerman Track Club », où pointent le meilleure steepler US, Evan Jager et six athlètes féminines, incluant les deux marathoniennes Shalane Flanagan, Amy Cragg, Emily Infeld, Courtney Frerich, Colleen Quigley, Shelby Houlihan.

Mo Farah et le Japonais Suguru Osako, avec Alberto Salazar

Les deux leaders pèsent par leur nombre de qualifiés, mais surtout par leur qualité et par leurs coaches. Avec ses 7 athlètes, Jerry Schumacher supplante ainsi Alberto Salazar, qui peut se targuer des trois américains, mais aussi de Mo Farah et du Japonais Suguru Osako.

Jerry Schumacher

Jerry Schumacher

En quelque sorte, l’élève a dépassé le maître… Car Jerry Schumacher s’était installé en 2008 en Oregon après avoir été pressenti par Alberto Salazar pour lui succéder. Suite à ses problèmes cardiaques, l’ancien marathonien voulait raccrocher et Jerry Schumacher, alors entraîneur dans le Wisconsin, lui apparaissait comme le candidat idéal.

Mais les donnes avaient brutalement évolué au printemps 2011 lorsque Chris Solinsky, entraîné par Jerry Schumacher, s’était approprié le record américain du 10.000 m et éclipsé de la sorte Galen Rupp, l’athlète fétiche d’Alberto Salazar, qu’il entraîne depuis le lycée. Et la belle entente entre les deux coaches avait explosé pour aboutir à la création des deux groupes distincts, le BTC, et le NOP.

Shanane Flanagan, 1ère femme entraînée par Jerry Schumacher

Bien sûr, le bilan strictement numérique pèse en faveur du BTC et de Jerry Schumacher, mais les analystes n’ont pas manqué de souligner que sa réussite concernait surtout des athlètes féminines, dans la foulée de Shahane Flanagan, la 1ère femme qu’il ait accepté d’entraîner, à contrecœur d’ailleurs au départ…

Shalane Flanagan bien en ligne dans ce 10 000 m de préparation d'avant Boston

Shalane Flanagan, athlète leader du groupe de Jerry Schumacher

Alors qu’en face de lui, Alberto Salazar peut se targuer de driver deux mastodontes de la piste, Galen Rupp et Mo Farah. Les liens sont si forts entre le duo Rupp-Salazar qu’on parle souvent de père et fils « spirituel ». Et Galen Rupp apporte constamment les meilleures satisfactions à son coach, avec une réussite hors norme. Il a ainsi remporté à Eugene son 9ème titre national sur 10.000 m, se qualifiant pour la 3ème fois pour les JO, et également sur le marathon.

Salazar a VMême les péripéties de l’année dernière autour d’Alberto Salazar et de son recours immodéré à des produits « border line » n’ont pas brisé cette entente. Et pas plus celle avec Mo Farah, que la Fédération Britannique avait autorisé officiellement après enquête. Même si Mo Farah vit le plus souvent très à distance d’Eugene et de son entraîneur, et qu’on le retrouve fréquemment en Ethiopie aux côtés de Jama Aden, ou encore à Font Romeu.

Alors, à l’issue des JO de Rio, de Schumacher et de Salazar, quel sera le NUMBER ONE ? Le nombre et la couleur des médailles livreront leur verdict…

  • Texte : Odile Baudrier
  • Photo : Gilles Bertrand