Mary Keitany, double victoire à New York pour Gabriele Nicola

2 novembre 2015

New York sourit à Mary Keitany, victorieuse pour la 2ème fois dans Central Park. Une nouvelle réussite pour Gabriele Nicola, son entraîneur, qui conseille également l’Ethiopienne Aselefech Mergia, 2ème.

Mary Keitany, à nouveau victorieuse

Mary Keitany, à nouveau victorieuse

 

Veille de marathon, briefing technique à destination des athlètes. Le grand salon de l’Hilton est plein à craquer, pris d’assaut par les athlètes, leurs managers, leurs entraîneurs. Peter Ciaccia, le nouveau patron de la course, s’essaie à une présentation rapide et sans emphase de l’évènement, avant de passer le relais à David Monti, le dynamique responsable du plateau, pour des explications plus techniques. Parmi la foule d’informations transmises, l’une d’elles fait exploser de rire la salle : les primes ne seront pas touchées dans le cas où le coureur regarde son chrono en franchissant la ligne d’arrivée… L’image du vainqueur se doit d’être belle ! Mary Keitany n’a pas besoin d’un tel rappel, la Kenyane ponctue chacune de ses arrivées d’un geste très symbolique, un signe de croix.

Gianni di Madonna avec Gabriele Nicola

Tout le gratin du marathon mondial se presse ici, les plus grands athlètes comme les plus gros managers, de Joos Hermens à René Auguin en passant par les Docteur Rosa, père et fils, Gerard van der Veen, Felipe Posso, Hussain Makke, Gianni Di Madonna… L’Italien s’est installé aux côtés de Gabriele Nicola, son coach fétiche depuis près d’une décade. Celui-ci débarque à New York avec une double casquette, à la fois conseiller de la Kenyane Mary Keitany, victorieuse en 2014, et de l’Ethiopienne Aselefech Mergia, sa principale rivale avec son record à 2h19’.

Depuis plusieurs années, Gabriele a choisi de partager sa vie entre le Kenya et l’Ethiopie. Sans oublier complètement l’Italie, son pays natal. Comme il me l’explique avec son accent chantant : « Je vis partout à la fois. C’est le revers de la médaille. Rien n’est gratuit dans la vie. Je veux travailler avec les plus grands athlètes au monde. Je dois donc vivre avec eux.»

Gabriele Nicola, entre Addis et Iten

Il partage ainsi son temps entre Addis Abeba, où son assistant éthiopien le supplée le plus souvent, et Iten, sa base principale de vie, où il chapeaute au quotidien l’entraînement d’un groupe incluant en particulier Mary Keitany. Une préparation qu’il a bâtie au cordeau cette année avec l’objectif d’une nouvelle victoire à New York, et il s’exclame : « Mary est prête pour gagner. La préparation s’est très bien passée. Maintenant, si elle ne gagne pas, tant pis, et je dirai bravo à la gagnante ! »

Au fil des années, Gabriele n’a rien perdu de son enthousiasme à l’idée d’amener au plus haut niveau ses athlètes. Ainsi il se récrie lorsque je lui demande pourquoi il n’a pas assisté au meeting inaugural de la piste d’Eldoret en mai dernier : « Mais moi, je vis à Iten. Je ne vais jamais aux meetings locaux. C’est une perte de temps. Moi, je préfère travailler, j’ai un seul objectif : entraîner les athlètes, les amener en forme, les soigner si besoin. »

Le dopage, un problème difficile

Le coach italien prend aussi soin de rester à distance de toutes les polémiques autour du dopage au Kenya. Il s’exclame avec emphase : « Moi, je n’ai pas de problèmes au Kenya. On sait très bien que je ne donne pas de drogues à mes athlètes. Pourquoi on viendrait m’ennuyer ? »

Mais il avoue tout de même à contre cœur : « C’est vrai que le climat n’est pas excellent au Kenya pour l’entraînement, avec toutes ces affaires. » Avant de livrer le fond de sa pensée : « Le dopage est un problème. Mais des problèmes, il y en a dans toutes les professions ! Pour l’athlétisme, ce sont les piqûres, (et il joint le geste à la parole !) ailleurs, ce sera autre chose ! »

Gabriele ne veut s’écarter de son credo sous aucun prétexte, sa raison de vivre ne tourne qu’autour de la performance. A New York, sa démonstration a été double, avec la victoire pour Mary Keitany, et la deuxième place pour Aselefech Mergia. Deux nouvelles réussites à l’actif du coach italien, qui a accumulé les accessits au fil des années, surtout chez les marathoniennes.

Behrane Adere, Mary Keitany, Aselefech Mergia, les protégées de Gabriele Nicola

Il y a quelques années, nous avions rencontré Gabriele Nicola à Addis Abeba pour assister à une séance avec ses marathoniens. L’Italien était alors déjà auréolé des performances de Behrane Adere, vice-championne du monde à Berlin, et il ne nous avait pas dissimulé préférer entraîner les femmes que les hommes, expliquant : « C’est plus facile avec les femmes. Pour plein de raisons, elles sont plus ouvertes à écouter. Les hommes sont parfois un peu plus fiers. Tellement challengers qu’ils ont aussi tendance à croire qu’ils sont capables de faire plus que la réalité. »

Gabriele, ex-athlète de niveau modeste, ne comptait que peu d’années de coaching derrière lui en arrivant en Afrique, et il a rôdé sa méthode pour l’adapter à un contexte particulier, comme il nous l’avait alors explicité : « Les bases d’entraînements sont les mêmes. Mais j’ai créé quelque chose de différent. Car les athlètes africains sont différents : ici, tout le monde est capable de courir vite. Alors, les gars aiment avoir une fois par semaine une séance de très haute vitesse. Normalement, les marathoniens en Europe ne font pas ce type de travail. Surtout dans la dernière partie de la préparation. Par exemple, pour la sortie longue du vendredi, on courra 35 km de plus en plus vite, pas à la vitesse de la compétition. Le mardi suivant, on fait du fartleck, car sur le plan mental, pour la motivation de l’athlète, ce type de sections très rapides leur donne de bonnes sensations de vitesse. Mais généralement 80% de la philosophie de l’entraînement, je la transpose ici, car le marathon, c’est 42 km n’importe où ! Il n’y a pas beaucoup de changements. Si vous voulez courir correctement un marathon, il faut courir des séances spécifiques de qualité. C’est pareil en Italie, en France, en Espagne, en Ethiopie ou au Kenya. »

Une méthode bien rôdée et adaptée aux coureurs africains

Au fil du temps, il a ainsi bâti le cadre d’une préparation marathon très structurée, s’appuyant sur un plan de 4 à 5 mois, qu’il avait détaillé : « Pour la première période, les 8 premières semaines, on accroît la puissance des jambes, la vitesse, l’endurance générale, en travaillant sur des distances sur piste plus courtes et plus rapides, sur les séances en côte très rapides une fois par semaine, sur des séances rapides sur 8 à 12 km. Et aussi sur de très longues distances non mesurées, on ajoute 15 minutes en plus chaque semaine, pour monter à 45 ou 46 km. Puis pour la deuxième période, on passe à la phase spécifique, pour les 2 ou 3 derniers mois, cela dépend des athlètes, les distances couvertes sont de plus en plus longues. »

Une nouvelle fois, la méthode Gabriele a payé à New York. A peine la ligne d’arrivée franchie, Mary Keitany se jetait avec enthousiasme dans ses bras, comme le faisait juste après Aselefech Mergia, marque de remerciements pour le travail effectué à leurs côtés par ce « sorcier » italien…

  • Texte : Odile Baudrier
  • Photo : Gilles Bertrand
L'Ethiopienne Mergia entrainée par Gabriele Nicola

L’Ethiopienne Mergia