Mahiedine Mekhissi, retour à Reims auprès du groupe Madaci

22 février 2017
Mahiedine Mekhissi

Mahiedine Mekhissi en puissance dans son dernier 400

Après un stage de trois mois passé à Riverside aux Etats Unis, avec ou sans la collaboration de Abderrahmane Morceli, Mahiedine Mekhissi se ré-entraîne aux côtés du groupe conduit par Farouk Madaci à Reims en partageant le contenu de certaines séances. Le point de départ d’une nouvelle collaboration entre les deux hommes qui ont fait marche commune entre 2009 et 2012. 

 

En ce mardi 21 février, c’est soirée Flunch pour le groupe Madaci. La soirée Flunch, ça débute par une grosse bourre sur la piste. Bon, cette fois, à quatre jours des France, ce fut piano. Puis, ça discute dans le petit local du stade. Et c’est parti pour trente minutes de rocade dans un Reims qui a déjà plongé dans le noir. Le Flunch est enfin à portée de phares. Le groupe claque les portières. Ce petit monde prend chacun un plateau. Question menu, il n’y a jamais de surprise, même si on se gratte le front en hésitant encore une fois devant l’assiette de frites. C’est soirée Flunch.

Ce mardi soir, Mahiedine Mekhissi ne s’est pas glissé dans le groupe. Même si « le grand » est bien de retour à Reims, même si « le grand » est bien de retour dans le groupe Madaci.

Ce n’est plus un secret pour personne, les photos ont circulé sur internet, elles ont été commentées. Petit résumé en mode texte « Wouaaa, ça faisait longtemps que tu n’avais rien posté »… « allez Reims team for Dream Madaci »… « de retour avec F. Madaci comme entraîneur ? ».

Ce n’était pas, semble-t-il, le scénario échafaudé à l’automne lorsque Mahiedine Mekhissi décide de rompre les liens avec Philippe Dupont, le manager fédéral qui pendant une olympiade a suivi la destinée du steepler jusqu’à cette médaille de bronze conquise à Rio sur tapis vert. Il s’envole avec Anissa son épouse et Hamid Zerrifi son fidèle sparring partner pour s’installer à Riverside, banlieue déjà lointaine de Los Angeles que l’on rejoint par l’une de ces artères vénéneuses que sont les autoroutes 10 et 60, coincée à l’Ouest par l’océan et à l’Est par une chaîne montagneuse où se cache la petite station de Big Bear.

Abderrahmane Morceli y officie comme assistant coach

Ce lieu n’a pas été choisi en posant le doigt sur une carte les yeux bandés. Riverside, c’est un peu le fief du clan Morceli. Nourredine y a séjourné deux années dans son début de carrière et son frère Abderrahmane s’y est installé en 2005 pour y construire une vie paisible après s’être consacré à la carrière de son frère comme entraîneur et manager. Riverside, c’est également là, que Taoufik Makloufi après avoir quitté Jama Aden et en délicatesse avec sa fédération, trouve refuge en 2015 avant de rejoindre Philippe Dupont comme coach attitré.

C’est donc en connaissance de cause que Mahiedine Mekhissi s’installe dans cette citée ensoleillée au climat tempéré. Un petit côté Portugal avec ses orangeraies, ses villas luxueuses grimpant sur les flancs du Mont Rubidoux, son calme apparent. C’est également une ville universitaire avec sa Faculté et ses 33 000 étudiants et un collège pépinière où justement Abderrahmane Morceli y officie comme assistant coach. Mahiedine Mekhissi rejoint donc l’entraîneur du grand Morceli, SPE15, à la mi novembre s’en fait l’écho dans un long texte publié à l’occasion du cross de l’Acier, l’information n’est démentie par personne.

C’est donc sur ce campus, sur ce petit stade universitaire encastré dans un écrin de verdure où chaque jour, des mastards lancent le ballon ovale fusant comme des obus dans le ciel bleu azur, que Mahiedine Mekhissi se prépare pour la saison en salle. Seul ou en collaboration avec Abderrahmane Morceli ?  Les deux versions se contredisent. Rencontré le lundi 13 février au pied de la petite tribune du stadium qui abritent les Tigers, Abderrahmane Morceli, après avoir évoqué la grande carrière de son frère, ses sept records du monde, ses cinq titres de champions du monde sur 1500 mètres et sa médaille d’or olympique conquise à Atlanta en 1996, ne fait pas mystère sur ses nouvelles fonctions auprès du français. « Oui, je lui fais les plans » « Oui, il lui faudrait un groupe de jeunes espoirs français en devenir pour s’entraîner avec lui. La Fédération devrait intervenir pour lui trouver ce groupe » « oui il a encore le temps de réussir de belles choses sinon, il aura des regrets» « oui je suis prêt à me libérer pour le suivre lors de la saison des meetings et des championnats. J’ai encore l’habitude de le faire car j’ai suivi deux Saoudiens, des coureurs de 800 à 1’43’’ et 1’44’’ * que j’ai entraînés » « oui après les Europe en salle, il reviendra ». C’est à peu près les mêmes propos qu’il tient auprès d’un journaliste algérien lors d’un entretien diffusé dans El Watan le 2 février. A la publication de cet article, l’entraîneur félicite par Whatsapp le rédacteur pour l’article publié.

Abderrahmane Morceli sur la piste de Riverside (photo Gilles Bertrand)

Abderrahmane Morceli sur la piste de Riverside (photo Gilles Bertrand)

C’est à la publication de celui-ci que Mahiedine Mekhissi se braque et réagit par un cinglant démenti dans l’Equipe « je peux vous certifier que Morceli n’est pas mon entraîneur. Je démens formellement ». Contacté le 20 février, c’est tout d’abord Anissa son épouse qui intervient en premier. Elle a pris la gestion des réseaux sociaux pour le compte de Mahiedine, elle confirme que « non, jamais Mahiedine ne s’est entraîné avec Morceli. D’ailleurs pendant notre séjour à Riverside, nous ne l’avons vu que lors des trois premiers jours. De toute façon, au départ, nous n’avions pas prévu d’aller là bas. On est allé à San Diego mais le lieu ne nous plaisait pas ». Confirmation de Mahiedine « oui c’est faux, il m’a juste rendu un service. Il m’a donné un coup de main pour trouver un appartement, pour me montrer les parcours, pour la salle de musculation, il m’a présenté à des gens, à son académie mais on n’a jamais parlé entraînement. Il est resté deux jours et demi et je ne l’ai jamais revu. J’ai dû faire un démenti ».

A ce jour, les deux hommes, le « vrai – faux » entraîneur et l’athlète ne se sont pas joints pour s’expliquer sur ce curieux quiproquo. Abderrahmane Morceli a bien laissé de nombreux messages mais Mahiedine a esquivé. Par contre nous avons réussi à joindre le coach qui aujourd’hui a obtenu la nationalité américaine. Il était rentré subitement en Algérie pour des raisons familiales. Voici ses propos, expression d’un salto doublé d’une pirouette de patineur : « il n’y a rien d’officiel. Je lui ai simplement donné mon idée. On doit se parler des conditions. Je ne sais pas de quel budget il dispose, je ne connais pas sa prise en charge. C’est à lui de prendre une décision. Pour moi, il est le bienvenue comme tout le monde ».

Abderrahmane Morceli qui avait organisé à Riverside un speech aux étudiants pour présenter l’athlète aux trois médailles olympiques s’en est-il tenu à un simple rôle d’accueil ? Les deux hommes sont-ils allés plus loin dans une forme de collaboration, au final sans trouver de terrain d’entente (financier) ? Mahiedine Mekhissi a-t-il estimé qu’il était préférable de rejoindre la France pour y trouver une solution qu’il maîtrise mieux ?

Il est peu probable que l’on sache la vérité sur cette relation éphémère entre les deux hommes, une vérité ou des mensonges qui se dilueront rapidement dans les affres qui enveloppent toujours la carrière d’un athlète.

« Mahiedine à Riverside, il a fait un mixe, il  a mélangé du Dupont, il a pris du Madaci. C’était complètement incohérent »

Mahiedine Mekhissi est donc rentré au bercail. Pour l’heure, sa saison en salle ne s’est pas déroulée comme il le souhaitait. Abderrahmane Morceli avait analysé la course du français sur 2000 m à Val de Reuil « c’est la faute aux lièvres ». Farouk Madaci qui a gardé un œil sur les entraînements de son ex athlète, est quant à lui formel « Mahiedine à Riverside, il a fait un mixe, il  a mélangé du Dupont, il a pris du Madaci. C’était complètement incohérent. Même si j’ai du respect pour lui, je ne peux pas imaginer que Morceli ait pu donner un tel plan à Mahiedine ».

Le steepler a donc repris le chemin du canal. Il s’est à nouveau glissé dans le groupe Madaci. Sans s’imposer comme lors de cette séance de 8 x 1000 conduite par le triathlète « c’est Vincent Luis qui a donné le tempo, « le grand » il est resté derrière ». Il ne reste plus qu’à officialiser une information qui n’est plus un secret pour personne à Reims et qui cette fois devrait éviter toutes les chausses trappes « Farouk Madaci, nouvel entraîneur de Mahiedine Mekhissi ?» comme entre 2009 et 2012. Le steepler de déclarer comme il l’avait déjà précisé dans Paris Normandie « en France, il n’y a pas beaucoup de grands entraîneurs. Mais j’ai trouvé une personne très compétente ». Il hésite « j’ai trouvé un groupe à Reims ». Il hésite encore « l’annonce, ce sera pour bientôt et uniquement sur les réseaux sociaux ».

Quelques minutes après la publication de ce texte, l’annonce officielle tombait sur le facebook de Mahiedine…

> Texte et photos Gilles Bertrand