Louise Carton le joker du cross belge

18 décembre 2015
Louise Carton

Louise Carton

La Belgique ne domine plus le cross mondial comme ce fut le cas au temps révolu du Cross des Nations, l’épreuve qui allait donner naissance au Mondial en 1973. Cependant, depuis 2009, sur l’échiquier européen, la Belgique réussit à sortir un joker lors des Europe de cross. A Hyères, ce fut Louise Carton s’imposant avec autorité chez les espoirs.

 

Cambridge 1972, Gaston Roelants sur le podium, les lèvres pincées, droit comme un lama, barbe taillée, cheveux encore trempés dans le cou. Il fut le dernier vainqueur du Cross des Nations avant que l’épreuve ne devienne l’année suivante Championnat du Monde.

Waregem, 1973, la ville qui accueille ces premiers Mondiaux, une cité flamande où les Belges devant leur public griffent le gazon, vainqueur par équipe chez les hommes avec en rang serré Polleunis, Roelants, de Beck, Giselinck, Lismont, Smet, Salvé et Parmentier. Une solide équipe qui l’année suivante sur l’hippodrome de Monza récidive, cette fois, conduite par Eric de Beck, médaillé d’or à 32 ans, un rusé des labours entraîné par Gaston Roelants.

La Belgique terre de cross… ? L’image se dessine et se découpe. Couche après couche. Un tableau réaliste, de gris et de brume. A Düsseldorf en 1977, l’élégant Léon Schots, vainqueur devant Carlos Lopes y ajoute sa touche, quelques trainées de boues dans ce décor balayé par les frimas. La Belgique terre de cross… ? Le titre s’affirme et s’impose pour illustrer cette fresque lorsqu’en 1979, à Limerick, Eddy de Pauw s’affirme chez les juniors. 1980 enfin, dernier coup de pinceau, dernière salve avant l’arrivée imminente des coureurs est-africains, Léon Schots, quatrième, conduit son équipe vers le bronze sur l’hippodrome de Longchamp à Paris.

Puis les pinceaux ont séché, la peinture a croûté. Un vent du Sud s’était levé, comme un puissant Harmattan. En un hiver, les nations éthiopiennes et kenyanes ont fait pencher le tableau sur sa cymaise, pour faire sortir du cadre ces vieilles nations européennes, hors jeu, hors cadre. La donne avait changé, définitivement, pour ne laisser qu’un fort sentiment de nostalgie.

« Ensemble, plus fort on est »

Emotionnellement, l’histoire s’écrit toujours ainsi, avec ce regard pesant sur le passé, réflexe de survie, d’autodéfense,  pour cette discipline malmenée. Mais paradoxalement, dans le souvenir d’une génération de coureurs qui a labouré ce sillon de légende, le cross belge survit plutôt mieux qu’ailleurs, notamment depuis que Golazo est venu soutenir le cross. Cette société événementielle créée par Bob Verbeeck, il fut champion d’Europe en salle sur 3000 m en 1985, est régulièrement comparée voire opposée à ASO. D’une taille inférieure à son équivalent français, elle pèse néanmoins sur le sport européen en gérant plus de 200 événements dans l’univers du cyclisme, du running, de l’équitation, du triathlon et de l’athlétisme réunissant annuellement plus de 700 000 participants. Citons les plus importants, les meetings Van Damme et d’Hengelo, le marathon de Rotterdam, Liège – Bastogne – Liège, la Marmotte…

C’est ainsi que la CrossCup, pourtant bien moins prestigieuse que ces grandes épreuves internationales, est tombée dans l’escarcelle de Golazo dont la stratégie est simple « ensemble, plus fort on est » en offrant à des partenaires une visibilité sur un groupement de compétitions, c’est le cas de ce circuit cross réunissant huit épreuves, avec pour partenaire titre Joker+, le loto belge.

Louise Carton, le joker du cross belge

Aujourd’hui, la CrossCup est portée par une jeune athlète originaire d’Ostende, la cité portuaire de la mer du Nord qui en 2001 accueillait les Mondiaux de cross. Il s’agit de Louise Carton qui à Hyères, est devenue championne d’Europe de cross chez les espoirs, soit le cinquième titre pour la Belgique aux Euro après Hans Janssens en 1999 et Jeroen D’hoedt en 2009 chez les juniors, avec Atelaw Bekele en 2011 chez les seniors et Pieter-Jan Hannes en 2013 en U23.

A Hyères, sur cette presqu’île de cross, Liv Westphal et l’athlète belge ne se sont pas affrontées les yeux dans les yeux. Sans regret pour la Française venue de Boston épauler le 5 majeur tricolore, avec autorité pour Louise « Attaque », plus forte au train qu’au sprint mais s’imposant avec autorité et maturité.

Sa victoire à Hyères a fait grimper la cote de cette étudiante « kiné », nouvelle ambassadrice du cross belge, nouveau joker du demi-fond outre-quiévrain après avoir réalisé cette année 15’23’’82 sur 5000 à Heusden-Zolder, une semaine après s’être classée, seconde aux Europe espoirs toujours sur 5000, derrière…Liv Westphal.

Ainsi, le 20 décembre prochain, Louise Carton sera l’invitée vedette de la prochaine édition de l’étape Bruxelloise de la CrossCup. Passé les fêtes, le 9 janvier, elle sera ensuite à Edinbourg sélectionnée dans l’équipe d’Europe opposée aux USA et le 16 à Antrim pour tirer cette lourde charrue dans ces labours souvent brumeux et boueux, encore populeux. Le souvenir du Baron Gaston Roelants* n’est jamais loin !!!

 

> Texte et photo : Gilles Bertrand

 Gaston Roelants : né le 5 février 1937

. 5 fois vainqueur du cross des Nations entre 1965 et 1972

. Champion olympique du 3000 m steeple en 1964

. Champion d’Europe du 3000 m steeple en 1962

. Médaillé d’argent (1969) et médaillé de bronze (1974) sur marathon aux Championnats d’Europe

. 8’26’4 sur 3000 m steeple en 1965 (Record du Monde)

. 13’34 »6 sur 5000 m (1969

. 28’03 »8 sur 10 000 m (1972)

. 20 784 m sur l’heure (1972)

. 2h 16’30 » sur marathon (1974)