L’IGF1 LR3, l’hormone dopage, du sprint au marathon

2 juillet 2015

L’IGF1 LR3 serait la nouvelle hormone de référence pour les sportifs tentés par le dopage, qu’ils soient sprinters ou marathoniens, séduits par son efficacité sur les cellules musculaires, pour un coût très réduit. Pierre Sallet, spécialiste de l’anti-dopage en France, confirme les révélations de Victor Conte, expert américain du dopage, emprisonné pour son rôle dans l’affaire Balco, et maintenant très actif dans la lutte anti-dopage.

 

La première suspension pour dopage est passée de 2 ans à 4 ans. Est-ce suffisant ?

Envers et contre tout, Victor Conte demeure un expert du dopage. L’Américain, créateur du fameux laboratoire Balco, qui a approvisionné tout le gratin mondial de l’athlétisme en stéroïdes anabolisants, avant d’écoper d’une peine de prison, a maintenant tourné le dos à ses anciens démons, et se consacre à la diffusion de produits autorisés. Mais Victor Conte conserve une vraie connaissance de ce monde opaque du dopage qu’il n’hésite pas à révéler au grand jour, officiellement pour mieux épauler la lutte anti-dopage.

Pour lui, la référence actuelle pour les sportifs avides de performances artificiellement améliorées, serait l’IGF1 LR3, une forme d’hormone de croissance. Pierre Sallet, chercheur spécialisé dans l’anti-dopage, confirme : « L’IGF1 est une hormone produite par le foie. Elle est sous l’influence directe de la sécrétion d’hormone de croissance. En fait, pour faire vraiment très simple et de manière schématique, (ce qui est parfois controversé), on dit que l’IGF1 a un effet beaucoup plus important sur les facteurs de croissance que l’hormone de croissance, puisqu’elle est directement en relation avec la croissance du tissu alors que finalement l’hormone de croissance a un effet sur le foie, qui va permettre la sécrétion de l’IGF1. C’est donc une étape supplémentaire. Plus la substance a une influence anabolisante sur le tissu ou dans le remodelage osseux, plus c’est efficace. »

L’IGF1 pour mieux récupérer des sorties longues

Alors, qui utilise cette IGF1 LR3 ? Pour Pierre Sallet, la cible est très large, elle s’étale des sprinters aux marathoniens : « Aujourd’hui, la stratégie de dopage lourd intègre l’EPO et le dopage hormonal, l’EPO et l’IGF 1 sont les substances incontournables. L’IGF 1 a un effet dans toutes les disciplines : on prend plus de muscle. Cela ne concerne pas que les sprinters. Pour un marathonien, l’entraînement casse des fibres, et est dévastateur pour les muscles. L’IGF1 LR3 favorise la récupération musculaire. Tu peux enchaîner des sorties longues plus rapprochées. Simplement les cures sont différentes selon les disciplines. Pour le sprint, les cures sont plus longues. »

Victor Conte évoque des cures de 40 jours, à raison de 100 microgrammes par jour. Une information cohérente pour Pierre Sallet, qui explique : « Les périodes de prises de substances sont entrecoupées de périodes où l’organisme rééquilibre naturellement vers la production endogène. Un cycle de 40 jours est suffisant pour profiter des facteurs de croissance et de force, de stimulation de l’entraînement. Grâce au produit, il y a une prise de muscles, et ensuite l’entraînement classique suffit à conserver la structure active.  En fait, l’organisme doit être capable de stimuler sa propre production : si la prise de produits est trop longue, il y a le risque d’un arrêt de la production d’hormones, ou bien une reprise tardive de la production, ou encore des disfonctionnements à la reprise de production. Avec des prises sur le long terme, il y a des risques en termes de performances. En même temps, les doses sont assez faibles. Pour qu’il y ait un effet sur la performance en parallèle de l’entraînement, il faut prendre le produit assez longtemps car la prise musculaire prend du temps. Après, une durée de 20 jours ou de 40 jours, c’est l’expertise terrain qui le dit ! »

Des cures de 40 jours, un effet pendant un mois

Selon certaines informations véhiculées par le WEB, les cures provoqueraient un effet d’une durée d’environ 1 mois, et il faudrait ensuite programmer une nouvelle cure. Là encore, Pierre Sallet confirme ces allégations : «L’organisme est fait pour un retour au métabolisme basal. Par exemple pour la prise d’EPO, cela augmente le taux d’hémoglobine, mais ensuite tu reviens à la valeur basale, voire en-dessous. C’est pareil pour l’hypertrophie musculaire. La cure est utilisée pour cibler une compétition. Puis il faut prendre une nouvelle cure pour un nouvel objectif. Car rien n’est figé. La stimulation par l’entraînement fait perdurer l’effet, mais globalement il suit un retour vers la normalité. »

Le produit est efficace, et il n’est pas cher. Victor Conte évalue cette cure de 40 jours à environ 200 dollars. L’achat s’effectue très facilement sur internet. Ainsi le site « Advanced Muscle » propose une offre spéciale « 4 juillet », pour la fête nationale américaine avec un tarif de 240 dollars. Le dopage n’est pas cher…. Oui, malheureusement, s’écrit Pierre Sallet ! Avec un bémol : « Qu’achète-t-on vraiment à ce prix ? Les produits peuvent être coupés avec n’importe quoi. Les concentrations sont parfois erronées.» Mais ce spécialiste avoue aussi : « Il y a une vraie concurrence entre les laboratoires russes, chinois, indiens. Et la tendance actuelle est à l’amélioration de la qualité, les gars veulent des produits de qualité. C’est exactement comme pour la drogue. Pour les labos, il y a une recherche de produits plus efficaces, pour conquérir de nouveaux marchés… »

L’IGF1 LR3 est indétectable

Alors, quel arsenal trouve-t-on en face de ces utilisateurs si déterminés à profiter de tels produits ? Finalement, pas grand-chose… Car l’IGF1 figure bien sur la liste des produits interdits définie par le WADA, mais en réalité, aucun test ne permet de la détecter !

Pierre Sallet explique : « On ne peut pas la détecter en direct. Le test sur l’hormone de croissance existe, mais pas sur l’IGF1. Car ces substances ont des demi-vies, des durées de vie courtes. On donne le test à 12 heures ou 24 heures, mais avec des micro-doses, on est plutôt sur des durées de 6 heures ou moins. » La seule possibilité serait l’analyse des passeports biologiques pour traquer les variations anormales de taux d’IGF1 exogène. Mais cette méthode comporte en réalité de sérieuses limites : « Sur le papier, en termes de suivi, pour l’IGF1, globalement le taux varie, mais dans des extrêmums assez réduits. Dès qu’il y a des prises exogènes, IGF1 varie beaucoup. On devrait donc le voir au suivi du passeport biologique. Toutefois, à la mise en place du passeport il y a 5 ans, on voyait beaucoup de choses. Maintenant, c’est différent, à cause du problème des micro doses. Les micro doses auraient des demi-vies d’au maximum de 12 heures. Cela signifie que 50% de la substance a disparu après 12 heures. Mais en réalité, on est plutôt à 6 heures… »

Un constat terrible et effrayant, et Pierre Sallet admet : « Oui, nous avons des experts en face de nous ! »

> Texte : Odile Baudrier