L’IAAF impliquée dans un complot contre le marcheur Schwazer ?

10 novembre 2018

La justice italienne poursuit son travail dans l’affaire du marcheur Alex Schwazer, qui soutient que son deuxième contrôle positif résulte d’un complot. Après les éléments plaidant en faveur d’une manipulation de son échantillon, ce sont maintenant des mails qui laissent entrevoir l’implication de membres de l’IAAF et de l’AMA dans cette démarche contre le champion olympique. Sous réserve d’une expertise judiciaire validant leur authenticité.

 

DONATI ET SCHWAZER

23 mails. C’est le joli cadeau qu’a reçu en juin 2017, Christoph Franceschini, journaliste pour « salto.bz/de», un site italien en langue allemande.  A l’origine de cet envoi, un inconnu, mais il s’avèrera rapidement qu’il s’agit des hackers des Fancy Bears. Un groupe dont on a appris par des enquêtes successives qu’ils agissent aux ordres de la Russie, avec en particulier, un rôle très fort et douteux dans la campagne électorale américaine. Ces hackers s’avèrent aussi très actifs dans le milieu du sport, en dévoilant les AUT utilisées par de très grands noms du sport mondial, comme Bradley Wiggins ou la présence sur des listes douteuses de stars de l’athétisme.

Christoph Franceschini a été choisi, lui, par les Fancy Bears pour recevoir un fichier obtenu durant le hacking des sites de l’IAAF et de l’Agence Mondiale Anti-Dopage, du printemps 2017. Et le journaliste raconte en détails ce 10 novembre 2018 sur le site « salto.bz », les informations obtenues alors dans ces 23 mails tous consacrés au marcheur Alex Schwazer.

Le moins qu’on puisse dire est que la correspondance est très explosive, en démontrant les interractions entre divers personnes influentes de l’IAAF, de l’AMA, de leurs avocats, du laboratoire de Cologne. Tous actifs pour s’opposer au réexamen des échantillons du marcheur italien demandés par le procureur italien, mais aussi pour s’attaquer à Alex Schwazer et à son entraîneur Sandro Donati, afin qu’un deuxième contrôle positif soit détecté et que la carrière du marcheur se retrouve définitivement torpillée. Et en filigrane, l’objectif de retirer toute crédibilité au marcheur qui a témoigné des dérives de plusieurs officiels italiens.

Compte tenu des pratiques des Fancy Bears, une analyse précise doit évidemment être effectuée pour valider que ces mails n’ont pas fait l’objet de manipulations a posteriori, et émanent bien des personnes concernées, en l’occurrence Thomas Capdeville (*), le responsable antidopage de l’IAAF, Ross Wenzel, l’avocat de l’IAAF à Lausanne, Katherine Brown, membre du cabinet d’avocats de l’AMA à Lausanne, Wilhelm Schänzer, le directeur du laboratoire de Cologne, et son adjoint.

CAPDEVIELLE

C’est la demande formulée par le juge italien Walter Pelino qui a accepté ce vendredi 9 novembre de prendre en compte ces 23 mails, malgré les protestations des avocats de l’IAAF, invoquant le droit à la protection de la vie privée de leurs signataires.

En parallèle de cette investigation sur cette correspondance, se poursuit également le travail de la police scientifique italienne, pour comprendre les incohérences qui demeurent sur les échantillons d’urine d’Alex Schwazer. A savoir les densités d’ADN entre l’échantillon A et l’échantillon B, qui sont très différentes et également très élevées, alors même que l’échantillon date de plus de deux ans. Cette non dégradatation de la densité apparaît en désaccord avec les observations effectuées sur les échantillons de 100 volontaires. Reste maintenant au colonel Lago, chargé de ce dossier, à valider si une manipulation des échantillons Schwazer apparaît possible.

L’affaire Schwazer est très loin d’être terminée. Quelles autres surprises nous réservera-t-elle ?

  • Texte : Odile Baudrier
  • Photo : D.R.

(*) Thomas Capdevielle, désormais intégré au sein de la cellule Athletics Integrity Unit de l’IAAF, a été contacté le 1er août par mes soins, pour une demande d’interview pour évoquer à la fois son parcours, ses fonctions au sein du bureau de la fondation CADF (qui régit l’anti-dopage pour l’UCI), et pour l’interroger sur les informations parues dans la presse italienne concernant son rôle dans l’affaire du contrôle positif d’Alex Schwazer. Cette demande est, à ce jour, restée sans réponse.