L’IAAF dédouanée par Dick Pound, sur les médaillés dopés

14 janvier 2016

Un grand nombre de médaillés en grands championnats entre 2001 et 2008 affichaient des taux sanguins anormaux. Cependant la commission d’enquête de l’AMA estime normale leur non sanction par l’IAAF, qu’elle félicite pour son engagement dans le passeport biologique.

 

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Les révélations de la télévision allemande ARD et du « Sunday Times » d’août 2015 avaient créé un gros malaise avec l’annonce d’un chiffre record de médaillés à considérer comme dopés. La commission d’enquête de l’AMA dirigée par Dick Pound s’inscrit à l’opposé de cette théorie, et ceci en dépit du nombre important de cas « douteux ».

Pourtant l’analyse des chiffres (aucun nom ne sera révélé par la Commission d’Enquête, autorisée à seulement intervenir sur un plan macro) donne le tournis. Sur un total de 12.360 échantillons, les experts diligentés par l’AMA ont détecté 1090 échantillons appartenant à 671 athlètes qui étaient hors des limites.

Concernant les athlètes médaillés, les analyses ont porté sur le top 3 des JO, Mondiaux (y compris indoor), Commonwealth Games, Mondiaux de cross, Mondiaux Juniors, grands marathons). Avec en conclusion 309 médaillés présentant des valeurs sanguines anormales, dont 181 affichant seulement un échantillon hors des limites. Mais tout de même 104 qui présentaient 2 à 5 échantillons anormaux, et 25 qui avaient 5 ou plus d’échantillons hors des limites.

Sur les 309 athlètes médaillés, ce sont 67 qui ont été sanctionnés pour dopage. Sur les 242 athlètes restant non sanctionnés, 84 affichaient encore des taux anormaux après la mise en place du passeport biologique.

Mais sur les 158 athlètes affichant des résultats anormaux entre 2001 et 2008 et n’ayant pas supporté de sanctions anti-dopage, 88 étaient ciblés pour des contrôles sur l’EPO, mais avaient stoppé leur carrière avant l’arrivée du passeport biologique. Ils passaient donc à travers tout problème. Et 70 avaient encore des taux anormaux après 2009 et l’arrivée du passeport biologique, sans pour autant être suspendus.

L’IAAF dédouanée

Malgré ces éléments, la commission d’enquête a dédouané l’IAAF, exprimant son total désaccord avec l’opinion des deux experts sollicités par l’ARD et le Sunday Times, concluant à un certain laxisme de l’IAAF qui aurait conduit à ne pas sanctionner des athlètes médaillés et dopés.

Pourquoi une telle conclusion ? Dick Pound s’est justifié durant sa conférence de presse, en expliquant : « Contrairement aux affirmations de l’ARD et du Sunday Times, ces données n’auraient pas pu être utilisées pour poursuivre ces athlètes pour dopage en 2009. Les données obtenues n’étaient pas complètes, car pas enregistrées selon les normes du passeport biologique. L’analyse complète montre que l’IAAF a réagi à certains cas, et a entrepris des contrôles de nouveau. »

Une analyse étonnante à considérer que dans le rapport de la commission d’enquête, il est spécifiquement souligné certaines lenteurs dans les process de l’IAAF, et surtout ses réticences à répondre aux sollicitations de l’AMA, découvrant ainsi en novembre 2012 que 161 passeports biologiques présentent des éléments anormaux. Le Docteur Gabriel Dollé traîne alors le plus possible pour accepter une rencontre avec l’AMA, mais admet tout de même lors de ce meeting, qu’il est confronté à un grand nombre de passeport biologiques anormaux, essentiellement issus d’athlètes de la Russie, la Turquie, l’Ukraine, le Kenya, le Maroc, l’Espagne.

Tous affichant une très forte probabilité de dopage sanguin, en parallèle à des difficultés pratiques de conduire des tests hors compétitions dans ces pays.

Le record de sanctions pour l’IAAF

Mais en dépit de l’existence de ce cocktail explosif dans ces pays, la commission d’enquête donne le quitus à l’IAAF, estimant que cette fédération est l’une des plus actives dans les tests des protocoles d’EPO et dans la mise en place des passeports biologiques.

L’IAAF pouvait ainsi se targuer d’afficher le record de passeports biologiques tous sports confondus, avec au 11 décembre 2015, un total de 57 athlètes sanctionnés par ce biais, 8 en arbitrage au TAS, 6 cas en attente de décision, 5 en préparation.

En bref, les apparences peuvent être trompeuses, et Dick Pound ne souhaitait que souligner l’activisme fort de l’IAAF dans sa lutte contre le dopage. Un élément fort qui ne pouvait que réjouir Sebastian Coe…

  • Texte : Odile Baudrier
  • Photos : Gilles Bertrand