Les réfugiés éthiopiens dans l’équipe d’Israël aux Europe de cross

22 décembre 2016

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Au championnat d’Europe de cross, Israël présentait pour la première fois des équipes formées de jeunes issus d’Ethiopie, pays qu’ils ont fui en raison des persécutions politiques à leur encontre. Une situation aux antipodes de celle vécue avec la Turquie, avec sa politique très offensive de recrutements pour se hisser sur les podiums.

 

Dans cette petite plaine marécageuse située près de la mer, leur petit groupe ne passe pas inaperçu. Cette dizaine d’athlètes visiblement d’origine éthiopienne arbore une tenue blanche et bleue affichant en grandes lettres « ISRAEL ». Une vision qui amène de suite à penser qu’il s’agit d’un nouveau pays opérant une politique de recrutement à tout va pour briller en haut des podiums. Comme la Turquie, le Qatar, le Bahrein, l’ont pratiquée au cours de ces dernières années, squattant les médailles, à l’image des résultats des athlètes turcs naturalisés du Kenya sur ce Championnat d’Europe de Cross, où les deux titres européens reviennent à ces ex-Kenyans, recrutés à coup de dollars.

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Mais quelques questions posées à l’homme grand et fin, crâne dégarni, qui escorte ces deux équipes israëliennes livrent une toute autre version. Yuval Carmi, un Israélien pure souche, les encadre pour ce rendez-vous, mais cet ancien athlète sur 5000 et 10000 est surtout l’entraîneur au quotidien à Tel Aviv au sein du club Alley des juniors qui prennent la 5ème place, et des espoirs qui terminent 10ème et dernier. Il m’affirme que tous ces jeunes athlètes vivent au minimum depuis 5 ans en Israël, voire même pour plusieurs d’entre eux depuis 9 à 10 ans. Hormis un jeune issu du Darfour, et un athlète israélien d’origine, il s’agit d’enfants de familles ayant fui l’Ethiopie en raison de persécutions religieuses à leur encontre. Ils font partie de la communauté des « Falashas », ces Juifs Ethiopiens contraints à l’exil vers Israël, où ils seraient actuellement près de 140.000. Et la presse internationale a souvent levé le voile sur la très difficile intégration de ces réfugiés au sein de la société israélienne, et du fort rejet dont ils souffrent.

Des réfugiés rejetés en Israël

Leur présence dans ce Championnat d’Europe marque ainsi un symbole fort. Comme me l’explique Yuval Carmi, c’est la première fois que ce pays aligne des équipes sur un tel championnat, et l’évènement est d’autant plus exceptionnel que ces jeunes réfugiés ont eu beaucoup de mal à être reconnus dans leur nouveau pays d’adoption. Un très beau reportage photographique réalisé par un jeune photographe américain, Tamir Kalifa, et diffusé sur le site du New York Times au printemps 2015, en témoigne, ainsi qu’un documentaire diffusé récemment au Festival de Woodstock, révélant la situation des jeunes sportifs étrangers vivant à Israël, autorisés dans les compétitions, mais interdits  de titres, en raison de leur statut de réfugiés illégaux.

Un ostracisme qui a évolué après de vigoureuses actions de lobby, en particulier des membres du club Alley où entraîne Yuval Carmi, très engagé dans le soutien aux jeunes réfugiés. Les images réalisées à Tel Aviv le montrent, présent à leurs côtés, pour l’entraînement, comme pour le transport ou les devoirs. Au championnat d’Europe, sa proximité avec les jeunes est frappante, il les conseille en hébreu avant leur course, et les assiste calmement à leur arrivée. Tout seul, puisque cet entraîneur de club est l’unique représentant de sa Fédération, tout à l’opposé des nombreux membres de la Fédération de Turquie, qui forcent sur les démonstrations de force visibles.

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L’équipe d’Israël formée d’athlètes du club Alley, qui compte 15 nationalités différentes

Yuval Carmi s’avoue très satisfait de la prestation de son équipe junior, elle termine 5ème, et n’est pourtant formée que d’athlètes récents, la plupart pratiquant depuis 2 ou 3 ans, et il m’explique : « Nous ne faisons pas de recrutement. Ils viennent au club parce qu’ils sont des amis d’amis». Ils sont étudiants ou militaires, et apprécient de se retrouver dans ce club Alley, qui compte une cinquantaine de membres, de tous les niveaux, représentant 15 pays, et en particulier l’Erythrée et l’Ethiopie. Ils se mêlent ainsi les uns aux autres, tous compagnons d’une mauvaise infortune. En Israël, ces immigrants illégaux suscitent une grande hostilité des extrémistes au point qu’un drôle de surnom leur a été donné, celui des « infiltrators », et que les frontières ont été renforcées depuis 3 ans pour interdire de nouvelles arrivées d’immigrés. Un contexte délicat qui n’est pas sans rappeler la situation actuelle vécue par les immigrés à travers toute l’Europe.

  • Texte : Odile Baudrier
  • Photos : Gilles Bertrand

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