Les records d’Europe d’avant 2005 bientôt annulés ?

1 mai 2017

La réflexion autour des Records d’Europe menée à l’initiative de la Fédération Européenne d’Athlétisme a abouti à la proposition d’annuler tous les records établis avant 2005, dans l’optique d’assainir l’athlétisme encombré de marques sujettes à caution. C’est maintenant l’IAAF qui devra prendre position sur cette idée très radicale, qui ferait disparaître sans aucune distinction toutes les marques les plus anciennes. Stéphane Diagana et son record du 400 mètres haies, et Christine Arron, pour le 100 mètres, pourraient faire les frais de cette opération de nettoyage.

 

diagana

Ex-recordman d’Europe. C’est peut-être bientôt le qualificatif que recevront un grand nombre d’athlètes actuellement détenteurs de records d’Europe. Et en particulier Stéphane Diagana, Christine Arron, Colin Jackson, Jonathan Edwards, Wilson Kipketer. C’est en tout cas l’idée développée par la commission de réflexion formée par la Fédération Européenne d’Athlétisme autour de ce thème des records d’Europe et de leur fiabilité.

Les conclusions de ce groupe sont en effet très claires : il s’agit d’annuler tous les records établis avant 2005, année à partir de laquelle l’IAAF a commencé à stocker les échantillons prélevés, et de les remplacer par de nouvelles performances, qui devront être réalisées dans un cadre strict, en particulier sur le plan des contrôles anti-dopage.

Car le dopage est bien sûr au cœur de la démarche impulsée par Svein Hansen, le président de la Fédération, avec l’idée que certaines performances figurant actuellement sur les tablettes peuvent être légitimement considérées comme douteuses, et que cette suspicion nuit grandement à l’athlétisme en général.

Les détails du travail mené par le groupe de sept membres, et dirigé par l’Irlandais Pierce O’Callaghan qui sera le patron de Londres 2017, sont dévoilés dans le rapport diffusé lors du Congrès de l’EAA, où l’on découvre que plusieurs hypothèses ont été envisagées. Celle du statu quo. Celle de la suppression de certains records clairement identifiés comme douteux. Celle du changement des règles techniques. Celle de la modification des critères à remplir pour qu’un record soit validé, et l’obligation d’établir de nouveaux records.

Bien évidemment l’idée de revoir seulement certains records n’a pu être suivie, compte tenu des risques juridiques encourus à prendre de telles décisions désignant ainsi a posteriori des athlètes comme dopés, sans en avoir la preuve. C’est finalement la piste de la modification des critères qui est apparue comme la plus réaliste à appliquer.

Des conditions à remplir pour valider un record d’Europe

Avec un argumentaire intéressant : celui qu’un record n’est pas un « droit » de l’athlète, mais qu’il est réalisé sous la responsabilité de la Fédération qui le valide, et qui peut donc décider de fixer des critères particuliers pour accepter cette validation.

Pour la commission, une performance ne devrait être acceptée comme record d’Europe que si trois conditions sont remplies : elle a été établie dans une liste de compétitions internationales où les qualités des officiels et des équipements techniques peuvent être garanties – l’athlète a été soumis à un certain nombre de contrôles anti-dopage dans les 12 mois précédents – l’échantillon prélevé à cette occasion soit conservé pendant 10 ans pour un examen ultérieur.

Autre recommandation : un athlète contrôlé positif par la suite se verrait retirer son record d’Europe.

Des idées qui seront maintenant soumises à l’IAAF, directement concernée par le fait que certains records d’Europe à balayer figurent aussi sur les tablettes des records du Monde. Le repère utilisé serait celui de 2005, dans la mesure où les échantillons stockés par l’IAAF datent de cette époque. Dans ce grand nettoyage de printemps, on verrait ainsi disparaître le record du 800 m de Wilson Kipketer, du 110 mètres de Colin Jackson, du triple saut de Jonathan Edwards, mais aussi le record du 400 mètres haies de Stéphane Diagana, datant de 1995, et celui du 100 mètres de Christine Arron, de 1998.

Une mesure radicale que ces « anciens » ne pourront qu’estimer que terriblement injuste surtout si l’IAAF ne suivait pas cette démarche de gommer des performances sur les mêmes bases. On pourrait ainsi retrouver sur les tablettes mondiales des records très vieux, comme celui de la longueur établi par Mike Powell en 1991, ou du 100 mètres par Florence Griffith Joyner, en 1988…

  • Texte : Odile Baudrier
  • Photo : D.R.

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