Les corticoïdes, bientôt sur la liste des produits interdits ?

9 mars 2017

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L’Agence Mondiale Anti Dopage envisage de placer les corticoïdes sur la liste des produits interdits, alors que ces produits sont actuellement autorisés à l’entraînement. Un revirement largement consécutif à leur forte utilisation par les sportifs, avec en particulier un usage inconsidéré du triamcinolone par les cyclistes de l’équipe Sky, en particulier par Bradley Wiggins.

 

« Tackling Dopage Inside Sport ». « Sortez le dopage du sport ». C’est le nom du colloque organisé à Wembley pour échanger auprès du problème du dopage, rassemblant quelques-uns des meilleurs spécialistes dans ce domaine. Une conférence se déroulant alors que l’effervescence est à son comble en Angleterre autour de l’équipe Sky et de ses dérives en matière de détournement de médicaments à des fins dopantes.

En cause justement, le triamcinolone, un corticoïde que Bradley Wiggins a utilisé à plusieurs reprises dans les périodes précédant le Tour de France 2011 et 2012, le Giro 2013. Officiellement, le cycliste a eu recours au triamcinolone, pour soigner une rhinite allergique provoquée par le pollen. A ce titre, il avait obtenu une Autorisation Thérapeutique d’Usage (AUT) pour recourir à ce produit autorisé durant les périodes d’entraînement, mais interdit en compétition.

Et c’est justement cette « double » qualification qui est examinée actuellement par une commission d’experts formée par l’Agence Mondiale Anti Dopage, comme l’a révélé son directeur Olivier Niggli, durant la conférence « TDIS2017 ».

La triamcinolone, un effet 8 fois supérieur à celui de la prednisone.

Le Directeur de l’AMA a clairement admis que cette situation n’est pas satisfaisante, et que les experts examinent quel problème médical exige vraiment la délivrance d’une AUT pour de la triamcinolone, qui est un corticoïde très puissant, avec un effet 8 fois supérieur à celui de la classique prednisone.

En cause également le mode d’administration des corticoïdes, avec l’interdiction des voies orales, intraveineuses, intramusculaires ou rectales. Les corticoïdes peuvent ainsi être utilisés uniquement par voie nasale ou au moyen d’une crème. Toutefois, les méthodes de détection actuelles ne permettent pas de faire la différence entre les voies d’administration. C’est ainsi que la triamcinolone est contenue dans le Nasacort, suspension nasale, et également dans le Kenacort retard, qui s’administre en injection. Comme l’a également souligné Olivier Niggli, il est aisé pour une personne contrôlée positive d’affirmer avoir utilisé une simple crème.

Les informations livrées durant le colloque « TDIS2017 » ont aussi dévoilé que sur les 1330 AUT délivrées en 2015 aux athlètes figurant dans le groupe cible de l’AMA, on comptait 431 prescriptions pour des corticoïdes, soit 35%, confirmant le recours important à ces médicaments, très recherchés pour leurs effets anti-douleur, comme l’admettent les spécialistes anti-dopage, estimant que les AUT sont souvent un préambule vers le dopage. 

Les experts mandatés par l’AMA devraient trancher dans les prochains mois, sachant que les listes de produits interdits sont actualisées en septembre, pour l’année suivante.

  • Texte : Odile Baudrier
  • Photo : D.R.