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Les athlètes du Kenya, attrapés lors des contrôles en compétition

Alors que le Kenya s’est à nouveau retrouvé dans l’actualité du dopage avec les cas de Wilson Kipsang et Alfred Kipketer, une analyse des causes des contrôles positifs s’impose. Avec une première surprise, la substance la plus détectée n’est pas l’EPO, mais la testostérone et ses dérivés. Et un autre constat, c’est lors de compétitions hors du Kenya que les contrôles positifs surviennent.

Deux cas d’école. En matière de dopage, deux pays se distinguent particulièrement. La Russie, avec son dopage étatique. Et le Kenya, à la faveur d’un fourmillement de pratiquants d’élite, en particulier sur le marathon.

Une consultation minutieuse des bases présentes sur le site de l’Athletics Integrity Unit, chargée de la lutte anti-dopage pour l’IAAF depuis avril 2017, révèle d’abord l’omniprésence des athlètes russes, avec un total de 84 athlètes actuellement sous suspension plus 8 en attente de décisions. Le plus souvent sanctionnés sur la base du rapport Mc Laren, ou du restesting d’échantillons anciens remontant souvent aux JO de Londres, voire au Mondial 2011. Et force est d’admettre que ce retesting orienté quasi-exclusivement sur les athlètes russes produirait certainement des résultats positifs sur des athlètes d’autres pays…

En particulier sur le Kenya, qui s’impose comme 2ème leader, avec 38 athlètes suspendus et 8 en attente de sanctions. La situation kenyane apparaît très différente de celle de la Russie, de par la nature des infractions enregistrées. Car cette fois, pas de restesting ou de suspicion basée sur un rapport étayé. Les athlètes se voient sanctionnés en raison de contrôles positifs à des produits interdits par les règles anti-dopage, et depuis très peu de temps, sont également survenues des suspensions pour des problèmes sur le passeport biologique. Mais à ce jour, seulement 4 Kenyans ont vu leurs analyses du PB révéler leurs écarts…

La testostérone, produit favori des Kenyans

Pour le reste des cas, c’est du lourd et même du très lourd. Pas tant avec l’usage de l’EPO, qui n’est détecté que dans 5 cas sur les 28 cas présents sur le site AIU. Avec tout de même deux utilisateurs « vedette » : Absel Kiprop et Jemima Sumgong.

C’est en réalité surtout la testostérone et ses déclinaisons (norandostérone-nandrolone) qui semble être le produit de référence pour les coureurs sanctionnés, puisque détectée à 11 reprises, soit 40% des cas. Utilisé pour augmenter la masse musculaire et la puissance, éléments utiles pour encaisser la préparation marathon.

Enfin dernier élément à disséquer dans ces informations, les lieux où ont été effectués les contrôles positifs sur les athlètes kenyans, avec le constat qu’ils l’ont été, dans une forte proportion dans le cadre d’une compétition, et en-dehors du Kenya. Un élément confirmant que les contrôles hors compétition sur leurs lieux d’entraînement au Kenya sont peu productifs, avec 4 cas détectés au Kenya contre 12 lors d’une compétition internationale.

Enfin des suspensions pour problèmes de localisation

Autre point intéressant, le tout petit nombre d’irrégularités des passeports biologiques, (seulement 4 cas sur les 28, soit 14%), est consécutif au manque de données collectées et exploitables pour le plus grand nombre d’athlètes kenyans, compte tenu de la nécessité de disposer de plusieurs prélèvements sanguins.

Et autre nouvel aspect, l’apparition de suspensions consécutives à des problèmes de localisation, ce qui n’avait jamais existé jusqu’à ce début 2020 !

  • Texte : Odile Baudrier
  • Photo : D.R.


LES ATHLETES FIGURANT DANS LES BASES DE L’AIU

KIPKETER Alfred JANVIER 2020 LOCALISATION Suspension Provisoire  
KIPSANG KIPROTICH Wilson JANVIER 2020 LOCALISATION Suspension provisoire  
KWEMOI Peter DECEMBRE 2019 EPO Suspension provisoire A venir
JEROTICH KIBARUS Mercy DECEMBRE 2019 NORANDOSTERONE Suspension provisoire A venir
KIBET James DECEMBRE 2019 NORANDOSTERONE Suspension provisoire A venir
KIPSEGECHI YATOR Vincent OCTOBRE 2019 TESTOSTERONE/PREDNISONE /CLOMIPHE/TRIMETAZIDINE En attente décisions A venir
CHEPKIRUI Joyce JUIN 2019 PASSEPORT BIOLOGIQUE Suspension provisoire  
MWANGI WANGARI James DECEMBRE 2018 TESTOSTERONE En attente décisions A venir  
KITWARA Sammy DECEMBRE 2019 TERBULATINE Suspension 16 mois SEOUL
SANGA KIMUTAI Philip DECEMBRE 2019 TESTOSTERONE Suspension 4 ans LIUPANSHUI-CHINE
CHEPCHIRCHIR Sarah NOVEMBRE 2019 PASSEPORT BIOLOGIQUE Suspension 4 ans  
NDUNGWA MUNGUTI Angela NOVEMBRE 2019 NORANDOSTERONE Suspension 4 ans BUENOS AIRE
RUTTO Cyrus NOVEMBRE 2019 PASSEPORT BIOLOGIQUE Suspension 4 ans  
KIPTUM Abraham NOVEMBRE 2019 PASSEPORT BIOLOGIQUE Suspension 4 ans  
KIBET Jacob OCTOBRE 2019 EVASION OU REFUS Pas de sanction ELDORET
JERONO BIWOTT Salome JUILLET 2019 NORANDOSTERONE Suspension 8 ans SAO PAULO
KIRWA Felix JUIN 19 STRYCHNINE Suspension 9 mois SINGAPOUR
KIPROP Asbel AVRIL 19 EPO Suspension 4 ans ITEN
KEPKOSGEI YEGO Hilary FEVRIER 19 NORANDOSTERONE Suspension 4 ans ??
MUNGAI KAGIA Samson FEVRIER 19 METHYLPREDNISOLONE Suspension 2 ans BUCAREST
SUMGONG Jemimah JANVIER 19 MANIPULATION Suspension 8 ans  
KABUU WANGUI Lucy JANVIER 19 MORPHINE Suspension 2 ans MILAN
BETT Kipyegon NOVEMBRE 18 REFUS DE CONTROLE ET EPO Suspension 4 ans KENYA
NGANDU NDEGWA Benjamin NOVEMBRE 18 NANDROLONE Suspension 4 ans REPUBLIQUE TCHEQUE
KALALEI Samuel OCTOBRE 18 EPO Suspension 4 ans ROTTERDAM
MAGUT Eliud JUIN 18 NORANDOSTERONE Suspension 4 ans VIENNE ET GENEVE
KIPSE SIMOTWO Suleiman FEVRIER 18 NORANDOSTERONE Suspension 4 ans VIENNE
SUMGONG Jemimah JANVIER 17 EPO Suspension 4 ans KENYA