Les accusations d’Asbel Kiprop démenties par l’IAAF

4 mai 2018

L’IAAF n’a pas tardé à réagir au communiqué d’Asbel  Kiprop, qui accusait les préleveurs de l’anti-dopage kenyan de corruption et de manipulation de ses échantillons, pour les transformer en contrôle positif. Des informations farfelues, explique l’IAAF, qui admet tout de même que l’information du contrôle a été donnée à l’avance à Asbel Kiprop…
Par Odile Baudrier

Asbel Kiprop Bruxelles 2016 2

L’Athletics Integrity Unit a très rapidement peaufiné son communiqué à la suite des accusations graves formulées par Asbel Kiprop, pour sa défense après que de l’EPO ait été détectée dans ses échantillons.

Et le moins que l’on puisse dire que là aussi, c’est décapant ! Car l’Athletics Integrity Unit admet ouvertement une faute énorme de l’anti-dopage, avec l’annonce à l’avance du contrôle à Asbel Kiprop par le préleveur kenyan diligenté à Iten. Oui, celui-ci a bel et bien averti Kiprop de son passage prévu le lendemain matin, soit le 27 novembre 2017. Et l’Athletics Integrity Unit de commenter : « C’est extrêmement perturbant ». Le commentaire est sibyllin. Il confirme pourtant une information majeure, celle que les athlètes ont souvent le temps de s’organiser pour se trouver « clean » au moment où le contrôleur débarque… Or, on sait qu’en quelques dilutions, les taux d’hématocrite peuvent diminuer très rapidement pour redevenir « normaux ».

Toutefois, l’AIU souligne bien que même cette information donnée en avance ne peut remettre en cause la validité du prélèvement, avec une formulation assez amusante : « La notification à l’avance par le préleveur ne peut pas raisonnablement avoir provoqué la présence d’EPO dans l’échantillon de M. Kiprop ». Et surtout l’AIU est formelle, après enquête, l’échantillon analysé par le laboratoire n’a pas subi de manipulation ou n’a pas été mélangé.

De l’EPO dans l’échantillon A et dans l’échantillon B

C’est donc bien dans l’urine d’Asbel Kiprop prélevé le 27 novembre qu’a été découverte de l’EPO. Avec une notification effectuée le 3 février 2018 à l’athlète, qui exigeait alors l’analyse de l’échantillon B, qui allait confirmer le 20 février l’usage d’EPO recombinante. S’en suivait dès le 16 mars 2018 une notification officielle de violation des règles anti-dopage à Asbel Kiprop.

kiprop 4

Et l’AIU s’inscrit aussi en contre-point à l’affirmation d’Asbel Kiprop, qui prétendait qu’il lui avait été demandé de reconnaître son dopage en échange d’un titre d’Ambassadeur de l’IAAF. Une proposition assez surréaliste, d’imaginer qu’après une suspension de 4 ans, l’athlète aurait pu obtenir une telle promotion…

En réalité, la seule proposition formulée à Asbel Kiprop par les enquêteurs de l’AIU aurait été de lui proposer une réduction de sa sanction, en échange d’une reconnaissance très rapide de sa faute ou d’informations sur le dopage dans l’athlétisme. C’est le système dit « d’aide substantielle », qui permet à des sportifs dopés de revenir plus rapidement sur la piste en échange d’infos sur les personnes impliquées, pourvoyeurs, médecins, entraîneurs, managers, athlètes…

Mais Asbel Kiprop n’a pas suivi cette voie. Au contraire, il a préféré s’orienter dans la piste d’un complot mené à son encontre par les préleveurs, injectant de l’EPO dans ses deux échantillons, en représailles d’un pot de vin trop faible, qu’il aurait versé avec une application mobile pour en conserver une trace. Ce point du pot de vin versé demeure d’ailleurs le seul élément non abordé par l’AIU dans son communiqué…

  • Texte : Odile Baudrier
  • Photo : Gilles Bertrand