Le parquet financier français s’interroge sur Tokyo 2020

10 février 2017

L’équipe du parquet financier français dirigée par Eliane Houlette poursuit son travail sur les agissements de Lamine Diack et consorts, et dans ce cadre, le patron du Comité Olympique du Japon a été interrogé sur des versements de 2 millions de dollars effectué à une société liée à Papa Massata Diack, juste avant que Tokyo soit désigné comme ville d’accueil pour les JO 2020…

Eliane Houlette

Eliane Houlette, la patronne du parquet financier, en charge du dossier Diack

Le parquet financier français ne se contente pas d’instruire le dossier Fillon. L’équipe dirigée par Eliane Houlette poursuit son enquête autour de Lamine Diack, et consorts, et des versements reçus des uns et des autres.

Dernier avatar en date, autour du Comité Olympique du Japon. Son président, Tsunekazu Takeda s’est vu questionner sur un paiement de 2 millions de dollars effectué en faveur d’un compte à Singapour au nom de Black Tidings, qu’on sait très directement lié à Papa Massata Diack, le fils de Lamine Diack, visiblement au cœur des affaires de corruption en vigueur au sein de l’IAAF.

Pourquoi de telles interrogations ? Parce que le parquet financier suspecte que ce versement ne soit pas la rémunération d’une simple activité de consulting, mais relève plutôt d’un pot de vin en vue de l’obtention des Jeux Olympiques de 2020. Le paiement effectué en septembre 2013, avant que la ville candidate ne soit désignée, aurait été en réalité destiné à obtenir un vote favorable de Lamine Diack, président de l’IAAF, et aussi membre du CIO.

Ces allégations étaient déjà apparues dans le passé, et le Comité Olympique du Japon avait mené sa propre enquête pour aboutir en septembre 2016 à la conclusion que rien d’anormal ne pouvait être noté dans ce paiement.

Mais visiblement la très tenace Eliane Houlette n’apparaît pas convaincue, et selon l’Agence Kyodo News, son équipe a sollicité l’aide du Procureur du Japon pour entendre le Président du CO du Japon, ainsi que d’autres personnes, toutes impliquées dans le dossier de candidature de Tokyo 2020.

Beaucoup de questions autour du choix des villes pour le Mondial et pour Tokyo 2020

Le parquet financier français avait fait irruption dans le domaine de l’anti-dopage, à la demande de Dick Pound et de son enquêteur Richard Young, à la fin de l’année 2015, lorsqu’il leur était apparu l’étendue de la corruption en vigueur au sein de l’IAAF, sous la présidence de Lamine Diack, avec des interactions avec le Docteur Gabriel Dollé, Valentin Balakchnichev, l’ex-patron de la fédération russe et ex-trésorier de l’IAAF, Papa Massata Diack, Habib Cissé, que l’équipe réunie autour de Eliane Houlette a mis en examen pour des faits de corruption active, et passive et blanchiment.

La possibilité d’une pratique large de pots de vin au sein de l’IAAF a ainsi amené à évoquer la régularité des désignations pour plusieurs villes d’accueil des Championnats du Monde. Ainsi tour à tour, ont été mises sur la sellette Doha et le Qatar pour 2019, Eugene pour 2021, et les investigations se sont aussi élargies à Tokyo 2020.

Tout récemment, Sebastian Coe a surpris tout le monde en évoquant la possibilité de revoir complètement le système de candidatures pour les grands évènements d’athlétisme, qui seraient finalement choisis par accord en direct, sans que plusieurs villes ne montent de dossiers de candidatures, qui s’avèrent évidemment très coûteux.

Le CIO envisage, lui, de désigner en même temps les villes d’accueil pour deux Olympiades et non pas une seule. C’est ainsi que Budapest, Los Angeles et Paris seraient en réalité en lice pour les JO de 2024, et aussi pour ceux de 2028. Toutefois, Paris a déjà informé le CIO que son dossier ne valait que pour 2024, et non pas pour quatre ans plus tard…

  • Texte : Odile Baudrier
  • Photo : D.R.