Le nom de Bikila spolié ?

16 février 2015

La famille d’Abebe Bikila a décidé de porter plainte contre la marque Vibram pour utilisation abusive du nom du célèbre marathonien éthiopien pour l’un de ses modèles de chaussures minimalistes.

Abebe Bikila aux JO de Munich, paralysé après son accident de voiture. Il décèdera un an plus tard.

Abebe Bikila aux JO de Munich, paralysé après son accident de voiture. Il décèdera un an plus tard.

 

Peut-on utiliser le nom d’une personne sans son autorisation ? Non, estime la famille d’Abebe Bikila, ulcérée que la marque Vibram ait nommé « Bikila» un modèle de chaussures minimalistes.

Comme le rapporte l’agence « Associated Press », une plainte officielle a été déposée par le fils du coureur, auprès de la cour fédérale de Tacoma dans l’Oregon. Teferi Bikila, 45 ans, vit dans cet Etat de l’Oregon, à Tigard, au sud de Portland, et sillonne cette bourgade tranquille comptant à peine 50.000 habitants au volant de son taxi.

Pour Teferi Bikila, le nom de son père n’aurait pas dû être utilisé sans autorisation, et en dédommagement, la somme de 1.5 millions de dollars au minimum est revendiquée.

Et de s’appuyer sur les lois fédérales, autant que sur le « Washington Acte des droits de la personne », une loi américaine légitimant que les héritiers d’une personne décédée peuvent continuer à revendiquer les droits du défunt.

La marque Vibram avait choisi cette dénomination en référence à la fameuse histoire d’Abebe Bikila, célèbre pour avoir remporté le marathon olympique de Rome en 1960, les pieds nus. Un minimaliste avant l’heure, interprétait Vibram, surfant sur la notoriété acquise dans cet épisode surprenant.

Abebe Bikila avait refusé d’enfiler des chaussures qui le blessaient, et cette victoire demeure légendaire avec cet homme fluet aux pieds nus qui le propulsaient à travers la capitale italienne, jusqu’à l’arrivée franchie en 2h 15’, abaissant le record olympique de huit minutes !

Mais l’Ethiopien n’a pas seulement été immortalisé par cet exploit, sa renommée devient exceptionnelle avec quatre ans plus tard à nouveau le titre olympique, ce qu’aucun autre marathonien n’avait atteint et qu’un seul, Cierpinski, a renouvelé ensuite…

Durant six ans, il remporte les plus belles épreuves internationales, comme Boston, Osaka, Seoul, jusqu’au drame qui l’étreint en 1969 avec un accident de voiture, dont il ressort paralysé.

Le talent de Bikila découvert par un entraîneur suédois

Cet homme à l’exceptionnelle volonté se remobilise et il dispute même plusieurs compétitions en tir chez les paralympiques. A l’automne 1972, dans son fauteuil roulant, il reçoit un accueil émouvant aux JO de Munich. Mais des complications de ses blessures dans son accident de voiture surviennent, et il décède en 1973, à seulement 41 ans, laissant une veuve et quatre enfants.

Le nom d’Abebe Bikila est vénéré en Ethiopie, pour avoir été le précurseur dans son pays devenu une référence dans le demi-fond et le marathon. Un honneur qui doit beaucoup à Onnin Niskanen, un Suédois, chargé d’entraîner le corps d’armée de la Garde Impériale, et qui prépare les premiers Ethiopiens chargés de représenter leur pays aux Jeux Olympiques, pour Melbourne en 1956.

Juste après Melbourne, le coach Onnin Niskanen repère le talent d’Abebe Bikila, jeune engagé, ainsi que celui de quelques autres militaires éthiopiens, comme Mamo Wolde.

La suite est connue…. Toutefois dans un article paru en 2008, le journaliste Tim Judah du Guardian a révélé qu’on sait moins qu’à Rome, le Suédois aurait préféré que Bikila court avec des chaussures, pour éviter le cliché d’Ethiopiens trop pauvres pour s’en offrir ! Mais lors d’un test effectué sur 10 km, Bikila, comme son compatriote Wakjira, ne purent supporter les chaussures achetées sur place en Italie, habitués qu’ils étaient à courir nus pieds.

Wakjira avouait même au journaliste britannique qu’avant le départ du marathon, tous les deux avaient dû se cacher dans une tente, les autres personnes se moquant d’eux !

C’est ainsi, en réalité dans la douleur, que se magnifia le nom de Bikila…

 Texte : Odile Baudrier