Le meldonium, un camouflet pour la lutte anti-dopage

14 avril 2016

Mauvaise nouvelle pour la lutte anti-dopage ! L’agence mondiale anti-dopage a décidé d’inviter à l’amnistie de certains sportifs contrôlés au meldonium, en réaction à l’avalanche de cas (172) constatés en trois mois et à l’incertitude sur le temps d’évacuation du produit du corps. Un revirement très choquant de l’institution anti-dopage…

aregawi4 BIS

Abeba Aregawi sera probablement disculpée de son dopage

 

« Fallait-il interdire le meldonium ? » Pierre Sallet, spécialiste de l’anti-dopage en France, s’interrogeait sur notre site le 28 mars et pointait du doigt des incohérences autour de l’interdiction de ce produit et des premiers contrôles positifs enregistrés. En s’inquiétant en particulier sur le manque d’études scientifiques sur le délai d’évacuation du meldonium hors de l’organisme, ouvrant une large brèche pour la contestation des contrôles.

Deux semaines plus tard, l’AMA publie un appel à amnistie de certains sportifs contrôlés au meldonium, justement en raison des problèmes autour du délai d’évacuation du produit. En clair, un athlète positif en janvier a toutes les chances d’être blanchi en considérant qu’il a absorbé le produit avant qu’il ne soit interdit. Et l’AMA se lance dans des recommandations de sanction en fonction des taux constatés. En avouant que plusieurs laboratoires travaillent actuellement sur ces fameux temps d’évacuation.

On donne raison à la Russie

C’est ainsi une grande première pour la lutte anti-dopage que ce revirement dans une décision de cette instance. Et un très mauvais signal ! Le commentaire de Pierre Sallet témoigne de son exaspération : « C’est du pur amateurisme et un camouflet pour la lutte antidopage qui n’avait pas besoin de ça !!!! »

Un premier avertissement avait été lancé par la Fédération Internationale de Biathlon qui décidait le 6 avril de retarder la sanction de deux biathlètes ukrainiens dans l’attente d’informations sur la durée de vie du produit.

Mais le plus cruel pour les partisans de l’anti-dopage est que l’AMA apparaît ainsi répondre aux exigences de la Russie, son Ministre des Sports, Vitaly Mutko, qui avait exigé que l’instance se justifie sur ces questions de temps d’évacuation. En trois mois, on a recensé 172 cas positifs, et la Russie en compte plus de 30. Et encore, de nombreux cas ont-ils été évités par le pays, en interdisant des équipes entières de certaines compétitions par crainte qu’elles soient positives. Comme pour les joueurs de hockey des moins de 18 ans, tous remplacés pour le Championnat du Monde prévu aux Etats-Unis, de même que ceux de curling.

Comme l’a avoué Vitaly Mutko lors d’une conférence de presse à Moscou, le principe de précaution a prévalu, personne n’étant vraiment capable de savoir si le meldonium absorbé durant l’automne était encore présent dans l’organisme en mars ou avril. Ces informations témoignent d’une utilisation massive de ce produit en Russie, y compris chez de très jeunes sportifs. Et pourtant la notice présente dans les boîtes de Meldonium précise qu’il ne convient pas à des personnes de moins de 18 ans. Une nouvelle confirmation que jouer aux apprentis sorciers ne fait pas peur aux entraîneurs et médecins russes… Avec la bénédiction du Ministre des Sports.

Ce revirement pourrait jouer en faveur de la Suédoise Abeba Aregawi mais il n’est pas certain que Maria Shaparova en bénéficie, la tenniswoman a admis publiquement avoir continué à absorber du meldonium en janvier, ce qui demeure interdit. Mais le conditionnel s’impose, Vitaly Mutko n’a peut-être pas dit son dernier mot en faveur de son illustre compatriote…

  • Texte : Odile Baudrier
  • Photo : D.R.