Le dopage,  un raz de marée aux Europe de Barcelone en 2010

2 août 2018

Alors que le championnat d’Europe de Berlin se profile dans quelques jours, un come back sur les éditions précédentes livre un verdict sans appel : le dopage régnait en maître aux Europe de Barcelone en 2010. Les résultats de 20 épreuves ont été revisités, pour supprimer les noms de 39 athlètes suspendus par la suite, et surtout des femmes, avec 33 sanctions. Le 800 mètres, le 1500 mètres et 5000 mètres féminins ont été les plus ternis, avec pour chacun, 4 athlètes sanctionnées. Le marathon féminin a vu les deux premières disparaître du podium….

Un triste décompte. Barcelone 2010 demeurera dans les annales pour l’étendue du dopage constaté dans le stade de Montjuic. Avec un total de 36 athlètes suspendus par la suite et supprimés des résultats, auxquels il faut ajouter les 16 athlètes des relais également gommées des tablettes.

SAVINOVA BAR

Un comptage précis confirme que ce sont 20 épreuves qui ont été touchées par le dopage : 14 chez les femmes, 4 chez les hommes, plus les deux relais féminins. Cela démarre au 200 mètres, puis 400 m, 800 m, 1500 m, 5000 m, 10000 m, marathon, 3000 m steeple, longueur, triple saut, poids, marteau, 20km marche, heptathlon. Et chez les hommes, 3000 m steeple, poids, 20 km et 50 km marche.

Quelques disciplines apparaissent carrément phagocytées par les tricheuses : le 800 mètres et le 1500 mètres comptent 4 dopées, 2 sortent en finale, et 2 en séries. Le 5000 mètres, avec également 4 dopées sur 19 participantes, soit 21% du peloton ! Ensuite derrière ce duo dévoyé, pointent 4 épreuves qui comptent 3 athlètes suspendues : le 10000 m, le marathon, le 3000 m steeple (2 en finale et 1 en série), le triple saut (1 en finale et 2 en série).Chez les hommes, c’est beaucoup plus calme : 2 athlètes sur le steeple, 2 sur le poids, 1 sur le 20 km marche et 1 sur le 50 km.

7 titres ont été balayés

Du côté des nations ainsi sanctionnées, le hit parade ne déroge pas aux habitudes. La Russie mène la danse, avec 16 femmes, plus les 8 relayeuses, et 3 hommes. Derrière cette reine du dopage, apparaissent : la Turquie avec 5 athlètes, plus les 4 relayeuses du 4*400 m, la Biélorussie avec 6 athlètes, plus les relayeuses du 4*400 m.

BEKELE BAR

Ces correctifs de résultats ne concernent pas que des finales, car plusieurs athlètes dopées n’avaient même pas accédé à leur finale, comme sur le 1500 mètres, le steeple, ou le triple saut. Mais ce sont tout de même 7 titres qui ont été repris à leur vainqueur, celui du 800 mètres femmes (la Russe Savinoa), du 5000 m femmes (la Turque Bekele), du marathon (la Lituanienne Zivile Balciunaite), le poids (la Biélorusse Ostapchuk), et les deux épreuves de 20 km marche, qui étaient revenues au clan russe, avec Olga Kaniskina et Stanislas Yemelyanov.

Le podium du marathon, une ode au dopage

Dans cette dégoulinade peu ragoûtante, un changement attire particulièrement l’attention, celui du marathon. Tout simplement car ce sont les deux premières qui ont été balayées, avec la Lituanienne Zivile Balciunaite, puis la Russe Nailya Yulamanova. Un moment, on crut même que l’Italienne Anna Incerti, promue vainqueuse après ces déclassements, allait, elle aussi, passer à la trappe, après avoir été mise en cause fin 2015 par l’agence anti-dopage italienne pour des refus de contrôles, mais elle était finalement acquittée en mars 2016.

Deux dopées sur trois, ce n’est pas banal. L’affaire avait de suite senti le roussi, avec le sacre de cette Lituanienne de 31 ans, qui avait pu se préparer très très tranquillement à l’écart des contrôles, puisqu’elle arrivait pour ce championnat d’Europe en toute discrétion, avec des performances déjà anciennes, un record à 2h25’ datant de 2005, une 4ème place aux Europe en 2006, une 14ème place aux JO 2008.

balciunaite a

Avait-elle reçu la visite d’un contrôleur anti-dopage à Villnius la capitale de la Lituanie, où elle vivait, avant ce Championnat d’Europe ? On peut parier le contraire. Mais en avril 2011, le contrôle inopiné subi allait livrer son verdict, en décelant de la testostérone. Elle recevait alors une suspension de deux ans, mais elle allait connaître une nouvelle suspension, en avril 2016, de 8 ans cette fois, car positive au meldonium. Un parcours confirmant que les vieilles habitudes ont la vie dure, et que l’appât du gain et des honneurs autorise bien des dérives.

Huit ans plus tard, les donnes ont-elles vraiment changé ? Oui, par l’absence de la Russie, même si environ 30 athlètes russes seront présents sous les couleurs de l’ANA, pays neutre. Pour le reste, pas tant que ça, à considérer que ce sont 1572 athlètes issus de 49 pays différents qui s’aligneront à Berlin, et que tous n’ont évidemment pas été soumis à des protocoles stricts de contrôle anti-dopage et de localisation obligatoire. Du coup, vigilance face aux explosions brutales de performances et aux victoires surprises…

  • Texte : Odile Baudrier
  • Photos : Gilles Bertrand