Le dopage, un danger pour la santé des athlètes

19 novembre 2015

Un éclairage nouveau est apporté sur le scandale du dopage russe par le Professeur Werner Franke, grand connaisseur de la pratique du dopage en Allemagne de l’Est. Celui des énormes risques encourus par les athlètes suite à ces usages déviants.

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« Des gens mourront à cause du dopage ». Le Professeur Werner Franke livre de manière véhémente son point de vue sur le scandale actuel autour de la Russie. Ce professeur allemand sait trop bien de quoi il parle. Après la chute du mur, il a été l’homme-clef pour révéler tous les secrets honteux autour du système mis en place en Allemagne de l’Est, avec la publication du fameux livre « Dopage, de la recherche à la fraude », en association avec son épouse, Brigitte Berendonk, une ancienne lanceuse de poids.

A 75 ans, le professeur Werner Franke n’a rien perdu de son envie de se battre contre ce fléau du dopage, qu’il veut avant tout aborder dans une optique médicale. Ce spécialiste renommé du cancer l’avoue, il a vu de nombreux athlètes frappés physiquement de manière irréversible par leur usage de produits interdits. Il énumère pour la journaliste Martha Kelner du « Daily Mail » les drames qu’il a constatés, les arrêts cardiaques une décade après l’arrêt des carrières sportives, les métamorphoses physiques des femmes transformées en hommes, les cancers du sein consécutifs à des prises d’hormones, et s’attarde sur le cas de Helga Arendt, une Allemande de l’Ouest, championne du monde indoor du 400 m en 1989, et décédée récemment à 48 ans.

Pour le Professeur Werner Franke, les donnes n’ont pas changé, le problème ne doit pas être abordé que sous l’angle des médailles volées et des performances usurpées, les Russes ont joué avec la santé de leur jeunesse par leur usage inconsidéré de la science, pour les exposer à des risques majeurs.

Les dangers de l’AICAR et du GW 501516

Quels sont-ils ? Quelques chercheurs se sont particulièrement intéressés aux conséquences néfastes des produits. L’Université de Munich recense ainsi les effets dangereux sur l’organisme, comme dans le cas de l’EPO, l’augmentation des risques d’hypertension artérielle, infarctus, ou accident cérébrovasculaire, avec un risque accru en cas de déshydratation. Et pour l’hormone de croissance, des dangers augmentés de cancer du sein, de la prostate et colorectoral.

A l’hôpital Lapeyronie, sous la houlette du Docteur Claire Condemnie Piron, responsable de l’Antenne Anti Dopage Languedoc Roussillon, Laurence Castagné a orienté sa thèse de docteur en pharmacie produite en 2014 sur les dangers de l’Aicar et du GW 501516, deux molécules relevant du dopage génétique, et connues pour leur efficacité dans les sports d’endurance.

On y apprend que du côté de l’AICAR, les effets indésirables apparaissent peu documentés, et recensent simplement une immunosuppression favorisant les infections virales et bactériennes, l’association de l’excès d’AICAR à un retard mental, et à des troubles autistiques.

Le bilan du GW 501516 apparaît, lui, particulièrement lourd, son développement stoppé par les laboratoires GSK après que les tests sur les rats aient constaté la survenue d’effets toxiques graves, l’apparition très rapide de tumeurs malignes dans le foie, la thyroïde, la langue, l’estomac, la peau, les testicules, les ovaires, l’utérus.

Une situation dramatique incitant les laboratoires GSK à arrêter tout développement médical, et pourtant il se retrouve dans le circuit des produits utilisés par les sportifs, alléchés par la perspective de performances accrues.

Le Professeur Werner Franke le sait, malgré son âge, son combat n’est toujours pas achevé, et il n’hésite pas à pourfendre Craig Reddie, le patron de l’AMA, comme Sebastien Coe, celui de l’IAAF, jugeant que leur vraie volonté n’est pas celle d’éradiquer le dopage. Pour preuve pour cette sommité de l’anti-dopage, le manque de moyens alloués pour lutter pour l’IGF1, produit actuellement très en vogue, malgré ses risques cancérigènes…

  • Texte Odile Baudrier
  • Photo : D.R.