Le 1500 m féminin, discipline souillée par le dopage

1 mars 2018

Le 1500 mètres féminin compte parmi les disciplines les plus frappées par le dopage, et l’analyse des résultats passés des Championnats du monde en salle le démontre. Six championnats ont vu leurs résultats chamboulés par le dopage, avec parfois 3 athlètes sur 9 finalistes à se voir gommées des tablettes.  

 

C’est un triste constat. Le 1500 mètres féminin compte parmi les disciplines favorites des dopées, qui n’hésitent pas à polluer les résultats dans les grands championnats. L’indoor n’échappe pas à cette sinistre règle. Preuve en est confirmée avec l’analyse du livre des statistiques du Mondial publié quelques jours avant Birmingham.

CAKIR 4

Sur 16 Championnats, six ont vu les résultats de leur finale modifiés. Soit près de 40%. Deux éditions comptent même un « record », avec 3 athlètes balayées. A Valence, en 2008 cela concerne même les médaillées d’or et d’argent, les Russes Yelena Soboleva et Yuliya Fomenko, et aussi la Française Bouchra Ghézielle, qui avait terminé 7ème. A Istanbul, la Turque Asl Çak r Alptekin disparaît de la troisième place du podium, la Biélorusse Natalya Koreyvo, de la 4ème, et la Russe Yelena Arzhakova, de la 7ème.

D’autres championnats ont été moins « prolixes » en nombre d’athlètes, mais très marquants par le renom des personnes concernées. Comme pour Mary Slaney, 2ème lors du rendez-vous de Paris en 1997, mais qui se voit sortie quelques années plus tard, après qu’un contrôle positif à la testostérone survenu en juin 1996, avant les Jeux Olympiques, ne soit sanctionné que trois ans plus tard après moult péripéties juridiques.

Ce contrôle fait partie de ceux qui « marquent » les esprits. Car Mary Slaney-Decker dispute ce Mondial en salle à l’âge de 38 ans, et après un hiver exceptionnel, où elle a enchaîné les performances. Elle se présente dans l’enceinte de Bercy en ultra-favorite, et prend la course à son compte, avant de se voir supplantée au sprint par la Russe Yekaterina Podkopayeva, qui affiche, elle, 44 ans… La déception est immense chez Mary Slaney-Decker, qui espérait tant reconquérir le titre obtenu en 1983.

SLANEY DECKER

Cet épisode interpelle d’autant plus que Patricia Djaté évolue dans cette même course. Elle va y terminer 3ème avant d’obtenir a posteriori la médaille d’argent.

Une autre Française a aussi été affectée par le déclassement de  l’Américaine : Frédérique Quentin apparaît désormais dans le résultat de cette finale, avec cette mention étrange : « Rightful finalist ». En effet, Frédérique Quentin avait été éliminée lors des demi-finales, après avoir terminé 7ème de la 1ère demi, en 4’15’’12. L’accès à la finale lui était fermé, comme 1ère éliminée. Mais  si Mary Slaney Decker avait été sanctionnée en temps et en heure,  elle n’aurait pas pris de place en finale, et Frédérique Quentin aurait pu y accéder…

Ainsi l’IAAF procède-t-elle à plusieurs reprises à une réécriture complète des résultats, en faisant apparaître dans la finale le nom d’athlètes qui, en réalité, n’ont pas couru, car sorties dès les demi-finales… C’est aussi le cas pour Valence 2008, pour Susan Scott (GBR), Jemma Simpson (GBR) et Christy Wurth Thomas (USA), ou encore pour Istanbul 2012, pour Luiza Gega (ALB), Siham Hilali (MAR) et Brenda Martinez (USA).

Une méthode étonnante, destinée à rétablir la « vérité » des résultats, mais qui révèle l’étendue des dégâts provoqués par ces dopages.

  • Texte : Odile Baudrier
  • Photo : D.R.