La triche au Mont St Michel pour courir à Boston

26 avril 2016

La découverte de la triche de coureurs pour se qualifier au Marathon de Boston rebondit en France. Plusieurs coureurs ont été crédités de faux chronos au marathon du Mont St Michel en 2014 pour obtenir leur sésame pour disputer Boston en 2015. Denis Craveia l’organisateur du marathon, reconnaît avoir accepté ce montage, par amitié avec Mohammed Ferchichi, voyagiste de Planet Tour. Mais celui-ci conteste !

 

MONT ST MICHEL

Le pot aux roses autour du Marathon du Mont St Michel 2014 a été dévoilé sur le blog « Marathon Investigation » créé par Derek Murphy, qui mène l’enquête sur les triches faites par les coureurs pour obtenir leur qualification pour le marathon de Boston.

Derek Murphy et son équipe décortiquent tous les résultats mettant en évidence une possible tricherie des coureurs. Leur algorithme détecte les personnes affichant une grande distorsion entre le temps de qualification et le temps réalisé sur Boston 2015. Leur recherche leur a permis de détecter d’abord 4 coureurs du Monde St Michel mis en évidence par ces calculs. Mais finalement une analyse plus fine débouche sur un nombre de 7 coureurs de cette épreuve qui auraient en réalité triché. Six n’auraient pas disputé le Marathon du Mont St Michel 2014, mais auraient été crédité de chronos leur permettant de se qualifier pour Boston, et le temps du 7ème aurait été diminué de 14 minutes.

Pour aboutir à cette conclusion, l’équipe de Derek Murphy a passé au peigne fin les vidéos de la ligne d’arrivée de l’épreuve, pour tenter d’y retrouver les 7 coureurs concernés par ces tricheries. Et les conclusions sont affligeantes : six se révèlent en fait introuvables sur les images en regard des chronos soi-disant réalisés. Et pour le 7ème, il apparaît bien, mais 14 minutes plus tard. Autant d’éléments qui donnent à penser à l’équipe américaine à une tricherie organisée.

Denis Craveia admet avoir voulu faire plaisir

Interrogé par nos soins, Denis Craveia, organisateur du Marathon de l’époque, n’élude pas ce problème et admet : « Oui, j’ai accepté ce montage pour faire plaisir à Momo Ferchichi de Planet Tour. Il m’a expliqué que ces coureurs avaient besoin d’une référence, qu’ils avaient déjà couru des marathons, mais qu’ils n’avaient pas pu avoir le document le validant. » Et au nom de très bonnes relations d’amitié avec Momo Ferchichi, (il a ainsi couru avec lui le marathon du Médoc en poussant Joël Lainé), l’ex boss a validé l’opération, en ajoutant dans le classement officiel de faux chronos à ces coureurs qu’il ne connaissait absolument pas.

Denis Craveia ne dissimule pas sa déception d’avoir ainsi été manipulé : « J’ai pensé que ça n’avait aucune conséquence pour nous. La course était finie. J’ai voulu faire plaisir ! Je plaide la naïveté totale et bête… » Averti de ce problème depuis une quinzaine de jours, le Breton a pris contact avec ASO, nouveau propriétaire du marathon, pour expliquer cet imbroglio, et Thomas Delpeuch a ainsi présenté la situation auprès de l’organisation du marathon de Boston, qui l’aurait comprise.

Mohammed Ferchichi conteste cette situation

Du côté de Mohammed Ferchichi, mis en cause par Denis Craveia, le son de cloche n’est pas tout à fait le même. Le créateur de Planet Tour, organisateur de nombreux voyages marathons à travers la planète, ne dissimule pas son exaspération face à mes questions, et son discours est très offensif : « Quel est le problème ? Les gens font ce qu’ils veulent. » Et lorsque je lui explique que Denis Craveia justifie avoir été sollicité par ses soins pour obtenir de fausses performances pour ses futurs clients, il me répond à plusieurs reprises : « Ah bon ?? Non, je n’ai rien demandé… »

Avant de poursuivre en argumentant sur les nombreux cas de tricheries existant dans la course à pied : « Beaucoup trichent. Ils vendent leur dossard. Ils inventent des chronos pour se placer dans le sas des moins de 3 heures à Paris. Ou pour avoir un dossard à New York sans passer par les voyagistes. »

Un tricheur fait le circuit des Marathons Majors

Alors qui sont ces personnes qui ont ainsi pris quelques largesses avec leurs chronos pour obtenir le précieux sésame pour Boston ?? Le blog « Marathon Investigation » cite leurs noms, et parmi eux, l’un a particulièrement retenu l’attention des blogueurs américains. Celui de Xavier Deltin. Au Marathon du Mont St Michel 2014, un chrono de 3h04’55’’ lui est imputé, mais les images vérifiées par Derek Murphy démontrent cependant qu’aucune arrivée n’est enregistrée à ce moment-là…

Le cas de Xavier Deltin apparaît d’autant plus exceptionnel, qu’il s’est lancé dans un pari fou, celui de finir les 6 World Marathon Majors, incluant New York, Chicago, Berlin, Londres, Tokyo et Boston. Il les bouclera tous, pour obtenir un diplôme spécial qu’il affiche sur sa page Facebook, et sur lequel figurent tous les résultats obtenus dans son grand tour du monde du marathon. Et là, les chronos se révèlent implacables, ils varient entre 4h51’ à New York en novembre 2014 et 4h18’55, justement à Boston en avril 2015. Une distorsion énorme avec le chrono de 3h04’55’, qu’il a déclaré pour obtenir sa qualification…

Mais après la publication de cet article, Xavier Deltin (contacté avant publication mais sans réponse) nous a joint pour contester formellement cette version des faits, et exiger le retrait de son nom sur cet article. Cet ingénieur répète à l’envie : « J’ai payé une prestation. Je suis en aval de la situation. » A la question de savoir s’il savait que son nom figurait dans les résultats du Mont St Michel 2014, il rétorque que non, qu’il n’en avait pas été informé, et il souligne  qu’il a seulement payé une prestation pour obtenir un dossard pour Boston. En ajoutant : « C’est un système de business. Je ne savais pas que c’était si difficile d’avoir un dossard. »

Le dossard humanitaire à 5000 dollars

Quelles sont vraiment les conséquences de tels agissements ? Denis Craveia avoue ne pas avoir pris la mesure de ce geste fait pour rendre service. Mais la situation de Boston est un peu particulière. Les demandes excèdent considérablement le nombre de dossards disponibles, et en 2016, près de 4600 coureurs ayant réalisé les minima de qualification n’avaient pu être acceptés. La seule possibilité d’obtenir un dossard est alors de passer par le système du dossard humanitaire, qui exige la collecte d’au minimum 5000 dollars…

On comprend alors qu’une certaine irritation ait saisi la communauté des runners américains qui voit des dossards ainsi distribués à des coureurs peu scrupuleux…

  • Texte : Odile Baudrier
  • Photo : ASO