La suspension de El Goumri, un coup dur pour l’AC Alès 

2 décembre 2016

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L’annonce de la suspension pour 2 ans d’Othmane El Goumri a provoqué de nombreuses réactions négatives à l’encontre du club de l’AC Alès, une nouvelle fois associé à une violation des règles anti-dopage. Romain Courcières, licencié à Alès depuis deux ans, et Marie Claude Albaladejo, ancienne présidente, toujours étroitement liée au club par son mari, Yves, le trésorier, dévoilent leurs réactions face à cette nouvelle.

Interviews réalisées par Odile Baudrier

MARIE CLAUDE ALBALADEJO

Marie Claude Albaledejo a été présidente durant de nombreuses années du club de l’AC Alès avant de devenir conseillère municipale en charge des sports à la Mairie. Elle demeure étroitement liée au club, par son mari, Yves, trésorier, et par l’immense passion qui l’a toujours animée…

    • Quelle est votre réaction face à l’annonce de cette suspension de Othmane El Goumri ?
    • Quelle réaction voulez-vous que j’ai ? Je vois qu’encore une fois, mon nom est cité, alors que je ne suis plus présidente depuis trois ans. Et qu’on parle encore du couple Albaladejo… Il avait été décidé suite à des informations données par Philippe Rémond, qui disait que la Fédération Marocaine avait suspendu El Goumri qu’il n’aurait plus sa place dans le club. Il est évident qu’une fois de plus, ça laisse planer sur le club encore des suspicions. Malgré le travail qui est fait et depuis des années. Je ne peux être, en tant qu’ancienne présidente, que fortement déçue.
    • Cela confirme que l’orientation nouvelle donnée par le club était bonne ?
    • Depuis quelques années, avant que je n’arrête d’être présidente pour mes nouvelles fonctions, on avait déjà discuté avec le nouveau président d’aujourd’hui qu’on devait s’orienter vers des athlètes avec un suivi, plus proches, et qu’il fallait arrêter la filière que nous avions. Il faut savoir que pour tout athlète pris au club, ce n’était pas qu’une décision de dirigeant, on s’appuyait sur nos athlètes de haut niveau, et notamment pour El Goumri, sur notre athlète, Hassan el Lahssini, qui nous l’avait recommandé. Chaque fois qu’on recrutait quelqu’un, on voulait s’assurer que c’était des athlètes irréprochables, qu’ils étaient propres. A priori, on ne peut être sûrs de rien. Aujourd’hui, on a les athlètes Romain Courcières, Freddy Guimard, Michael et Damien Gras, qui sont plus en adéquation avec ce qu’on souhaite faire au niveau du club.
    • Donc, si je comprends bien, ce sont les informations données par Philippe Rémond qui avaient poussé le club à ne pas renouveler la licence d’El Goumri ?
    • Il est évident qu’il y a des contrats, une charte signée avec tous les athlètes de haut niveau. C’est-à-dire que la priorité est la propreté des athlètes, cela fait partie de leur contrat. Il est évident qu’il y a des personnes plus au courant que d’autres. Nous, jusqu’à présent, on n’avait absolument rien à lui reprocher. Il a suivi ses contrôles anti-dopage sur les différentes compétitions, il n’y avait rien. Et Philippe Rémond nous a signalé qu’il serait suspendu par sa fédération, ni plus, ni moins. Comme beaucoup d’autres athlètes. A ce moment-là, la sanction est immédiate.
    • Cela veut dire qu’à quel moment, vous avez pris la décision de stopper sa licence ?
    • On ne lui a pas renouvelé sa licence à la fin de la saison, je crois que c’est au mois d’août ou septembre. Dès qu’on l’a su, que Philippe Rémond nous l’a signalé, on a tout arrêté. On ne lui a pas renouvelé. On n’a pas arrêté. On n’a pas besoin de ça. Pas plus le club qu’aujourd’hui ce qu’on représente, on travaille et on met tout en œuvre pour que les athlètes, notamment les athlètes de haut niveau. Car ça porte préjudice à tout le monde, aux athlètes et aux dirigeants.
    • Est-ce que sur le plan financier il y aura des conséquences au niveau du club ? Est-ce qu’il y a des sommes qui ne lui seront pas payées à cause de cette suspension ?
    • Moi, je ne suis pas présidente ! Je ne peux rien vous dire, je ne suis pas présidente. Cela fait 3 ans que je ne suis plus présidente du club. Malgré ce, c’est toujours mon nom qui est cité.
    • Est-ce que les exemples précédents n’auraient pas dû vous inciter à plus de prudence ?
    • C’est-à-dire ?
    • Vous avez eu Zoubaa, Kiprotich.
    • Dites, les exemples précédents, mis à part… Kiprotich, c’était des athlètes français.
    • Excusez-moi, mais je ne fais pas de différence français ou marocain… C’est vous qui la faites, ce n’est pas moi.
    • Non, non. Quand je dis français, je dis ceux qui sont en France.
    • Ce n’est pas ce que je veux dire non plus. Du fait des affaires de dopage sur des athlètes de votre club, est-ce que cela n’aurait pas dû vous inciter à plus de vigilance sur les athlètes de haut niveau à intégrer ?
    • Ecoutez, je veux dire, on se renseigne. Pour chaque athlète, on se renseignait. Ce n’est pas quelque chose qui a été fait uniquement par deux personnes. C’est discuté en bureau. C’est discuté, à cette époque-là, avec les athlètes de haut niveau, qui connaissaient bien les athlètes entre eux. Maintenant, que je sache, on n’est pas le seul club à avoir eu ce genre de problèmes. Maintenant, c’est quoi avoir plus de vigilance ??? Si on nous donne la solution.
    • Si j’ai bien compris, à son arrivée au club, Philippe Rémond était un peu réticent à la présence d’El Goumri.
    • Non, pas du tout. Pas du tout. Quand Philippe Rémond est venu au club, c’était pour qu’on travaille ensemble, qu’il nous conseille, par sa connaissance des athlètes au niveau de la fédération. Philippe Rémond est resté un peu plus d’un an. Il y avait El Goumri. Voilà. Après, quand on pose des questions, qu’on se renseigne, qu’on nous signale qu’il y a quelqu’un qui peut être suspecté, le club ne continue pas avec l’athlète.
    • Donc cela a été le cas pour quels athlètes de ne pas continuer car vous aviez des doutes ?
    • Cela a été le cas pour Abrahim Kiprotich. J’avais des doutes, comme c’était difficile de les suivre, on a arrêté. Et il y a El Goumri.
    • Est-ce que le problème ne résulte pas aussi du fait que vous ne les voyez pas souvent, qu’ils ne viennent pas sur Alès, et qu’ils sont donc un peu électron libre par rapport au Club ?
    • Parce que je pense qu’il y a des athlètes qui peuvent être proches de la ville et que ça peut être pareil. Le fait qu’ils soient à côté, vous pensez que ça garantit tout ?
    • Non, je vous pose seulement une question de savoir si le fait de ne jamais voir les athlètes n’était pas source de problèmes ?
    • On était tout de même en communication avec eux. Il y avait du relationnel. En ce qui concerne la propreté, on en parle assez. On était en contact avec eux.

Romain COURCIERES

Romain Courcières a intégré le club de l’AC Alès il y a deux ans maintenant, marquant ainsi la volonté du club de marquer une rupture sur les habitudes précédentes. Sous ses nouvelles couleurs, il a remporté le titre de la Coupe d’Europe de cross et de Champion de France de cross par équipes.

      • Quelle est ta réaction à l’annonce de la suspension d’Othmane El Goumri ?
      • C’est comme ça. C’est pour cela qu’on avait pris la décision de le faire sortir du club. Moi, je pense que c’est à l’honneur du club. Le club a pris la bonne décision de le faire sortir. Pour une fois que le club prend une très bonne décision, il faut le souligner. Quand ils font des choses pas bien, tout le monde est là à taper.
      • Tu dis que tu souhaitais qu’il parte. Est-ce que tu avais des informations ? Ou des doutes ?
      • Je n’ai pas de preuves, rien du tout. Mais un athlète qu’on ne voit jamais, ou que sur des compétitions, c’est risqué et ce n’était plus trop dans la politique et dans la bonne ambiance de l’équipe. Moi, je n’ai pas de preuves.
      • Vous l’avez appris ce matin ?
      • Nous avions été au courant de problèmes par Philippe (Rémond) et Hassan (Lahssini). De là à ce que ça tombe réellement, on ne le savait pas trop.
      • Selon toi, estimes-tu qu’il y a trop d’attaques contre le club à travers ce problème ?
      • Le problème est que quand on vise un club, on vise tout le monde. Certes les dirigeants, qui prennent les décisions, mais aussi tous les bénévoles, les entraîneurs bénévoles, les gens du club. On vise tout le monde. L’identité d’un club, c’est des centaines de personnes, ce n’est pas seulement une personne. Les gens en écrivant le club ne mesurent pas la violence que ça a. Ils feraient mieux de viser la personne fautive, pas le club.
      • Tout de même, il y a eu plusieurs cas sur Alès. Ne peut-on pas estimer qu’il y a, non pas une complicité, mais une certaine indifférence face à cette situation ?
      • Quand je vois ce qu’ils ont mis en place cette année… On a un suivi au club dès qu’on fait une performance nationale. Moi, j’ai fait une prise de sang récemment et le médecin a eu les résultats. Le club avait des lacunes, et ils essaient de faire l’effort nécessaire pour plus qu’il n’y en ait. C’est sûr que ça ne peut pas être fait du jour au lendemain. Ou alors, il faut dissoudre le club et repartir sur de nouvelles bases. Ou faire comme eux, en prenant la décision il y a 2 ans de changer l’image du club. C’est une personne, puis 2, 3, 4 et c’est tout le monde qui va changer.
      • Quand tu as décidé d’adhérer au club d’Alès, tu connaissais évidemment cette réputation. Est-ce que c’est quelque chose qui t’a arrêté, que tu as pris en compte ??
      • Moi, sincèrement, si on m’a demandé si je voulais venir au club, j’avais 3 jours pour me décider. C’était fin octobre, j’étais en stage au Maroc avec l’Equipe de France, et je n’avais personne sur qui m’appuyer. Il a fallu que je pèse le pour et le contre, mais en très peu de temps. Je savais un peu de part la réputation, ce qui m’attendait. Moi, on m’a dit qu’ils allaient tout faire pour changer l’image du club en passant d’abord par les athlètes. Je suis le premier, je peux m’en flatter, à avoir été recruté au club pour ce changement. Freddy (Guimard) a suivi, les frères Gras. Et ce n’est pas fini. Et l’image du club changera complètement.
      • Il y avait eu un premier rebondissement autour du club cet automne avec le recrutement d’Abdelatif Meftah qui a été stoppé. C’est quelque chose sur lequel tu as pesé ?
      • Le club a dit qu’il n’avait pas les moyens pour recruter.
      • Pour toi, est-ce un coup dur pour le club ou pas ?
      • Il faut que le ménage se fasse. Ce n’est pas un coup dur. Le seul coup dur, c’est pour Yves et Marie Claude. Ils sont montrés du doigt, alors que sincèrement…. Ils ne sont pour rien dans l’histoire. C’est sûr que c’est eux qui signent les contrats. Mais c’est dommage qu’ils soient toujours montrés du doigt. Yves et Marie Claude, ce n’est pas eux qui vont au Maroc dire à El Goumri, il faut que tu te charges la gueule car tu es le leader de l’équipe. D’ailleurs, il n’y pas de leader dans l’équipe.
      • Pour toi, est-ce que ça gêne tout de même un voile sur les performances réalisées depuis que tu as signé à Alès, c’est-à-dire la Coupe d’Europe des Clubs et le Championnat de France, avec les résultats par équipe ?
      • La réponse qu’un avocat pourrait donner est que tant qu’il n’est pas tombé, il n’est pas tombé. Je ne peux pas répondre là-dessus.

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> Photos Gilles Bertrand