La Russie, fonds de commerce de l’anti-dopage

23 juillet 2018

Les Russes sont largement représentés dans la liste de 120 noms d’athlètes dopés dévoilée par l’Athletics Integrity Unit. Qu’il s’agisse des décisions prises ou des affaires en cours, les athlètes de Russie supplantent toutes les autres nations, avec en autre leaders, l’Ukraine, la Biélorussie et le Kenya.

ukhov

La Russie. Sinon pas grand-chose. C’est le sentiment qui ressort d’une analyse complète des informations livrées par l’Athletics Integrity Unit, en vertu de sa nouvelle règle de transparence, et qui l’amène à donner des éléments sur les affaires de dopage en cours, avant que les sanctions ne soient décidées.

C’est ainsi que le site internet de l’AIU présente désormais les athlètes mis en cause pour dopage (et les officiels pour corruption) sous plusieurs onglets distincts : les suspensions provisoires –les décisions en cours d’examen – les décisions prises – les appels en cours – les décisions prises en appel – la liste générale des athlètes suspendus.

Et quelle que soit la liste consultée, la Russie est le pays le plus représenté, avec en arrière plan l’Ukraine et la Biélorussie. En particulier dans les listes très inédites divulguées par l’AIU, qui dévoilent les affaires en cours et les dernières sanctions prises qui n’étaient pas encore apparues sur le site de l’IAAF, qui assurait jusqu’alors le suivi.

Sur 96 affaires, 46 concernent des Russes

Ainsi l’AIU compte 27 affaires en cours, et 14 athlètes russes y sont présents, avec en leader, Ivan Ukhov, le champion olympique du saut en hauteur à Londres. Tous mis en cause, non pas sur des contrôles positifs ou passeports biologiques douteux, mais sur la base du rapport Mc Laren, qui a démontré un usage étatique du dopage en Russie. S’y ajoutent  quatre athlètes d’Ukraine, inquiétés, eux, pour leur passeport biologique.

Concernant les 69 décisions prises par l’AIU, les Russes dominent totalement, avec 32 suspensions pour la Russie, et à ses trousses, la Biélorussie (6 sanctions) et l’Ukraine (7 sanctions). Essentiellement en raison du retesting a posteriori des échantillons prélevés lors des grands rendez-vous de l’athlétisme, Mondial 2007, JO 2008, Mondial 2009, JO 2012.

Il est certain que choisir des athlètes russes pour ces retestings ne peut qu’être couronné de succès, compte tenu des informations livrées sur le dopage à grand échelle par le Docteur Rodchenkov, ancien patron du laboratoire de Moscou, désormais associé à l’anti-dopage depuis les Etats-Unis, et capable d’indiquer les molécules utilisées sous sa houlette et à rechercher.

Des Kenyans de niveau intermédiaire, comme Eliud Magut

Finalement, quoi d’autre en-dehors du bloc de l’Est ? Deux très gros poissons : Ruth Jebet, la championne olympique du steeple. Asbel Kiprop, champion olympique du 1500 m, triple champion du monde. Contrôlés tous les deux pour EPO, et maintenant, en attente d’une décision de l’AIU. Une autre star, Jemima Sumgong, la championne olympique de marathon, déjà suspendue pour 4 ans pour EPO, et à laquelle l’AIU veut maintenant ajouter une nouvelle sanction, suite à son utilisation de faux documents pour sa défense.

magut

Certes cette attaque contre des athlètes de cet acabit témoigne que l’AIU accepte de se confronter à des leaders qu’on aurait pu imaginer protégés. Mais malgré tout, le tableau de chasse de l’AIU apparaît circonscrit à quelques pays. Les derniers athlètes épinglés comptent un Marocain, Hadoud Mousaoub, positif à l’EPO en novembre 2017 au marathon de Hangzhou qu’il avait couru en 2h18’. Une Ethiopienne de 24 ans, Meseret Taye, qui avait réalisé 1h16’ sur semi en 2016. Et puis quelques Kenyans de niveau très intermédiaire, comme Suleiman Simotwo, un marathonien de 38 ans positif à la norandrostérone après un chrono de 2h10 à Vienne, ou encore Eliud Magut, qui valait 2h10′, et plus connu en France pour avoir remporté Nice Cannes en 2012, le Mont St Michel en 2015, Metz en 2016, et positif, également à la norandrostérone après un chrono de 2h14’ à Vienne en avril 2017.

Russie. Ukraine. Biélorusse. Kenya. Les nations phare du dopage sont prolixes. Une large partie de la planète athlétisme n’y figure pas et apparaît ainsi parée des vertus de l’innocence ??!!

  • Texte : Odile Baudrier
  • Photo : Gilles Bertrand

120 noms d’athlètes mis en cause pour dopage révélés par l’IAAF