La polémique autour d’une étude sur l’efficacité de l’EPO sur les Kenyans

11 septembre 2018

La publication d’une étude réalisée sur l’efficacité de l’EPO sur les performances des coureurs kenyans a déclenché une polémique entre les scientifiques et l’Italien Renato Canova, qui a entraîné les meilleurs athlètes du Kenya, qui conteste leurs conclusions.

 

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Oui, l’EPO est efficace sur les athlètes du Kenya. C’et la conclusion sans appel d’une étude menée il y a cinq ans dans l’optique de comparer les progressions chronométriques de Kenyans face à des Ecossais, soumis à des injections d’EPO.

La publication très tardive de cette étude survient alors que le sujet de l’EPO au Kenya est plus que brûlant avec une succession de contrôles positifs à l’EPO vécus par des coureurs kenyans de très haut niveau, et surtout ceux d’Asbel Kiprop et de Kipeygon Bett.

Mais elle a à nouveau suscité la colère de Renato Canova, l’Italien qui a entraîné tant de gros talents du Kenya, qui n’admet pas les conclusions de cette investigation.

En altitude ou au niveau de la mer, l’EPO est efficace !

C’est l’Agence Mondiale Anti Dopage qui a financé ce travail mené par un groupe de 11 scientifiques issus des Universités d’Addis Abeba, de Glasgow, d’Eldoret, d’Estonie, d’Afrique du Sud, de Brighton, de Rome, et en particulier Yannis Pitsiladis, avec l’ambition de vérifier si l’usage de l’EPO peut être aussi efficace sur des sportifs vivant en permanence en altitude que sur des sportifs vivant au niveau de la mer.

Le protocole consistait à injecter de l’EPO recombinante (rHuEpo) à 20 athlètes du Kenya vivant à 2150 mètres d’altitude, tous les deux jours, à raison de 50 IU par kilo, pendant 4 semaines, et également à des athlètes écossais vivant au niveau de la mer. Tous soumis à un test d’effort et à un 3000 mètres avant le début du protocole, juste à la fin, et quatre semaines après la dernière injection.

Avec des résultats édifiants : les performances se sont améliorées de la manière semblable pour les deux groupes, avec pour les Kenyans, une amélioration d’environ 5% des résultats chronométriques et de VO2 après 4 semaines, de 3% après 8 semaines, doublée d’une progression d’environ 17% des taux d’hématocrite (HCT) et de concentration d’hémoglobine (HGB) contre 10% pour les Ecossais.

La conclusion de l’étude sur « American College of Sports Medecine » se révèle sans appel : l’EPO est aussi efficace chez des Kenyans vivant en altitude que chez des Ecossais basés au niveau de la mer.

L’EPO ne marche pas avec l’élite qui s’entraîne et vit en altitude ???

Alors, pourquoi Renato Canova s’insurge-t-il avec virulence de ces résultats ? Cela fait suite à une première prise de position de l’entraîneur italien qui avait eu cette formule « L’EPO ne marche pas sur les Kenyans ». Et au fur et à mesure que tombaient les noms d’athlètes du Kenya contrôlés positifs à la molécule, la communauté scientifique pointait du doigt sur Renato Canova, ses illusions sur les athlètes du Kenya, et même sur sa duplicité.

C’est à travers le forum du site américain « Let’s Run » que Renato Canova a répondu en précisant mieux sa position sur l’EPO : «  l’EPO ne marche pas avec des athlètes d’élite nés, vivant et s’entraînant en altitude, et utilisant un entraînement adapté ».

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Car pour lui, cette étude n’a pas de véritable valeur, du fait qu’elle ne concerne pas des athlètes d’élite, mais des coureurs de petit niveau, à savoir que le chrono moyen sur 3000 mètres des 20 Kenyans de l’étude était de 9’35’’, et de 11’ pour les Ecossais.

Et  soutient-il, c’est là que le bât blesse, avec de l’injection d’EPO sur des athlètes non entraînés, qui auraient de toute façon progressé en suivant un véritable programme d’entraînement, sans EPO. D’où le nouveau point de vue de Renato Canova, « l’EPO fonctionne avec n’importe quelle personne non entraînée ou peu entraînée, mais ces sujets n’ont pas grand-chose à voir avec les athlètes de niveau mondial».

Pour lui, cette recherche ne veut rien dire, et ne démontre rien sur l’effet de l’EPO sur des top athlètes s’entraînant en altitude. Certes, l’argument s’entend. Mais comment imaginer que des scientifiques puissent effectuer une telle étude sur des athlètes d’élite ??  Surtout que cette étude révèle que l’effet de l’EPO se poursuit encore 4 semaines après la dernière injection…

  • Texte : Odile Baudrier
  • Photo : D.R.