La mauvaise foi de l’entraîneur Claude Guillaume sur la suspension de Lazarus Too

7 octobre 2018

L’annonce que le vainqueur du marathon de Tours était en réalité suspendu pour dopage a jeté la consternation. D’autant que Lazarus Too venait juste de se licencier au club « Running 41 » créé à Blois par Claude Guillaume pour accueillir des athlètes étrangers qui brillent souvent dans les différentes épreuves françaises. Mais Claude Guillaume soutient le jeune marathonien avec tellement de vigueur qu’il déforme largement la réalité des faits

 

C’est cet été que le club « Running 41 » était apparu de manière tonitruante. Très exactement à Albi le 8 juillet lorsque Sammy Kirongo  avait dominé Pierre Ambroise Bosse sur le 800 mètres du Championnat de France Elite, et que Jeremiah Mutai avait titillé jusqu’au bout le Champion du Monde 2017 pour finalement terminer 3ème.

Ainsi se distinguait ce club de Blois créé par Claude Guillaume, à l’origine pour soutenir la carrière de Noelie Yarigo, une Béninoise que l’entraîneur avait pris en affection, en 2012, l’accompagnant jusqu’aux Jeux de Rio, où elle court le 800 mètres en 1’59’’12.

Claude Guillaume avec Noelie Yarego

Claude Guillaume avec Noelie Yarego

Les choses avaient ensuite évolué pour aboutir sur un club formé exclusivement d’athlètes étrangers, et la démarche s’était encore étoffée cet automne, puisque le site de la FFA recense 11 nouveaux athlètes licenciés depuis le début septembre 2018, trois femmes et cinq hommes tous du Kenya, à l’exception de Benjamin Enezema, de Guinée Equatoriale.

Dans cette liste, manque la toute dernière recrue du club, Lazarus Too, qui venait juste de signer, pour représenter son nouveau club au marathon de Touraine Loire Valley. Et les choses apparaissaient très bien débuter pour ce néo-adhérent, avec la victoire sur le marathon, avec un chrono de 2h12’29.

Mais dix jours après l’épreuve, un coup de massue allait s’abattre avec la découverte que Lazarus Too était en réalité suspendu pour dopage. Une annonce qui terrassait le comité d’organisation du marathon, qui refusait de remettre sa prime au vainqueur, soit 4500 euros, 3000 euros pour la victoire et 1500 euros pour le record. Comme l’expliquait Christophe Chinette, le président du comité, à Eric Navarre, journaliste pour la Nouvelle République, cette affaire consternait tellement son équipe qu’il était même envisagé dans le futur de renoncer à la constitution d’un plateau d’athlètes d’élite…

Claude Guillaume entraîneur depuis trois mois de Lazarus Too

Cette sombre affaire frappait ainsi de plein fouet Claude Guillaume, qui avait fait l’intermédiaire avec le comité d’organisation, pour inscrire le jeune marathonien sur l’épreuve. Le président de « Running 41 » allait alors adopter un soutien sans limite à son athlète, comme il allait s’en ouvrir à Eric Navarre et Arnaud Laviolette, journaliste, lui, pour Ouest France, tout en refusant de répondre à ma demande d’interview. Pourtant, selon ses déclarations, il n’y aurait que trois mois qu’il connaissait Lazarus Too, qui l’avait sollicité pour qu’il devienne son entraîneur.

LAZARUS TOO

Et Claude Guillaume de dresser un tableau très favorable à Lazarus Too, en analysant en sa faveur la décision prise par le Tribunal Sportif du Kenya. Pourtant, dans ses explications, Claude Guillaume prend quelques largesses avec les dates. Car c’est bien dès le 7 juillet 2017 que Lazarus Too avait été informé de son contrôle positif au Furosémide subi après sa victoire au marathon de Shenzhen en décembre 2016, et de sa suspension provisoire. Le 10 juillet, Lazarus Too avait pris acte de ce contrôle, qu’il contestait d’entrée. C’est donc bien dès cette date, que le jeune marathonien se savait déjà suspendu, certes à titre provisoire. Ce qui n’allait nullement l’empêcher de revenir dès l’automne 2017 pour quelques semaines en France, disputer plusieurs compétitions, où il allait briller, comme à Auray Vannes, à Sedan Charleville, à Niort, ou déjà à Tours (2ème).

Lazarus Too évoluait en toute connaissance de cause, mais s’était très probablement gardé d’évoquer ce problème auprès de qui que ce soit, et pas plus ne l’a-t-il probablement fait depuis ce printemps 2018, où il s’est présenté devant le Tribunal du Sport pour l’audience sur son cas. Claude Guillaume l’affirme, il  n’a appris que début octobre cette situation. Et il préfère soutenir que c’est à la même date que, que Lazarus Too a découvert cette situation, qui remontait en réalité à plus de 15 mois…

Malgré tout, il est exact, comme l’explique Claude Guillaume, que la sanction prononcée n’a été que celle d’une suspension de deux ans, au lieu des quatre ans demandés par l’Agence Anti-Dopage du Kenya. Ceci surtout parce que le tribunal a estimé que l’ADAK n’avait pas pu établir que la prise du Furosémide avait été intentionnelle. Certes. Mais comment une agence anti-dopage pourrait-elle établir qu’un sportif a absorbé volontairement un produit interdit, à moins que le sportif lui-même l’avoue ???

Le furosémide est connu pour ses capacités masquantes des produits dopants

Or Lazarus Too, dès le début de la procédure, a adopté la stratégie de nier toute utilisation de produits frauduleux. Il suit ainsi la même méthode que les autres athlètes kenyans condamnés par le Tribunal, contestant tous les faits, comme on peut le découvrir en analysant les divers jugements pris ces derniers mois.

Lazarus Too a bâti sa défense en admettant simplement avoir pris des médicaments délivrés par un pharmacien, en raison d’une douleur à la hanche et de problèmes d’amibes. Et il énumère une liste conséquente, contenant en particulier du Tramadol, produit sur la sellette des instances anti-dopage, et qui sera d’ailleurs interdit à partir de janvier 2019 dans le cyclisme.

furosemide

Comment le Furosémide s’est-il retrouvé dans son échantillon ? Rien ne l’explique, et surtout pas les médicaments qu’il a expliqué avoir pris. Ce point très important, sur lequel l’avocat de l’Agence Anti-Dopage du Kenya a insisté, n’a pas été pris en compte par un Tribunal du Sport visiblement très sensible aux arguments des athlètes…

Et pourtant, le Furosémide n’a pas été placé par hasard sur la liste des produits interdits par l’agence mondiale anti-dopage. Ce diurétique est très prisé des tricheurs pour ses qualités de produits masquant. Comme l’explique le Docteur Bacquaert, de l’IRBMS, les diurétiques présentent deux avantages : ils augmentent le volume urinaire pour diminuer la concentration des produits interdits, qui passent ainsi en-dessous des seuils de détection, et ils modifient le pH de l’urine, en rendant les urines plus alcalines, d’où une détection plus délicate des produits dopants.

Alors, Lazarus Too cherchait-il à cacher une utilisation illicite ? La vérité demeurera bien gardée ? Et l’affaire se conclut plutôt bien pour le jeune marathonien. Il reçoit une suspension de deux ans avec effet rétroactif, il ne lui reste plus que 9 mois à purger, et il est peu probable que les primes reçues à l’automne dernier en France soient restituées…

  • Texte : Odile Baudrier
  • Photo : D.R.

Lazarus Too, vainqueur du marathon de Tours, est suspendu pour dopage