La cocaïne, produit dopant ou pas ?

12 juin 2017

La cocaïne figure sur la liste des interdictions au regard du code mondial anti-dopage, en raison de ses propriétés stimulantes. Pour autant, la cocaïne est souvent plus associée à un aspect festif que dopant. Mais plusieurs affaires récentes, notamment dans le rugby, ont dévoilé une utilisation pour diminuer la douleur à l’entraînement.

 

Shawn Barber

Shawn Barber

Le voile a été levé ce printemps sur l’utilisation outrancière de la cocaïne par des joueurs de rugby du TOP 14, avec les interpellations pour possession de cocaïne de Ali Williams et James O’Connor

Une nouvelle fois dans une affaire liée à la cocaïne, les débats ont fait rage, autour d’un dérapage lié à une fiesta débridée, et d’une véritable utilisation dans une stratégie de dopage.

Quelles que soient les opinions des uns et des autres, il reste que la cocaïne fait partie des substances interdites en compétition, elle figure dans la catégorie S6 des stimulants non spécifiés, c’est à dire que la législation ne prend pas en compte le fait que cette substance puisse se retrouver dans le corps d’un sportif par inadvertance…

Pourquoi la cocaïne est-elle interdite par l’AMA ?

Pour les propriétés stimulantes qu’elle présente. La cocaïne offre un avantage certain dans la pratique de certains sports.

Le nageur Amaury Leveaux avait ainsi révélé dans son livre que le milieu de la natation en était friand : « La cocaïne stimule le système nerveux central, permet de ne pas avoir faim, de ne pas être fatigué, de lutter contre la difficulté de l’effort. Elle donne au sportif le sentiment d’être invincible, d’être Superman, la sensation que rien ne lui résiste ».

Le Docteur de Mondenard, expert de l’anti-dopage, liste de manière précise sur son site les bonus qu’apporte la cocaïne, dans divers sports, comme le tennis, le foot, le basket, l’alpinisme, l’escalade.

L’avantage se situe essentiellement au niveau de l’humeur, du sentiment d’invincibilité. Il souligne aussi la possibilité d’augmenter l’endurance, de permettre de mieux supporter les sensations douloureuses dans les séries en musculation.

Les sites dédiés à la musculation ne s’y trompent d’ailleurs pas, et se livrent à une description très flatteuse des effets de la cocaïne pour leurs clients. Sur « All-Musculation.com », la conclusion est d’ailleurs sans équivoque : « Comme pour les amphétamines, le dopage par la cocaïne va permettre au bodybuilder de faire des séances de musculations plus longues et plus intenses ». Mais le site n’oublie pas non plus de souligner les effets néfastes d’un recours à la cocaïne à forte dose.

Un danger que dès 2007, le cardiologue Jean Gauthier, expert auprès de la FIFA, explicitait sur le site « clubcardio.com » en insistant surtout sur les risques cardiaques en raison des effets cardiovasculaires de cette substance, qui provoque une vasoconstriction brutale et intense des petites artères, voire un infarctus dans l’heure qui suit la prise.

La cocaïne interdite en compétition, autorisée à l’entraînement

La cocaïne fait partie des substances interdites pour lesquelles la réglementation présente une certaine ambigüité. Comme les corticoïdes, elle est en effet autorisée durant les périodes d’entraînement, et interdite lors de la compétition. Ceci en raison de l’effet très court de la substance sur l’organisme, avec un coup de « boost » d’environ 20 à 40 minutes selon les experts de la drogue.

Un traitement très subtil, qui ne peut que rendre perplexe, tant les effets de la cocaïne apparaissent efficaces aussi à l’entraînement. Au moment de l’affaire des deux rugbymen, le Docteur Bagate, chargé de l’anti-dopage à la Fédération de Rugby jusqu’en décembre 2016, avait livré au « Parisien » une vision alarmiste du recours à la cocaïne par les joueurs de rugby dans une optique dopante, afin de supporter la douleur de l’entraînement. Et le Docteur Bagate avait ainsi évoqué le terme de «dopage du lundi-mardi-mercredi».

Ces jours-là, la cocaïne, comme les corticoïdes, avaient toute leur efficacité, mais n’étaient normalement plus présents lors de la compétition du dimanche, car disparaissant au bout de 2-3 jours des urines.

Pierre Sallet, spécialiste de l’anti-dopage, et observateur avisé dans le domaine de l’ultra et du trail, admet que la cocaïne présente une certaine efficacité pour les pratiquants de ces disciplines.

Quelles sanctions ?

Il n’est pas si aisé de retrouver les suspensions pour utilisation de cocaïne décidées à travers les années. La première suspension majeure pourrait être celle de Diego Maradona, remontant à 1991, qui est sanctionné pour 15 mois.

La liste constituée à partir de quelques recherches sur internet met en évidence une prédominance de suspensions pour les joueurs de foot, et rugby.

Avec quelques affaires retentissantes, comme celle de Richard Gasquet, non sanctionné après avoir affirmé avoir été « contaminé » par des baisers avec une femme de rencontre, du cycliste Luca Paolini, niant farouchement toute utilisation avant d’admettre être un adepte de la cocaïne pour faire face à des problèmes personnels graves et à une dépendance aux somnifères.

Côté athlétisme, le cas emblématique a bien sûr été celui de Javier Sotomayor. Le Cubain recordman du monde de la hauteur, et champion olympique en 1992, est testé positif en 1999 durant les Jeux Panaméricains, et reçoit un an de suspension après une pression forte des instances cubaines afin de pouvoir disputer les JO de 2000 (il sera par la suite contrôlé à la nandrolone en 2001, juste à l’arrêt de sa carrière).

Javier Sotomayor

Javier Sotomayor

Trois autres cas ont été recensés par l’IAAF, le sauteur en longueur allemand, Kofi Amoah PRAH, suspendu 2 ans jusqu’en 2016, et actuellement, Leo Carvalho, un Portugais sans grand palmarès, qui a reçu 10 ans de suspension en raison de sa récidive de dopage. Tout récemment, Latifa Schuster l’a rejoint sur la liste des athlètes suspendus, mais sa peine initialement fixée à 4 ans a été ramenée à 2 ans par la FFA.

Pour sa défense, Latifa Schuster avait argumenté sur une prise de cocaïne isolée en raison des problèmes rencontrés dans sa vie personnelle, qui l’auraient conduit à une dérive d’ordre plus psychologique que festive.

Contrôlé à quelques jours des JO de Rio, le perchiste canadien Shawn Barber, lui, n’avait pas hésité à adopter une ligne de conduite dans la continuité de celle de Richard Gasquet, en expliquant au quotidien « Toronto Star » avoir rencontré une femme par le biais d’un site en ligne et avoir embrassé cette inconnue qui venait de consommer de la cocaïne. Du coup, le champion du monde 2015 avait été autorisé à disputer les JO, où il avait terminé seulement 10ème.

Toutefois, quelques mois plus tard, cet argumentaire bien huilé perdait de sa crédibilité avec son coming out, révélant au grand jour son homosexualité…

  • Texte : Odile Baudrier
  • Photo : D.R.

Quelques suspensions pour cocaïne

NOM SPORTIF REFERENCES PAYS DATE  DUREE SUSPENSION
ATHLETISME
Leão CARVALHO 29’07’’ sur 10 km route Portugal Juillet 2008 10 ans (2ème suspension)
Kofi Amoah PRAH 8.20 m longueur Allemagne Cocaïne (juillet 2009) et violation de l’interdiction de participation (février 2014) 2 ans
Javier SOTOMAYOR recordman du monde saut en hauteur et Champion Olympique en 1992 Cuba 1999 1 an
Shawn BARBER Champion du Monde Perche 2015 Canada Juillet 2016 Sans suite
Latifa Schuster 2h56’ Marathon France Octobre 2016 2 ans
AUTRES SPORTS
Milos Nikolic hockey sur glace Serbie  avril 2017  2 ans
Roman Eremenko Foot Finlande Novembre 2016 2 ans
Frédéric Vezina Lavergne Foot Canada  Octobre 2016 4 ans
Tyson Fury Boxe UK  Octobre 2016 En cours
Patrick Paddy Lacey Foot UK novembre 2015 14 mois
Shaun Cleary Rugby UK Septembre 2015 2 ans
Paul Bird Pilote rallye Uk Juillet 2015 2 ans (cocaïne + furosémide)
Luca Paolini Cyclisme Italie Juillet 2015 18 mois
Franck Montagny Pilote F1 UK  mars 2015  2 ans
Charline Van Snick Judo Belgique 2013 pas de sanction (décision TAS)
Richard Gasquet Tennis France 2009 pas de sanction (décision TAS)
Tom Boonen Cyclisme Belgique 2008 et 2009 pas de sanction car hors compétition
Martina Hingis Tennis Suisse 2007 2 ans
Adrian Mutu Foot Roumanie 2004 7 mois
Pieter de Villiers Rugby France  2002 contrôle invalidé pour vice de forme
Diego Maradona Football Argentine  mars 1991 15 mois