Hind Dehiba, pas de médaille à Birmingham, à cause de sa partie civile ?

28 février 2018

L’IAAF a publié la liste des athlètes qui recevront durant le Mondial en salle de Birmingham leur médaille après un reclassement consécutif à l’annulation des résultats d’athlètes dopés. Hind Dehiba, à laquelle revient la médaille de bronze du 1500 mètres en salle du Mondial en salle 2012, ne figure pas sur cette liste, contrairement aux informations qui lui avaient été données précédemment par l’IAAF. En raison de son dépôt d’une demande de constitution de partie civile contre les anciens dirigeants de l’IAAF, Lamine Diack, Dr Gabriel Dolle, Habib Cisse ???

Hind Dehiba, désormais médaillée de bronze au Mondial d'Istanbul

Hind Dehiba, désormais médaillée de bronze au Mondial d’Istanbul

A quelques jours du début du Championnat du Monde en salle de Birmingham, l’IAAF a publié la liste des athlètes « reclassés », qui recevront officiellement durant ce Championnat la médaille qui leur a été réattribuée après l’annulation des résultats de championnats précédents en raison du dopage des athlètes médaillés alors.

Six noms y figurent, qui feront le déplacement jusqu’à Birmingham pour recevoir en grande pompe la précieuse breloque. Comme le ridicule ne tue pas, quatre athlètes recevront une médaille datant du Mondial 2006 organisé à Moscou ! C’est ainsi que 12 ans plus tard, le Danois Olsen aura le bronze pour le poids, l’Américaine Tianna Bartoletta et l’Espagnole Concepcion Montaner, l’or et le bronze de la longueur. Accèderont aussi à ce podium « retardé », l’Allemand Bartels pour l’argent du poids de Doha 2010, et Marija Šestak, l’argent du triple saut de Valence 2008.

D’autres athlètes n’ont pu faire le voyage jusqu’à Birmingham, et l’IAAF précise que leur médaille leur sera remise par leur fédération :  Naide Gomes (Portugal), en argent à la longueur en 2006, Li Meiju (Chine) and Misleydis Gonzalez( Cuba), l’argent et le bronze au poids en 2008, Olga Rypakova (KAZ), le bronze au triple saut en 2008, Valerie Adams (NZL) and Nadine Kleinert (GER), l’or et le bronze au poids en 2010, Michellee Carter (USA),  l’argent au poids en 2012.

Hind Dehiba, « oubliée »

Mais dans ces listes, il n’apparaît pas le nom de la Française Hind Dehiba, à laquelle revient la médaille de bronze du Mondial 2012, suite à la disqualification pour 8 ans de la Turque Asli Cakir et la Biélorusse Natalia Kareiva.

Pourtant à la mi-janvier 2018, l’IAAF avait informé Hind Dehiba que cette remise était programmée pour le Mondial de Birmingham, et que la FFA était en charge des aspects logistiques de ce déplacement.

Mais depuis, les choses ont traîné en longueur, la FFA n’a pas reçu les informations nécessaires pour organiser cette remise différée, jusqu’à ce que tombe cette liste en ce mardi 27 février, révélant qu’Hind Dehiba a été « oubliée » pour cette remise, mais ne figure pas non plus dans cette liste des athlètes.

Pourquoi un tel revirement ? En raison du passé d’ex-dopée d’Hind Dehiba ? L’explication n’est guère plausible. Une telle information ne pouvait être méconnue par les services de l’IAAF chargés de la réattribution des médailles, et qui s’étaient montrés favorables jusqu’à la mi-janvier à cette invitation de la Française en Angleterre.

Mais un élément nouveau est apparu autour d’Hind Dehiba. Celui de son dépôt d’une demande de constitution de partie civile à l’encontre des anciens dirigeants de l’lAAF, dans le cadre de l’enquête en cours au Parquet National Financier, sur Lamine Diack, Dr Gabriel Dolle, Habib Cisse.

Le timing colle parfaitement : c’est selon nos informations, durant la 3ème semaine de janvier que cette demande a été transmise à la Justice Française. Avec la demande d’une reconnaissance du préjudice subi par Hind Dehiba, à deux reprises, à l’occasion de l’Europe d’Helsinki en 2012, et des Jeux Olympiques de Londres en 2012.

Hind Dehiba s’inscrit ainsi dans la continuité de l’action entreprise par Christelle Daunay, s’estimant, elle aussi, victime d’un préjudice durant sa carrière, pour des raisons semblables. A savoir, la protection d’athlètes dopées par les dirigeants de l’IAAF. Et Cristelle Daunay a obtenu que cette partie civile soit reconnue officiellement.

Pour Hind Dehiba, l’argumentaire s’appuierait autour de sa non qualification pour les JO de Londres en raison de minima trop élevé car fixé en fonction des performances mondiales « artificiellement » augmentées par le dopage d’athlètes protégées par la corruption de certains dirigeants IAAF.

Autant d’éléments susceptibles d’être reconnus par les juges du Parquet National Financier, pour admettre la constitution de partie civile d’Hind Dehiba, avec demande de reconnaissance de son préjudice moral et matériel.

Est-ce cet élément juridique fort qui a incité l’IAAF à « boycotter » Hind Dehiba de leur communiqué de presse sur ces remises a posteriori ??

> Texte : Odile Baudrier

> Photo : Gilles Bertrand

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