Hattouchi, dopé en France, se nommait Berok en Belgique

31 octobre 2016

Quelle usurpation autour de Mohamed Hattouchi ! L’athlète licencié à St Denis Emotion, et contrôlé positif à la CERA à l’inter de cross en février n’est autre que Mohamed Berok en Belgique, où il évoluait au sein de divers clubs depuis 2012, en parallèle de sa pratique en France. Il a même créé une vraie surprise dans ce pays en remportant en avril les 10 miles d’Anvers. Quelques semaines plus tard, tombait l’information de son contrôle positif à la CERA…

 

Mohamed Hattouchi, positif à la CERA

Mohamed Hattouchi, positif à la CERA

C’est un internaute belge qui m’a dévoilé une information très étonnante : celle de la double identité de Mohamed Hattouchi. Le Marocain licencié à St Denis Emotion, suspendu en toute confidentialité par la FFA en avril dernier, suite à un contrôle positif à la CERA constaté lors de l’inter de cross de février, utilisait en fait en Belgique un autre patronyme : celui de Berok. Et c’est sous ce nom qu’il a évolué depuis 2012, enchaînant les compétitions sur piste, comme sur la route. En quelques coups de clics sur internet, les photos confirment que les deux hommes ne sont bien qu’un…

Mohamed Berok remporte la victoire à Anvers

Mohamed Berok remporte la victoire à Anvers

Une double identité que le Marocain de 31 ans a soigneusement entretenue depuis 2012, comme en témoignent les deux fiches figurant sur le site de statistiques « all athletics ». Les deux Mohamed sont nés en 1985. La fiche « Hattouchi » ne comporte pas de photo. La fiche « Berok » dévoile le visage de l’athlète qui avait terminé 3ème de l’inter de cross de LIFA au mois de février dernier, sous le nom de « Hattouchi », et sous les couleurs de St Denis Emotion. C’est lors de ce cross qu’il avait été l’objet d’un contrôle anti-dopage, dévoilant quelques semaines plus tard la présence de CERA.

Un produit qu’on avait du mal à vraiment relier à cet athlète, certes de bon niveau, mais qui n’affichait tout de même pas un palmarès exceptionnel, 3ème à l’inter, 34ème au France de cross, et valant 9’04’’46 au steeple ce printemps. Mais les choses n’étaient pas tout à fait les mêmes de l’autre côté de la frontière. L’autre Mohamed, devenu Berok, s’illustrait en particulier mi-avril avec la victoire aux 10 miles d’Anvers. La performance créait la surprise, elle était en réalité effectuée dans la foulée de son inter de cross, et quelques jours avant que la commission anti-dopage de la FFA ne le sanctionne pour une durée de 4 ans.

Un seul athlète, des performances différentes selon les pays

L’analyse des deux fiches statistiques de Mohamed Hattouchi- Berok dévoile que l’épreuve d’Anvers a été sa dernière compétition. L’homme apparaît avoir disparu depuis des divers résultats. Toutefois un internaute très attentif a pu révéler que Mohamed Hattouchi Berok avait remporté le 1er mai 2016 les 10 km de Knokke en Belgique, en 28’54 », comme le montre la vidéo officielle de l’épreuve, avant d’être disqualifié sur le classement officiel. En toute logique, puisque sa suspension a débuté le 14 février 2016 (jusqu’au 20 mars 2020).

Pendant près de 4 ans, il a mené une double vie d’athlète, tantôt présent en Belgique, tantôt en France. C’est ainsi que ses records personnels ne sont pas identiques sur les deux fiches : il pointe en 9’14’’ sur le steeple en Belgique, réalisé en 2012 et en 9’03’17’’ en France, depuis 2015. Sur le semi, on le retrouve en 1h07’12 en France (semi de St Denis d’octobre 2015) et 1h06’33’ en Belgique (semi de Hapert en Hollande en mars 2014).

L’athlète basculait constamment entre les deux pays, enchaînant les compétitions. Par exemple ce printemps, côté français, il couru les régionaux de cross fin janvier, l’inter de cross le 14 février, le championnat de France de cross le 4 mars. Entre temps, il a intercalé les 10 miles d’Aperldoom le 7 février, les 10 miles d’Anvers le 17 avril qu’il va remporter à la surprise générale. En Belgique, Mohamed Berok fait partie des habitués des podiums, il a ainsi brillé sur le circuit « Indoor Trail ».

C’est dans ce pays que Mohamek Berok-Hattouchi a débuté sa campagne européenne, dès février 2012, où il s’exhibe surtout sur la piste, enchaînant 1500 m (record à 3’52’’), 5000 m (14’43’’), et épreuves de 10 km, surtout aux Pays Bas. La Belgique devient son terrain de prédilection, jusqu’en 2014, où il va se licencier en parallèle en France, pour représenter St Denis Emotion aux interclubs. Il y brille sur le 3000 m steeple, amenant son record à 9’04’’. A partir de ce moment, il alterne les compétitions dans les deux pays, et l’on ne peut que s’interroger sur les documents d’identité fournis pour obtenir sa licence par Mohamed Hattouchi au club de St Denis Emotion en France, et par Mohamed Berok au KKS de Courtrai en Belgique.

Côté Fédération d’athlétisme du Maroc, un seul athlète est recensé dans l’annuaire des athlètes, Mohamed Hattouchi, licencié au club FUS de Rabat. Mais avec une date de naissance en 1993, et une photo d’identité où le visage ne s’identifie pas à celui de l’homme à la double identité.

Dans cette situation embrouillée, une certitude : c’est bien Mohamed Hattouchi qui a été suspendu en juin dernier par l’IAAF pour son contrôle à la CERA qui n’est apparu sur le site de la FFA que durant l’été.

Texte : Odile Baudrier

Photo : Gilles Bertrand et D.R.

A lire aussi :

Mohamed Hattouchi, contrôlé à la CERA à l’inter de cross de Lifa

Les mystères du contrôle Hattouchi, à St Denis Emotion, et à la FFA