Hassan Hirt, de retour en Equipe de France ?

27 novembre 2016
Hassan Hirt

Hassan Hirt

Hassan Hirt a créé la surprise au Cross de l’Acier en s’adjugeant la place de premier Français. Pour autant retrouvera-t-il l’Equipe de France à l’occasion du Championnat d’Europe de cross du mois prochain ? Rien n’est moins sûr. Mais Hassan Hirt soutient qu’il n’en tiendra pas rigueur à la FFA, affichant ainsi une nouvelle attitude, aux antipodes de ses errements antérieurs….

    • Interview réalisée à Leffrinckoucke par Odile Baudrier
    • Photo : Gilles Bertrand

 

  • Tu termines 1er Français ici. Mais tu as soutenu que tu ne venais pas ici dans l’optique d’une sélection au Championnat d’Europe. Comment est-ce possible ?
  • Je venais pour voir mon niveau par rapport aux autres. Je savais qu’il y avait Yohann Durand, Benjamin Malaty, Meftah. C’était un bon repère pour voir si j’étais dans l’esprit « sélectionnable » pour les Europe. Après, je n’en voudrais pas à la Fédé, ils ont été clairs, c’était les 4 premiers d’Allonnes, et 2 à la compétence du DTN. Et vu que Yohann a déjà fait une compétition avant moi, il a une régularité que je n’ai pas. Moi, j’ai couru le relais Nice-Cannes pour la Benoît Z Team. A mon avis, ils vont privilégier ceux qui ont fait plus de cross. Moi, c’est mon premier. Je comprendrais que je ne sois pas pris pour les Europe.
  • Pourquoi avoir fait ce choix de ne pas courir à Allonnes ?
  • Je vais être honnête. Il y a deux raisons. Je ne voulais pas faire deux cross de suite, il y avait Nice-Cannes, Allonnes et l’Acier. Et deuxièmement, une raison qui a primé, c’est le cas de le dire !, c’est la prime… La grille des prix à l’Acier est plus intéressante. Moi, après un cross, il me faut 15 jours pour récupérer, je n’aime pas enchaîner des compétitions tous les week-end. Donc entre Nice-Cannes et l’Acier, j’ai préféré laisser un bon 15 jours pour enchaîner les bonnes séances. A J-10, j’ai placé une grosse séance qui m’a d’ailleurs gêné au niveau des ischios jambiers, c’est pour cela que j’ai mis du TP Kating pour courir, je cours avec les ischios enflammés. Si j’avais couru Allonnes, puis l’Acier, la blessure était inévitable. J’ai préféré viser l’Acier pour la grille des primes et voir ce que je vaux. De plus Allonnes, c’est une triste anecdote, c’est là où en 2011, alors que j’étais bien placé avec Chahdi et 2 ou 3 Kenyans, c’est là que je m’étais claqué l’ischio, et c’est là que mes problèmes ont commencé. Depuis 2011, j’ai des problèmes récurrents aux ischios, et s’il y a un cross que je n’aime pas faire, c’est Allonnes. C’est un parcours très dur, il faut des petites pointes de piste, il y a une descente avec du goudron, c’est un parcours où il faut être solide au niveau des articulations.
  • Es-tu tout de même surpris d’avoir survolé l’épreuve côté Français, devant Meftah ?
  • Je n’étais pas si tranquille que ça. Je me savais en forme, car j’ai vu mes moyennes sur mon GPS à Nice-Cannes. Je tournais à 2’52’’-2’53’’ au kilo, le dernier en 2’49’’. Ce sont des bonnes moyennes. Je me suis dit que 2’50’’ de moyenne sur la route, cela peut donner du 2’55’’-2’56’’ en cross, et en général, quand tu es à 3’ ou légèrement moins, tu es aux avant postes au France de cross, et sur les grands cross. Je me savais en forme mais quand j’ai vu que Meftah me collait comme mon ombre, et il y avait Yohann Durand qui jouait aussi les premiers rôles une bonne moitié de la course, je n’étais pas tranquille. En général, quand on mène un peloton, il y a toujours la frustration de se dire que tu vas te faire doubler à la fin. Donc j’ai dosé mon allure, j’ai imposé mon allure, plutôt que de faire le fougueux du début à la fin. Meftah et Yohann, ce ne sont pas des clowns, ce sont des gens qui ont une bonne lecture de course. Et je ne les ai pas sous-estimés une seule seconde.
  • Si tu n’es pas pris pour les Europe de cross, ton objectif sera maintenant le Championnat de France de cross ?
  • Comme j’ai souvent dit lors d’interviews, c’est l’évènement que j’affectionne le plus dans le calendrier annuel. Les France de cross, c’est spécial. Il n’y a pas d’autre mot. Il y a tout le monde, les marathoniens, les steeplers, les coureurs de 10000, 5000 m. Tout le monde est là. Le cross long est mon évènement préféré dans le calendrier. Si je peux réitérer mes deux exploits de 2010 et 2011, où j’ai fait 3ème deux fois, et pourquoi pas faire mieux ? Gagner une médaille d’argent, voire le titre ?? Surtout que comme Hassan Chahdi l’a dit dans une interview, il ne visera peut-être pas le cross cette année avec ses études. S’il y a une place qui peut se libérer, on verra. Mais il y aura toujours des clients, comme Yohann, Abdelatif, Michaël Gras, qui fait une bonne progression, je le suis de près. Ce sont des gens qui vont jouer les premiers rôles au France de cross.
  • Comment se déroule ton entraînement avec Zouhair Fougali ?
  • Toujours en début de saison, je m’auto-gère. Pour la saison de cross par rapport à la piste, au début, l’avantage est que les séances sont assez simples. Au début, on a tous les mêmes bases, les fractionnés, les 30-30. Je fais tout ça au début tout seul, et 3 semaines avant les cross, j’appelle mon coach pour avoir les conseils pour les entraînements plus spécifiques. Comme les fartlecks en pyramide. Ainsi à J-10, j’ai fait 3’-5’-7’-9’-5’-3’. Des pyramides spécifiques pour travailler sur différentes portions, des longues, moins longues. Ce qu’on est souvent amenés à faire pendant les cross, où on attaque parfois pendant 5 minutes, puis ça ralentit un peu, puis on réattaque pendant 5 minutes, puis ça ralentit. Ces fartlecks-là sont intéressants, c’est dans ces moments-là que je fais appel au coach. Contrairement à la piste, où du début à la fin, tout ce qui est PPG, musculation, séances sur piste, le coach est toujours là pour superviser. Alors que pour le cross, on peut bricoler, faire un peu de sous-bois.
  • Cela signifie que tu vas de temps en temps à Maisons Alfort pour rejoindre ton coach ?
  • J’y vais de temps en temps. J’y suis passé en rentrant de Nice-Cannes, j’aime bien jouer avec ses enfants qui sont de vraies piles électriques. J’aime bien m’évader, sortir un peu du contexte stage. Je suis parti un peu au Maroc, un peu à Marseille, puisque mon club est là-bas. Je suis resté aux côtés de Benoît là-bas, il m’a présenté au bureau, c’était la première fois que j’assistais à une réunion de club. Je vois un peu la boutique. J’aime bien changer de cadre, plutôt que de rester dans une routine, entraînement, sieste, manger, dodo, tout le temps dans le même lieu. Et j’aime aussi rester avec ma mère, c’est une grande dame, elle a élevé 6 enfants toute seule. C’est à elle que je fais honneur à chaque fois. Si je pouvais dédier cette course, ce serait à ma mère, et à la Benoît Z Team.
  • Et sur le plan professionnel, tu es détaché complètement par l’Armée ?
  • Par rapport au passé, mes relations n’ont pas toujours été cordiales avec elle. Après mon contrôle, il y a eu beaucoup de polémiques. A la fin de ma suspension en 2014, j’ai repris la compétition avec un cross militaire. Dans le PV de ma suspension, il est noté que je suis interdit que les courses organisées par la Fédération Française d’Athlétisme. J’ai veillé à appeler l’AFLD avant la course, c’était les championnats de l’Armée de Terre le 6 novembre 2014 à Angers. Je finis vice-champion de France militaire. Trois semaines après, j’apprends que Michel Marle a appelé mes supérieurs à l’Armée pour leur demander de me disqualifier, alors que j’étais dans les clous. J’avais appelé l’AFLD pour savoir si je faisais une entorse aux règles anti-dopage en courant le Championnat de France Armée de Terre. Ils m’ont dit que non. Ils m’ont demandé s’il y a courses militaires ? J’ai répondu non, ils m’ont dit Vous avez le feu vert. Et Michel Marle n’a pas dû savoir que j’avais pris mes précautions avant, il a appelé le Général, le Colonel pour demander de disqualifier Hassan Hirt. Moi, j’étais vraiment dégoûté, et j’ai su ma disqualification 1 semaine avant le Championnat de France Interarmée en janvier. Je l’ai su au dernier moment, alors que je n’avais pas eu de courrier recommandé de l’AFLD, comme le veut la règle quand il y a une entorse à la réglementation. J’ai porté plainte contre Michel Marle. Enfin, la plainte n’est pas encore déposée. Mes avocats ont d’autres chats à fouetter. Une plainte est prévue contre Michel Marle, pour abus de qualité vraie. C’est une inculpation qui équivaut à l’abus de confiance, l’escroquerie. Car en fait, il a profité de sa qualité pour montrer aux militaires qu’il avait raison et pas moi. C’est un peu l’histoire du pot de fer, contre le pot de terre. Moi, on ne m’a pas cru, on a pensé que j’étais vraiment disqualifié. Ils ont cru Michel Marle et pas moi. Depuis ce temps-là, alors que mes relations commençaient à devenir correctes avec l’Armée, on s’est encore disputés. Je leur ai dit Vous ne m’avez pas cru, ce n’est pas parce qu’il a un costard qu’il a forcément raison. Depuis, je m’étais mis en arrêt maladie longue durée, et c’est toujours le cas. Je suis toujours militaire, mais en arrêt pour dépression. Car j’avais vraiment pété un boulon à l’époque. Là, ça va un peu mieux. Je suis toujours suivi par un psychologue à l’Armée.
  • C’est dans ce contexte que tu as fait ton coup de folie du Championnat de France 2015 où tu prends le départ sans dossard ?
  • J’étais un peu désarmé psychologiquement. J’avais l’impression que le monde s’abattait sur moi. Je me dis OK, je n’ai pas eu de bol dans la traversée du désert que j’ai subie. Je me suis relevé. Je me faisais discret, pour ne pas créer plus de polémiques. Et on me remet des bâtons dans les roues. Je me suis dit Quand va-t-on me laisser tranquille ? C’est pour cela que j’ai couru sans dossard. J’avoue, j’ai fait l’idiot en faisant ça. Ma licence était prête. J’avais appelé Ghani Yalouz la veille pour lui dire que j’allais courir. Tous ceux qui pourront dire que j’ai couru en douce disent faux. J’ai couru sans dossard, c’était vraiment pour me révolter, mais pas pour faire de la polémique ou gêner les gens.
  • Maintenant, es-tu aussi plus serein car tu as retrouvé un club avec Benoît Z ?
  • Oui, Benoît a vu l’homme avant de voir la polémique du passé. Il n’a pas voulu savoir ce qui s’est passé. Ce sont des gens qui voient l’humain avant tout. Cela fait plaisir de voir qu’il y a des gens qui sont assez intelligents pour ne pas s’arrêter sur des articles de journaux pour juger une personne. Derrière une personne, il y a une histoire, il y a un être humain. Je ne pense pas que j’ai mérité tous les « tacles » que j’ai subis. Peut-être que j’en méritais quelques-uns par rapport à certains coups de folie que j’ai eus. Je suis assez homme pour prendre du recul et me remettre en question. Mais il y a eu de l’abus. Quand un juge rentre sur le parcours, et qu’il me met une balayette, c’est du jamais vu. On ne voit ça que dans les dessins animés.
  • Tu as toujours affirmé que tu avais débuté une action auprès de la Cour Européenne des Droits de l’Homme pour protester sur ta suspension pour dopages. Où en est cette action ?
  • Etant donné que ça prend beaucoup de temps, je ne suis pas forcément prioritaire dans les affaires. Je n’ai pas de nouvelles pour l’instant. C’est mon avocat qui gère ça.
  • Selon mes recherches, cette action peut ne pas être acceptée par la Cour Européenne.
  • Oui, ça peut ne pas être accepté, car ils sont très méticuleux, sur la forme, la rédaction. Ils peuvent très bien me renvoyer dans les cordes.
  • Est-ce encore un combat qui t’intéresse ?
  • Franchement non. Je vais dire honnêtement non. Ce sont plus des choses qui m’ont pourries l’esprit qu’autre chose. Moi, ce qui m’importe, c’est de donner le sourire à ma mère, à ma famille. Par expérience, avec tout ce que j’ai vécu, j’ai vu que ça m’enfonçait plus qu’autre chose. Je pense que j’ai un peu plus mûri. Surtout quand je vois Benoît qui me tend la main pour le club, j’ai envie de le satisfaire, de ne pas le décevoir. C’est pour cela que quand il m’a appelé pour Nice-Cannes, j’ai dit Oui direct. J’ai mis une croix sur Allonnes, j’ai préféré suivre la Team à Nice-Cannes. Cela montre que ma priorité est de faire plaisir à ceux qui m’ont tendu la main, et qui m’ont donné de la considération. Tout simplement !