Hamza Driouch charge Jama Aden pour son dopage

30 janvier 2016

Hamza Driouch a été suspendu il y a un an pour des anomalies à son passeport biologique remontant à 2012, période où il était entraîné par Jama Aden, le coach de Genzebe Dibaba. L’ex Marocain devenu Qatari incrimine Jama Aden pour ce problème, alors que l’entraîneur plaide, lui, l’ignorance totale sur cette affaire.

Ce sujet publié sur notre site concernant Hamza Driouch a suscité de sa part le 13 février une demande de clarifier certains éléments, qu’il estime maintenant inexacts…

 

DRIOUCH R B

Le message est arrivé fin septembre sur la partie privée de la page Facebook « SPE15 ». Il émane d’un compte intitulé « Saeed Drioush », le profil en est un petit garçon portant un bonnet affichant en grandes lettres « Palestine ». Les propos sont sans ambiguïté « Hamza driouch victims of coach jama aden », et donnent très envie d’en savoir plus…

Car la suspension de Hamza Driouch annoncée en janvier 2015 n’est pas banale. Elle était prononcée au vu d’irrégularités sur son passeport biologique datant d’août 2012. Il n’avait alors que 17 ans et demi ! Cette année-là, Hamza Driouch avait marqué les esprits, pas tant par son titre mondial juniors, que par ses 3’33’’69 réalisés au Meeting de Doha sous les yeux de ses nouveaux compatriotes. Le jeune Marocain venait d’opérer le choix d’évoluer sous les couleurs du Qatar, et un avenir radieux semblait s’ouvrir à lui. Mais son parcours opérait un virage radical, sorti en demi-finale des JO, scotché à 3’39’’ en 2013 et 3’44’’ en 2014. Des performances qu’on observe d’un tout autre regard à considérer que sa suspension débute le 2 août 2012…

Alors, qui est ce Saeed Driousch qui transforme Hamza Driouch en victime de Jama Aden ???? Il me faudra quelques mois pour en savoir plus, à coup de rendez-vous téléphoniques manqués, et de messages sans réponses. Mais en ce début 2016, une toute petite voix répond enfin à mon appel, et à ma première question : « Qui êtes-vous ? Le frère d’Hamza ? Son cousin ? », il me rétorque : « Je suis Hamza. Je suis l’athlète. J’ai un problème actuellement, je ne peux pas courir. » C’est bien lui qui a créé ce compte déformant son nom et son prénom. Pourquoi ne plus utiliser son « vrai » compte Facebook ? « Parce que je ne voulais plus avoir d’amis ». »

Hamza Driouch donne sa confiance à Jama Aden

Hamza Driouch me parle depuis le Qatar, et tient absolument à donner sa vérité sur son dopage : « J’ai commencé l’athlétisme en septembre 2009, j’avais seulement 14 ans. Puis je suis parti du Maroc pour le Qatar. J’ai commencé avec Jama Aden, l’entraînement était dur. Mon problème de dopage a commencé en 2011. A cette époque, je ne connaissais rien sur les médicaments, les vitamines. Jama Aden je lui ai donné toute ma confiance, je lui ai tout donné. Parce qu’il avait eu des athlètes qui avaient été champions olympiques, qui avaient fait des records du monde. Il a utilisé ma confiance. J’ai cru en mon entraîneur, et c’est devenu très mauvais pour moi. Ce problème de dopage ne vient pas de moi, il vient de ce coach, de Jama Aden. »

Une mise en cause très explicite mais sur laquelle il se refuse à donner plus de détails précis, se dérobant constamment pour répéter qu’il n’y connaissait rien. Tout juste peut-il expliquer qu’en 2013 et 2014, il se sentait très fatigué. Deux années durant lesquelles Hamza Driouch n’évolue en réalité plus dans le groupe de Jama Aden, mais a rejoint l’ex-entraîneur de Hicham El Guerrouj, le Marocain Abdelkader Kada, que le Qatar vient de recruter comme coach.

Abdelkader Kada après Jama Aden

Pourquoi ce changement d’entraîneur ? Là encore, le dialogue avec Hamza Driouch mené cette fois par messagerie Facebook se révèle sans ambiguïté : « Je ne me sentais pas en sécurité avec Jama Aden ! » Pourquoi ? A cause des médicaments ? « Exactement ! » Que vous donnait-il ? Dans quel but ? « Je ne sais pas exactement. A cette époque, j’étais trop jeune, je ne comprenais pas ce qui se passait ! Il me donnait des vitamines, il disait que c’est bon pour la récupération. » Combien de comprimés preniez-vous par jour ? Ou d’injections ? « Vous pouvez appeler Jama, il vous dira tous les détails. »

Sa réponse témoigne d’une naïveté effarante ! Justement quelques jours plus tard, Jama Aden accorde une longue interview au magazine « Athletics Weekly » pour évoquer son athlète Genzebe Dibaba, auteur d’un énorme record du monde (3’50’’) sur 1500 mètres en 2015, et qu’il prédit capable de faire encore mieux.

Interrogé sur l’affaire de dopage d’Hamza Driouch, le coach rétorque : « Je ne sais vraiment pas ce qui s’est passé. » Et argumente sur le fait que le dopage de son ex-protégé serait survenu après qu’il l’ait quitté en 2012, et qu’il soit passé sous la houlette de Kada. Pourtant, au Mondial de Barcelone en juillet 2012, comme aux JO de Londres en août 2012, Jama Aden apparaissait bien comme l’entraîneur du néo-Qatari.

Les dates s’entrechoquent. Hamza Driouch donne sa version. Il a été entraîné par le Somalien de septembre 2009 jusqu’en mars 2013. Il évolue ensuite avec Abdelkader Kada jusqu’en septembre 2014. A ce moment, le Qatar stoppe le contrat du coach marocain, et Hamza Driouch se voit contraint par sa Fédération à revenir avec Jama Aden. Jusqu’en février 2015 où sa suspension est révélée.

Hamza Driouch aux côtés de Mo Farah

Hamza Driouch vient juste d’achever un long camp d’entraînement avec le groupe de Jama Aden à Sululta en Ethiopie. Les photos de ce stage (publiées à l’époque sur le Facebook de Driouch, qu’il clôture ensuite) ont provoqué un sacré tollé en Angleterre : on le retrouvait sur la piste aux côtés de Mo Farah. La presse britannique enfourchait les trompettes contre le double champion olympique, accusé de s’entraîner avec un dopé…. Mais comme le souligne Hamza Driouch : «C’était en décembre 2014 et janvier 2015. Je ne savais pas que j’étais suspendu ! » La Fédération du Qatar le lui apprend juste après ce stage, soit 2 ans et demi après les anomalies biologiques.

Mo Farah et Hamza Driouch à l'entraînement sous l'oeil de Jama Aden

Mo Farah et Hamza Driouch à l’entraînement sous l’oeil de Jama Aden

En ce début 2016, Hamza Driouch essaie de reconstruire sa vie. Après trois mois passés au Maroc, il a retrouvé le Qatar et son frère Abderahim, qui y serait business man, et l’épaule sur le plan financier. Il m’affirme s’entraîner, avec l’objectif de disputer les JO 2020, tout seul, sans entraîneur. Car il le répète à tout va : « Je n’ai plus de coach. Je ne crois plus personne. Je ne croirais plus jamais dans aucun coach. Je n’ai plus de confiance dans les coachs, dans les hommes. ».

  • Texte : Odile Baudrier
  • Photo : Gilles Bertrand