Ghani Yalouz, ancien DTN de la FFA, sous haute surveillance

11 juin 2019

Ghani Yalouz se voit placé sous haute surveillance avec une double enquête sur la période où il assumait la fonction de Directeur Technique National de la FFA entre 2009 et 2017. Une enquête administrative a été demandée par la Ministre Roxana Maracineanu, et le Procureur de la République s’est aussi saisi du « cas » Yalouz, désormais à la tête de l’INSEP depuis 2017.

Une double enquête. Et au cœur, pour le moment du moins, un seul homme, Ghani Yalouz. L’ancien DTN de la FFA durant 8 années, devenu directeur de l’INSEP en 2017, se voit mis à l’index par deux instances. La première est strictement administrative, il s’agit de l’Inspection Générale du Ministère des Sports. La seconde s’inscrit dans un cadre très juridique, avec le Procureur de la République qui décide de se saisir de son « cas ».

Les rumeurs bruissaient depuis un certain temps déjà, mais les procédures officielles tardaient à venir. C’est maintenant chose faite, avec à la base de ces deux enquêtes, les informations révélées par les inspecteurs de l’Inspection Générale des Services qui se sont penchés sur le dossier de la FFA, lors d’une enquête de routine, et qui auraient découvert des anomalies, avec surtout des frais élevés à l’actif de Ghani Yalouz.

De quoi s’agit-il vraiment ? Les éléments demeurent évidemment secrets, les instances, tant administratives que judiciaires, ont bien sûr tout intérêt à ne pas dévoiler les points qu’ils envisagent ensuite de « reprocher » à l’ancien DTN.

Celui-ci ne dissimule pas une certaine surprise face à ces procédures, mais il a souligné auprès de Marc Ventouillac de l’Equipe qu’il y répondrait sans problème.

Ghani Yalouz avait déjà été pointé du doigt en octobre dernier, avec la révélation par le « Canard Enchaîné » d’une lettre anonyme qui mettait en avant des « anomalies de gestion » imputables à l’ancien lutteur, cette fois, dans le cadre de ses fonctions de Directeur de l’INSEP.

Ce courrier adressé à Roxana Maracineanu, alors tout récemment nommée ministre des Sports après la démission de Laura Flessel, à Matignon et à l’Elysée, révélait certains passe-droits, comme un logement de fonction utilisé par sa fille, d’excessives locations de voitures, mais surtout, un contrat passé avec la société « Sport Intelligence » pour définir une stratégie de communication, et aussi pour assister au pilotage de la direction générale, pour un montant de plus de 16.000 euros mensuels. Or Ghani Yalouz affichait une certaine proximité avec le patron de cette structure, Xavier le Saux.

Mais comme le soulignait à l’époque des habitués de l’INSEP, Ghani Yalouz n’aurait pas été le premier directeur à « profiter » d’un certain système…

Ghani Yalouz, de grosses dépenses, un soutien total de Bernard Amsalem

C’est finalement du côté des années FFA que pourrait apparaître une certaine remise en cause de la « méthode » Yalouz, pour, dans un premier temps, son coût financier. Au risque d’éclabousser Bernard Amsalem, le président de la FFA, qui validait les décisions après avoir choisi de faire entrer l’ancien lutteur comme Directeur Technique, alors même qu’il ne connaissait pas grand-chose à l’athlétisme.

Avec une vraie réussite sur le plan des performances, puisqu’en huit ans, ce sont 60 médailles en grands championnats qui ont été enregistrées, soit un chiffre nettement plus élevé que précédemment. Un bilan très positif largement mis à l’actif de Ghani Yalouz, constamment présenté dans les divers médias, comme un « meneur », capable de sensibiliser les athlètes à se dépasser pour la performance.

Ghani Yalouz cultivait un relationnel fort avec les meilleurs athlètes français. Teddy Tamgho peut en témoigner, jamais laissé de côté malgré ses errements, des no shows aux violences physiques, comme peut le faire Mahiedine Mekhissi, qu’il ramenait vers la réussite au printemps 2013, en l’épaulant pour trouver un manager et une marque partenaire, là aussi sans s’attarder sur certains dérapages du steepler. Du côté du couple Dahmani-Calvin, les échanges n’étaient pas moindres, et sur les réseaux sociaux, Clémence Calvin qualifiait ainsi Ghani Yalouz de « tonton ».

Autant de liens étroits qu’il cultivait à force de visites sur le terrain, et c’est justement ce qu’a avancé Ghani Yalouz pour se justifier de ses frais élevés. Le salaire reçu par le DTN s’avérait déjà très confortable, avec d’abord la somme lui revenant en tant que CTPS (Conseiller Technique et Pédagogique Supérieur) , à laquelle il s’ajoutait une prime exceptionnelle distribuée par la FFA destinée aux cadres techniques, et qui, en 2015, atteignait pour le DTN le très joli montant de 83.471 euros, (plus la prime de 7729 euros de DTN allouée par le Ministère des Sports). Une somme coquette, attribuée sur proposition de Bernard Amsalem, le Président de la FFA, mais sur laquelle il semble que le Comité Directeur de la FFA n’avait pas eu à donner son accord ??

Cette prime visait à soutenir la mobilisation de Ghani Yalouz à l’égard des athlètes de top élite français, et il reste maintenant aux enquêteurs à apprécier si les frais engagés par le DTN dans le cadre de sa mission s’inscrivent dans cette même dynamique…

  • Texte : Odile Baudrier
  • Photo : D.R.