Europe de cross, les griffes du dopage

8 décembre 2015
La turcque Uslu désormais bannie à vie

La turcque Uslu désormais bannie à vie

Les Europe de Cross n’échappent pas à la problématique du dopage. Car le spectre de ce fléau s’invite souvent dans la brume des champs de cross. En prise directe avec des faits concrets ou par interprétation de certains résultats passés. Morceaux choisis.

 

RUSSIE, la belle équipe !!!

L’équipe de Russie sera absente du prochain championnat d’Europe de cross. Première vraie sanction légitime depuis la tourmente dans laquelle est plongée la fédération russe accusée de dopage étatique avec la complaisance des autorités gouvernementales.

La Russie n’a jamais remporté un seul titre individuel chez les seniors mais néanmoins, celle-ci a souvent été dangereuse chez les juniors et les espoirs comme en 2014 avec le triplé réussi chez les espoirs hommes et la victoire collective chez les juniors filles. Tout comme encore en 2012 avec deux médailles d’or, l’une pour l’équipe seniors femmes et l’autre pour les juniors hommes, une catégorie où les coureurs russes ont toujours été dangereux comme en 2011 lorsque la grande perche Safiulin s’impose dans la fumée de cheminée du champ de cross industriel de Velenje.

Mais retenons le résultat de l’équipe seniors femme s’imposant en 2005 à Tilburg aux Pays Bas. Leurs noms : Inga Abitova, Mariya Konovalova, Liliya Shobukhova et Liliya Grigoryeva, la seule à échapper à la purge anti dopage

Inga Abitova passeport biologique frelaté, out en 2012, Mariya Konovalova, (également seconde aux Europe de cross en 2006), suspendue seulement en 2015 et enfin la très « célèbre » marathonienne Liliya Shobukhova, convaincue de dopage en 2014. Belle équipe !!!

 

TURQUIE, Uslu la récidiviste

La Turcque Meryem Erdogan

La Turcque Meryem Erdogan

La Turquie intègre très vite les Europe de cross et de façon significative puisqu’elle remporte dès 1998 puis en 1999 le titre par équipe chez les juniors filles, début d’une longue série avec un total de 22 médailles dont 11 en or.

Les soupçons pèsent fort sur les résultats de cette jeune nation en athlétisme dont les pratiques expéditives sont condamnables : entraîneurs formés à la « russe » et recrutement dans le vivier kenyan et éthiopien dont la très jeune Elvan Abeygelesse, médaillée de bronze et d’or en 2000 et 2001 chez les juniors puis seconde en 2003 dans le souffle de Paula Radcliffe chez les seniors.

En 2010, sous le soleil d’Albufeira, le drapeau rouge frappé du croissant flotte dans le ciel bleu de cette cité du Sud du Portugal. Meryem Erdogan remporte le titre chez les espoirs femmes alors que Binnaz Uslu se classe seconde chez les seniors après avoir remporté le titre chez les juniors en 2004 puis chez les espoirs en 2006. Mais la brigade anti dopage veille au grain. Ces deux athlètes finissent par tomber dans les mailles du filet. En 2007, Binnaz Uslu purge une première suspension de deux années, puis elle plonge à nouveau en 2011 lorsque l’IAAF réexamine les échantillons du Mondial de Daegu. Du balai, elle écope d’une suspension à vie. Quant à Meryem Erdogan, d’origine éthiopienne, elle est chassée de la scène athlétique en 2012.

 

BEKELE, du rose au rouge

Lorsque l’on vaut seulement 13’43’’20, peut-on gagner les Europe de cross ? Ca ne pèse pas lourd face aux 13’10’’78

Le belge Bekele

Le belge Bekele

de Serhiy Lebid, 9 fois vainqueur du titre, encore moins face aux 13’05’’98 du turco-kenyan Polat Kemboi Arikan tenant du titre. Quant à Mo Farah, vainqueur du titre en 2006, il réalise cette année-là 13’09’’40 sur cette distance. Bref, Atelaw Bekele n’avait pas sur le papier la carrure pour remporter le titre.

Et pourtant sur le champ de cross de Velenje en 2011, au pied du complexe industriel de Gorenje, il réalise un cavalier seul plein de panache, de courage, d’audace, de culot…La liste est longue, les mots ne manquent pas pour qualifier l’exploit de ce jeune coureur d’origine éthiopienne arrivé en Belgique à l’âge de 16 ans, une histoire qui s’écrit à l’encre rose bonbon.

Alors pourquoi s’interroger ??? Car l’histoire se brouille et vire au rouge lorsque le jeune coureur âgé de 25 ans est convoqué par le Tribunal Antidopage Flamand. On l’accuse de trois no show dont le dernier constaté en Ethiopie. Deux années de suspension sont réclamées, c’est le tarif. Mais bien défendu par son avocat, le coureur belge sauve sa tête en plaidant la négligence et ressort blanchi  faute de preuves. Depuis, Atelaw Bekele a disparu des radars de la haute compétition.

 

ALEMAYEHU BEZABEH, victime ou coupable ?

Victime ou coupable ? Alemayehu Bezabeh fut les deux à la fois. Car lorsque l’on connaît l’histoire de ce coureur d’origine éthiopienne ayant fui son pays pour rejoindre l’Europe au péril de sa vie, il y a de l’indulgence à juger cet athlète reconnu coupable de dopage à quelques jours des Europe de cross où il doit défendre son titre.

L'espagnol Bezabeh

L’espagnol Bezabeh

Alemayehu Bezabeh débarque en clandestin en Espagne en 2004. Son histoire est mise en lumière au fur et à mesure que son palmarès et ses sélections nationales lui donnent la garantie d’une vie stable et sécurisée.  Naturalisé en urgence en 2008, il court pour la première fois pour son pays d’accueil aux J.O. de Pékin où il termine 11ème sur 5000 mètres.

Repéré par l’ineffable entraîneur madrilène, Manuel Pascua, il devient un précieux élément pour l’équipe de cross espagnole. En cette année olympique, il remporte en décembre un premier titre collectif à Bruxelles. En 2009, c’est le titre individuel qui lui revient à Dublin en alignant Mo Farah, l’anglais victime ce jour-là d’une syncope à l’arrivée.

En 2010, le néo-espagnol réalise 12’57’’25 sur 5000 m, record d’Espagne mais lors des Europe organisés à Barcelone, il passe à travers. Quelques semaines plus tard, on le surprend à se faire une auto-transfusion. Il sera mis en accusation dans la sinistre affaire Opération Galgo. Il écope d’une suspension de deux années. En 2013, il est de retour dans les labours et remporte le titre à Belgrade. Et il sera à nouveau présent à Hyères cet hiver…

> Texte et photos Gilles Bertrand