Eric Dubus, une passion intacte depuis 35 ans

19 février 2015

Eric Dubus compte l’un des plus beaux palmarès du demi-fond français, un titre européen en salle, vice champion du monde en salle, sept records de France. Maintenant à 49 ans, le Bordelais demeure en immersion dans l’athlétisme, sa passion intacte, et il sera à nouveau présent au France de cross.

 

« J’étais un privilégié ! » Pour évoquer sa carrière, Eric Dubus ne s’embarrasse pas de faux-semblant. Et il ajoute en souriant : « On me parle de sacrifices. Mais je n’ai fait aucun sacrifice ! » Au contraire, insiste-t-il : « Tu passes tout ton temps pour ta passion, tu gagnes de l’argent pour faire ta passion. Je n’avais aucun souci. »DUBUS ERIC

Ces belles années, il les situe entre ses 24 et ses 30 ans (1990 à 1996), il les a vécues dans le bonheur. Et un certain luxe, il l’avoue : « On était comme des rock stars. Pour les meetings, on venait nous chercher à l’aéroport, on nous emmenait dans de beaux hôtels, on courait. On était coupés de la réalité. » Avec ce « on », il désigne ses copains de l’époque, Pascal Thiébault, Hervé Phélippeau, Jacky Carlier, tous à son diapason : « L’athlétisme était notre passion. On disait souvent que c’était notre loisir qu’on faisait sérieusement. »

Une passion dévorante depuis que cadet, il débutait au club de Trélissac et sous la houlette de Bernard Faure, alors entraîneur dans sa Dordogne natale, mais qui s’est amplifiée après son titre européen sur 3000 mètres en salle. C’était en 1990, il avait 24 ans, et à Glasgow, il créait une énorme surprise. Et 25 ans plus tard, il analyse : « Cela a été le déclencheur. Je me suis beaucoup plus investi après. »

Sept records de France

Débute alors sa suprématie sur le demi-fond français, il s’adjuge jusqu’à sept records de France, et il conserve encore en mémoire le plus beau, celui du 1500 m, établi au Nikaïa de juillet 1995, dans cette même course où Nordine Morceli établit le record du Monde…

Il évolue alors sous la houlette de Roger Grange, ce maître es entraînement, qu’on a souvent qualifié de « Sorcier », pour sa capacité à amener ses athlètes au plus haut niveau. Avec lui, il a appliqué la théorie du volume, 160 kilomètres par semaine pour courir sur 1500 mètres, et les séances difficiles. Mais Eric n’a jamais rechigné : « On s’entraînait pour aller vite, pour se faire mal. Et les séances passaient bien avec tout le groupe. »

Un groupe costaud qui comptera beaucoup pour lui : « Il m’aidait beaucoup à progresser. On se soutenait. Mohamed Ezzher était bien sur le long. Michaël Damian sur le court. Moi sur l’intermédiaire. » Papy Grange a drainé à Bordeaux la crème du demi-fond français, il y a aussi Thiery Watrice, Smaïl Sghir. Avec lui, les athlètes progressent, les records de France tombent : « On lui faisait totalement confiance. Personne ne cherchait à redire à ses décisions. Il avait eu tellement d’expérience avant nous, beaucoup de réussite. On avait du respect pour son savoir.»

Le regret d’une finale olympique

A la sempiternelle question sur les regrets qu’il peut avoir sur sa carrière, Eric rétorque : « Aucun sur les chronos. Ils étaient les meilleurs de France. J’étais aussi dans le top 10 mondial sur 1500 mètres. Mais je regrette de ne pas avoir atteint une finale olympique. »

Début juin 1996, Eric atteint son rêve. Au meeting de l’Humanité dans le vieux stade de St Denis, il décroche sa qualification pour Atlanta. Le voilà touchant enfin du doigt ces Jeux qui le hantent depuis 1984. Mais le rêve se mue en cauchemar. Tout le printemps, il s’est surentraîné pour obtenir le sésame. Finalement, il se révèle incapable de passer les qualifications, et sort par la petite porte : « En fait j’ai décompressé tout seul. J’ai lâché. Je n’avançais plus dans les séances. » Ainsi s’évanouit l’espoir d’une finale olympique, cela restera la grande déception de sa carrière qu’il achève définitivement en 2001 au Championnat du Monde en salle de Lisbonne.

A 35 ans, Eric décide de sortir du haut niveau, mais la course à pied demeure son ordinaire : « C’est un besoin. Une passion. J’aime courir, transpirer, prendre la douche après le footing. C’est toute une vie qui a été rythmée de la sorte. »

Ainsi son quotidien se décline encore et toujours autour de l’entraînement, du club, des sorties. Depuis 4 ans, Eric dirige l’organisation des 10 km des quais à Bordeaux, et il demeure au contact permanent, dans son club de Bordeaux Athlétisme, qui regroupe le Stade Bordelais et l’ASPTT, il entraîne un groupe de 70 personnes plutôt des coureurs sur route et de trail. Les niveaux sont variés. Cela s’étale entre 31’30’’ et 50’ sur 10 km, et la majorité s’entraîne 4 à 5 fois par semaine.

Les Dubus, athlétisme puissance 4

Mais pourquoi cet ancien athlète de très haut niveau n’a-t-il pas envie de s’investir auprès de jeunes surdoués ? Eric rit en soufflant : « Peut-être parce que je suis égoïste ! Car j’aime courir. Et si tu t’occupes d’un gros groupe d’athlètes doués, il faut faire un choix. » Et pour lui à 49 ans, l’envie demeure toujours la même de s’entraîner, c’est 5 fois par semaine maintenant, de partager un footing ou une séance de VMA avec ses athlètes. On l’a aussi retrouvé cet hiver sur les terrains de cross, et il sera présent au France avec l’équipe de vétérans de son club, ainsi qu’avec son fils, qualifié chez les juniors.

Chez les Dubus, la passion athlétisme se décline puissance 4. Son épouse Caroline Pujol, talentueuse cadette et junior, à la carrière tronquée par les blessures, vaut 36’ sur 10 km. Ses deux fils, Adrien et Quentin courent également.

De temps en temps, ils se plongent dans les « carnets » de papa. Ceux où il a noté soigneusement chaque jour de sa vie, son entraînement du jour, les kilomètres courus, les sensations, l’endroit de la sortie. Il a débuté sa compilation en cadet, en 1982, et jusqu’en 2006-2007. Depuis, sa montre connectée a pris le relais et il a rangé ses cahiers !

Eric a évolué avec son temps. Il l’avoue, il est fier de sa carrière, mais il ne cultive pas la nostalgie à égrener records et nombres. Il est ainsi incapable de savoir combien de fois il a déjà disputé le France de cross, qu’il a découvert dès cadet 1, et il s’en sort par une boutade : « Quand on aime, on ne compte pas ! »

 Texte : Odile Baudrier

> Photo : Gilles Bertrand